Il y a un an, l’armée tchadienne annonçait que le maréchal-président Idriss Déby Itno, avait été tué au front contre une énième rébellion. Le même jour (ndlr : le 20 avril 2021), son fils Mahamat Idriss Déby Itno, jeune général de 37 ans, est proclamé chef d’une junte de 15 généraux et Président de la République de transition.
Il est aussitôt adoubé par la communauté internationale, France, Union européenne et Union africaine en tête, les mêmes qui sanctionnent des militaires putschistes en Afrique de l’Ouest. Une attitude que les spécialistes expliquent par la position en pointe de son armée dans le combat contre les groupes terroristes au Sahel, mais aussi parce que Mahamat Déby avait promis de remettre le pouvoir aux civils dans les 18 mois. Mais la situation s’est figée depuis et le dialogue «inclusif» avec la ribambelle des groupes politico-militaires au Qatar est en panne.
Dès son intronisation, l’héritier d’Idriss Deby dissout le Parlement, abroge la Constitution mais promet des élections libres et démocratiques après une transition de 18 mois. Renouvelable une fois, corrige le lendemain, une «Charte de transition». Le général Déby s’engage aussi à ne pas se présenter à la future présidentielle. Premier coup de canif dans ces engagements deux mois plus tard : le chef de la junte de N’Djamena envisage une prolongation de la transition, «si les Tchadiens ne sont pas capables de s’entendre», et «remet à Dieu son destin personnel» pour la présidentielle. Autre promesse importante : un dialogue national inclusif ouvert à toutes les composantes de l’opposition -politique et armée-, donc à la cinquantaine de groupes et groupuscules rebelles qui harcèlent le pouvoir depuis les années 1990. Aujourd’hui, les élections sont une chimère à six mois de la date-butoir théorique, tant les positions sont aux antipodes et les retards irréversibles.
Un «pré-dialogue de paix», la première marche avant le dialogue inclusif promis par la junte, s’ouvre à Doha le 13 mars avec les groupes armés. Une «main tendue», affirme Mahamat Déby, qui tranche avec l’intransigeance de son père qui prônait la manière forte face à ses opposants armés. C’est là que le bât blesse : plus de 250 membres d’une cinquantaine de mouvements rebelles sont, depuis un mois, dans la capitale du Qatar mais refusent de parler directement aux émissaires de la junte et ne parviennent même pas à s’entendre entre eux.
L’opposition y voit une manœuvre dilatoire du pouvoir pour saboter par avance ces pourparlers en imposant au médiateur qatari, qui s’y opposait, un nombre hallucinant d’interlocuteurs, recette garantie pour un dialogue de sourds, analyse l’AFP. Un mois après, aucun progrès tangible n’est venu de Doha et le maintien du dialogue national prévu le 10 mai à N’Djamena semble illusoire.
Le scénario du statu-quo est le plus probable
«Le calendrier de la transition ne sera pas respecté», prédit Thierry Vircoulon, spécialiste de l’Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales (Ifri), interrogé par l’AFP. « Doha n’avance pas, un accord sera très difficile à trouver, ce qui repousse la transition», abonde Roland Marchal, du Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.
Pourtant, samedi dernier (ndlr le 16 avril), la junte a promis que la date du 10 mai serait maintenue. Pour l’heure, la perpétuation du régime de Déby-père semble l’hypothèse la plus probable. Son pouvoir très autoritaire s’appuyait sur sa toute puissante armée dont l’encadrement est verrouillé par son ethnie zaghawa. Or, le fils a rapidement consolidé son pouvoir en s’entourant des caciques de l’ancien régime ; «il y a une vraie continuité entre le père et le fils, le système Déby est toujours en place», relève un analyste cité par l’AFP. «Ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir, autour des Zaghawas», ajoute-t-il.





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