Le concept de «diplomatie parallèle» a été introduit par Joseph Montville en 1981 pour désigner une diplomatie alternative, distincte de celle menée par les diplomates de carrière, mais complémentaire. Elle vise à maintenir le dialogue dans les situations où les relations officielles stagnent, ou lorsque les approches diffèrent fortement. Cette diplomatie parallèle est particulièrement efficace pour influencer indirectement les décideurs, en mobilisant des experts et la société civile.
Le terme «para diplomatie» a été utilisé par Panayotis Soldatos (1990) pour décrire la diplomatie non étatique menée par des gouvernements infranationaux tels que les régions et les provinces qui cherchent à «s’internationaliser», il l’a défini comme «la poursuite directe, à des degrés variables, d’activités internationales de la part d’un État fédéré.»

Brian Hocking, qui préfère le terme «diplomatie à niveaux multiples», soutient que le concept de para diplomatie a été développé pour mettre en évidence la distinction entre le gouvernement national et les gouvernements des États fédérés, ce faisant, il souligne les tensions potentielles qui peuvent surgir entre ces deux niveaux de gouvernance. D’ailleurs, Il a été constaté que si la politique internationale des provinces et régions est certes parallèle, coordonnée ou complémentaire à celle de l’État central, néanmoins elle peut également parfois entrer en conflit avec la politique internationale du pouvoir central surtout dans les pays ou certaines provinces ont des velléités souverainistes (le Québec, la Catalogne ou l’Ecosse) (Duchacek, 1990).
La diplomatie parallèle est un véritable art d’influence, dont les enjeux sont multiples : il peut s’agir de persuader un État de se rallier à une cause nationale lors d’une négociation internationale, de mobiliser du soutien pour une ligne politique ou une initiative de décrocher un contrat économique sur un marché étranger, ou bien encore de former une coalition militaire.
L’exécutif est traditionnellement responsable des relations internationales par le biais de la diplomatie bilatérale confidentielle et par la suite la diplomatie multilatérale suite à la prolifération des organisations internationales et régionales. En effet les affaires internationales, couvrant des domaines tels que la sécurité, la défense et la diplomatie, qualifiés de « high politics» par Stanley Hoffman, sont historiquement considérées comme un domaine régalien réservé au pouvoir exécutif, laissant au pouvoir législatif une portion généralement incongrue souvent circonscrite à l’adoption du budget du Ministère des affaires étrangères et la ratification des accords internationaux.
Cependant, au fil des décennies, les parlements et les acteurs non étatiques, comme les ONG et les partis politiques, ont progressivement trouvé des moyens d’intervenir dans la politique étrangère ; plutôt que de revendiquer un pouvoir décisionnel direct, ils ont développé leur capacité à examiner, questionner, débattre, influencer, et même censurer les propositions et actions de l’exécutif.
Aujourd’hui, la diplomatie ne se limite plus au ministère des Affaires étrangères. Divers acteurs, y compris les entreprises et la société civile, participent aux relations bilatérales. Des « groupes d’amitié » parlementaires existent avec presque tous les pays disposant d’un parlement, visant à renforcer les relations interparlementaires, à promouvoir l’influence nationale et, si possible, à influencer les politiques d’autres États.
La diplomatie parallèle des Etats fédérés des régions et des villes
Quasi marginale dans les années 1960 et 1970, la para diplomatie a rapidement évolué au-delà des États fédérés d’Amérique du Nord. Elle s’est également répandue en Europe et dans d’autres régions du monde (Indonésie, Russie ex le Tatarstan), s’imposant dans des États unitaires ou décentralisés comme l’Espagne et la France ou la Grande-Bretagne.
De nos jours, ce phénomène est de plus en plus présent à l’échelle des grandes métropoles mondiales comme Londres, New York, Los Angeles, Sao Paolo, Paris et Shanghai, qui jouent un rôle actif sur la scène internationale.
La para diplomatie stricto sensu représente l’action internationale des gouvernements infranationaux et régionaux, et a été largement étudiée pour comprendre comment ces acteurs locaux s’intègrent dans le paysage international. Les gouvernements régionaux et locaux, selon Michelmann et d’autres chercheurs, jouent un rôle de plus en plus affirmé en politique internationale, notamment en matière de coopération économique et culturelle.
D’après les recherches de Lachapelle et Paquin (2005) la para diplomatie s’est développée principalement en raison de la mondialisation et de l’affaiblissement de l’État-nation, mais aussi à cause du nationalisme et des processus d’internationalisation (para diplomatie identitaire).
Toutefois on observe une variation significative dans la para diplomatie, il existe une variation très importante dans la coordination entre le pouvoir central et locale dans les affaires étrangères à travers le monde. Cette variation va des cas les plus exclusifs (Inde, Malaisie et Russie après 2000), en passant par les cas consultatifs (Belgique avant 1993) et complémentaires (Argentine, Brésil, Mexique, Russie dans les années 1990, Afrique du Sud et États-Unis), jusqu’aux cas inclusifs (Australie, Canada, Allemagne et Belgique depuis 1993).
Les gouvernements locaux, n’étant pas des États souverains au regard du droit international, ne sont pas considérés comme des sujets de ce droit, contrairement aux États souverains. À l’exception de quelques dispositions spécifiques dans le droit interne de certains pays, comme en Belgique, ces gouvernements ne peuvent pas conclure de véritables traités internationaux au sens strict. En outre, ils ne peuvent pas établir de véritables ambassades ou consulats. Toutefois, ils peuvent ouvrir des représentations commerciales ou des bureaux dédiés à la promotion économique et culturelle, organiser des visites officielles à l’étranger et ils peuvent aussi dans certains cas conclure des ententes internationales et des accords de jumelage. (le gouvernement du Québec en a conclu 751). Il arrive aussi que des représentants des États fédérés participent également aux rencontres d’institutions internationales, soit au sein de la délégation d’un pays soit en tant qu’entités autonomes. C’est le cas, par exemple, du Québec, du Nouveau-Brunswick ou de la fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre de la francophonie. (S Paquin)
La Para diplomatie telle que pratiquée par les gouvernements infranationaux dans les sociétés développées, peut revêtir plusieurs orientations. Les gouvernements régionaux n’abordent pas tous les relations internationales de manière similaire. De façon générale, on peut distinguer trois modèles de para diplomatie (idéal type de Max Weber).
✓ Le modèle économique qui concerne les enjeux économiques. Dans ce cadre, les gouvernements infranationaux cherchent à développer une présence internationale pour attirer des investissements étrangers, séduire des entreprises internationales et cibler de nouveaux marchés pour leurs exportations en faisant le marketing territorial et «image-building activities», comme c’est le cas des villes et communautés territoriales.
✓ Le modèle culturel et scientifique de la para diplomatie s’articule autour de la coopération, qu’elle soit culturelle, éducative, technique, technologique ou autre.
✓ Le modèle politique repose sur des considérations politiques ; dans ce cas de figure la para diplomatie met en avant l’expression d’une identité internationale distincte de celle projetée par l’État central, comme c’est le cas pour le Québec, la Flandre, la Catalogne et le Pays Basque. Dans ce cas de figure, les gouvernements infranationaux cherchent à établir un réseau de relations internationales qui affirme l’unicité culturelle, l’autonomie politique et le caractère national de la communauté qu’ils représentent.
Ces trois modèles n’existent pas en tant que tel dans la réalité des choses car généralement on trouve une combinaison avec des dominantes soit politique soit économique soit culturelle et éducative.
On peut remarquer que l’engagement international des villes et des collectivités locales relève des « politiques de faible portée » (low policy) généralement économique ou culturel et scientifique ; il est moins politisé que celui des États fédérés et des régions autonomes, car il vise à répondre aux besoins locaux. Il contribue de manière significative à l’attractivité et à la visibilité des territoires concernés, en abordant des domaines tels que les infrastructures, les transports, le logement ou la santé, ce qui pourrait entraîner des «effets immédiats sur l’amélioration du bien-être» de la population. (Yves Viltard 2020). Un exemple notable est l’accord de coopération régionale que l’Oblast de Sakhaline a conclu avec la préfecture japonaise de Hokkaido, et ce, malgré le différend territorial majeur entre la Russie et le Japon à propos des îles Kouriles. (R. Tavares 2016). On peut citer un contre exemple ou deux villes francaise et allemande en l’occurrence «Menton» et «Baden-Baden» ont condamné la guerre de la Russie contre l’Ukraine et ont dénoncé leurs accords de Jumelage avec la ville de Sotchi.
Par ailleurs, il sied de noter que la para diplomatie peut favoriser une relation mutuellement bénéfique et multidimensionnelle pour une région ou une ville d’un pays en développement. Au-delà du transfert direct de compétences et du savoir-faire, qu’il s’agisse de la création d’écoles, de la formation des forces de police ou de la gestion des services publics locaux de l’assainissement ou de transports, cette coopération peut aussi inclure une dimension culturelle, notamment des échanges éducatifs. L’ensemble de ces éléments peut avoir un effet positif sur le développement, tandis que les opportunités économiques générées par le réseautage avec les gouvernements des économies industrialisées avancées renforcent ce progrès.
Il est intéressant de noter que le choix des partenaires suit souvent des liens culturels et linguistiques. Par exemple, les efforts de coopération du Québec se concentrent principalement sur les régions francophones. De la même manière, la Catalogne et le Pays Basque privilégient les pays d’Amérique latine, tandis que la Flandre dirige ses efforts vers les anciennes colonies néerlandaises comme l’Indonésie et le Suriname. (André Lecours in Political Issues of Paradiplomacy: Lessons from the Developed World)
La diplomatie parlementaire
L’Union interparlementaire (UIP), le plus ancien organe parlementaire international, fondé en 1889, définit d’une manière opérationnelle la diplomatie parlementaire. Celle-ci comprend un large éventail d’activités, telles que : la conclusion d’accords de coopération interparlementaire pour favoriser les relations entre pays ; l’organisation de rencontres et de visites régulières et institutionnalisées entre parlementaires, visant à la fois à la résolution de conflits et à la consolidation de la confiance, ainsi qu’à l’échange de savoir-faire ; l’établissement de groupes d’amitié et de comités ad hoc ; la réception et l’envoi de délégations parlementaires ; et la participation à des instances et conférences interparlementaires multilatérales, y compris, notamment, les UIP etc. (The Hague Journal of Diplomacy 11-2016)
Les institutions parlementaires participent aux affaires internationales de trois manières principales : 1) en influençant la politique étrangère au sein des parlements nationaux ; 2) en menant des relations diplomatiques parallèles, appelées diplomatie parlementaire ; et 3) en créant et en participant aux parlements constitués dans le cadre d’organisations internationales, ou régionales.
De nombreux parlements participent aux affaires internationales, soit directement, soit indirectement. Cette participation peut être formelle ou informelle, menée par des partis politiques ou des individus, exercée de manière ouverte ou discrète, et peut se faire avec ou sans l’approbation des autorités exécutives nationales.
Les groupes d’amitié représentent le premier canal de la diplomatie parlementaire. Composés de parlementaires, ils visent à renforcer les liens avec des assemblées étrangères, essentiellement à travers des échanges et contacts directs. L’Assemblée nationale française a défini ces groupes, le 12 décembre 1961, comme des collectifs « destinés à créer ou resserrer des liens d’amitié avec des parlements à l’étranger » (Didier Maus, Université Aix-Marseille).
Les invitations et rencontres entre parlementaires constituent un second vecteur majeur, reflétant une dynamique également observée dans la vie publique et professionnelle. La mondialisation, la facilité des communications et les réseaux personnels jouent ici un rôle déterminant.
Enfin, la coopération interparlementaire regroupe diverses actions plus difficiles à quantifier, mais essentielles à la diplomatie parlementaire. Elle s’exprime principalement au sein des assemblées parlementaires internationales, où se tissent des échanges multilatéraux et des initiatives communes.
La diplomatie parlementaire repose en grande partie sur les présidents des chambres du Parlement. Certains s’y investissent pleinement, d’autres moins, en raison de choix personnels ou de contraintes liées au cumul des mandats.
– Généralement, l’implication des Parlements dans les affaires étrangères s’effectue sur deux fronts complémentaires : institutionnel et diplomatique. Ces deux niveaux permettent aux Parlements d’influencer, de contrôler et d’accompagner la politique étrangère de manière plus étendue et plus représentative des intérêts citoyens.
Au niveau institutionnel les Parlements interviennent à travers trois volets principaux dans les affaires internationales :
✓ Le processus législatif : Les Parlements jouent un rôle décisif en ratifiant les traités internationaux et en adoptant des lois portant sur la souveraineté et la sécurité de l’État. Cette implication garantit que les accords internationaux respectent les intérêts nationaux tout en affirmant la légitimité démocratique des décisions prises.
✓ Le contrôle parlementaire : En disposant de divers moyens, tels que les questions, les commissions et le droit de censure, les parlementaires assurent une supervision de la politique étrangère, renforçant ainsi la transparence et la responsabilité de l’exécutif dans ses décisions et actions internationales.
✓ Un rôle politique élargi : Les Parlements débattent également des grandes orientations de la politique étrangère lors de réunions, déclarations de programme et discussions préalables à l’adoption du budget. Ce rôle élargi leur permet de participer activement à l’élaboration de la politique étrangère.
Au Niveau Diplomatique, Les Parlements s’illustrent également sur la scène diplomatique, où ils contribuent au renforcement des relations internationales dans quatre domaines spécifiques :
✓ La diplomatie bilatérale : À travers des rencontres et partenariats avec d’autres Parlements, ils favorisent les échanges entre nations et contribuent à consolider les liens entre les peuples. Ces relations bilatérales offrent un cadre propice au dialogue et à la coopération internationale.
✓ La diplomatie multilatérale : Les délégations parlementaires participent activement aux réunions d’organisations internationales telles que le Conseil de l’Europe, l’OTAN, l’OSCE. En représentant leurs pays dans ces instances, les parlementaires jouent un rôle central dans les discussions multilatérales sur des enjeux mondiaux.
✓ La diplomatie de conférence : Dans ce cadre, les réunions de Présidents de Parlements et de délégations parlementaires permettent de répondre aux besoins diplomatiques, tant bilatéraux que multilatéraux, et de discuter de questions spécifiques. Ces échanges favorisent l’élaboration de réponses coordonnées et ciblées.
Cependant, la diplomatie parlementaire a ses limites (Stavridis 2002, Sabic 2008b : 82-3). L’un des principaux défis est le manque de temps et d’expertise. L’efficacité des parlements est également limitée par les fluctuations de leurs membres. Le financement pose aussi des difficultés supplémentaires.
Le modèle marocain
Dans son discours prononcé le 11 octobre à l’occasion de l’ouverture de l’année parlementaire, SM le Roi Mohammed VI a appelé à une mobilisation collective des forces vives de la Nation pour défendre la cause nationale et préserver l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc. Le Souverain a souligné l’importance d’une diplomatie parallèle visant à compléter les efforts de la diplomatie officielle. « Il est temps de défendre notre cause avec fierté », a-t-il déclaré, mettant en avant la richesse de nos arguments juridiques, politiques et historiques.
La diplomatie parallèle du parlement et des partis politiques
Le Maroc a une longue tradition de diplomatie parallèle, particulièrement animée par les partis politiques, surtout après l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ), qui a reconnu les liens de souveraineté du Royaume sur ses provinces sahariennes. Les partis d’opposition ont joué un rôle actif lors des campagnes diplomatiques menées par le Maroc pour expliquer et défendre sa position sur la question du Sahara.
Ce mode d’action a culminé en 1979, lorsque feu SM le Roi Hassan II a invité les dirigeants des partis de la Koutlah (l’USFP et le PPS) à siéger dans un conseil national pour l’assister dans la gestion de cette question cruciale, tandis que le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal occupait le poste de ministre des Affaires étrangères sans oublier le rôle joué par Moulay Mehdi Alaoui nommé représentant du Royaume à l’ONU dès son retour d’exil. Cette collaboration a été un élément clé dans la stratégie marocaine pour naviguer dans les complexités diplomatiques entourant le Sahara.
Depuis lors, les partis politiques ont mobilisé leurs ressources et leurs réseaux pour défendre la cause nationale, en s’appuyant sur leurs relations bilatérales et leurs partenariats, notamment au sein d’organisations internationales telles que l’Internationale socialiste, ainsi que dans des instances comme l’Union parlementaire internationale et l’Union parlementaire des pays arabes. Ces initiatives avaient pour objectif de promouvoir la cause nationale et de résoudre des crises diplomatiques. Les partis de la Koutlah, notamment le Parti de l’Istiqlal, l’USFP et le PPS, ont régulièrement participé aux congrès de leurs homologues internationaux, y compris ceux de partis socialistes et communistes qui soutenaient des thèses séparatistes. Cette dynamique a permis de renforcer leur influence sur la politique étrangère et de contrer les narratifs de l’Algérie et ses acolytes.
– La Constitution de 2011 a considérablement renforcé les pouvoirs du parlement marocain, lui conférant un rôle prépondérant sur la scène internationale. Désormais, le parlement agit en interlocuteur privilégié avec les législatures étrangères et participe activement aux organisations parlementaires telles que l’Union parlementaire internationale et l’Union parlementaire africaine. Grâce aux groupes d’amitié parlementaires, il contribue à tisser des liens stratégiques et déploie une influence ciblée, en complément des actions du ministère des Affaires étrangères.
En étroite coordination avec le ministère des Affaires étrangères, les parlementaires s’efforcent de défendre les intérêts nationaux par des actions de lobbying ciblées auprès de leurs homologues étrangers.
Par ailleurs, les partis politiques animent activement les 80 groupes d’amitié et les groupes de travail interparlementaires dédiés à des enjeux spécifiques. Abdelouahed Radi, qui a présidé le parlement et occupé le poste de président de l’Internationale socialiste avant 2011, a joué un rôle crucial dans le développement de la diplomatie parallèle marocaine. Son double mandat a facilité l’établissement de partenariats et d’alliances, contribuant ainsi à la défense des intérêts nationaux sur la scène internationale.
Ce processus a été redynamisé depuis l’adoption de la Constitution de 2011, lorsque la Chambre des conseillers fut présidée par trois citoyens marocains issus des provinces sahariennes, à savoir Cheikh Biyadiallah, Mayara et actuellement Ould Errachid, également issu de la même tribu Rguibate qui domine les instances de l’organisation séparatiste.
Il est important de noter que la diplomatie parallèle marocaine se caractérise principalement par sa réactivité, restant en attente d’un signal du pouvoir central afin d’éviter toute ingérence dans le domaine réservé à la monarchie.
La société civile marocaine, avec son tissu associatif dynamique, occupe également une place significative dans les relations internationales, notamment par sa présence dans les forums mondiaux et en établissant des relations avec des homologues à l’étranger.
La diplomatie parallèle des communes et villes
Les villes mondiales jouent un rôle de plus en plus central dans les affaires internationales sur les plans économique, politique, social et culturel. Elles ne sont plus simplement des lieux de résidence, mais sont devenues des acteurs majeurs sur la scène mondiale. (IVO DAALDER, président du Chicago Council on Global Affairs 2015)
Il y a trois décennies, nous avons observé l’émergence des villes en tant qu’acteurs transnationaux. Les grandes métropoles se montrent de plus en plus dynamiques sur la scène internationale, développant une forme de diplomatie parallèle dans les domaines économique, culturel et environnemental. Cela se manifeste particulièrement à travers les jumelages et la signature d’accords de coopération simplifiés, qui échappent aux lourdeurs des procédures des accords internationaux.
Les villes africaines, y compris les villes marocaines et les provinces sahariennes, participent activement à cette dynamique, renforçant ainsi leur rôle dans la coopération régionale et internationale. Ces initiatives permettent non seulement aux villes de jouer un rôle significatif dans la coopération globale, mais également de favoriser la promotion territoriale et de répondre à des défis communs, tout en soutenant le développement durable et l’intégration régionale.
– En effet, le Maroc est très avancé dans le processus de décentralisation puisque l’article 86 de la loi organique n°113-14 relative aux communes (7 juillet 2015) autorise celles-ci à conclure des conventions avec des acteurs étrangers, favorisant ainsi la coopération internationale et le développement local. Toutefois ce processus requiert l’accord préalable de la tutelle pour garantir la conformité aux lois en vigueur.
Par ailleurs, il est à noter que l’interdiction de conclure des conventions avec des États étrangers vise avant tout à assurer la cohérence avec la politique étrangère du Royaume. Cette approche équilibrée permet aux communes d’engager des initiatives internationales tout en préservant les intérêts nationaux et la ligne de conduite diplomatique.
Source : données agrégées par l’auteur
Les jumelages des villes africaines illustrent une dynamique essentielle pour renforcer les échanges culturels et économiques. Dans ce cadre, les villes marocaines se distinguent particulièrement. Rabat, avec 21 jumelages, se positionne en tête du classement continental, établissant des partenariats avec divers pays tels que la France, les États-Unis et l’Espagne. Casablanca, avec 10 jumelages, suit de près, renforçant ses liens avec des nations influentes.
D’autres métropoles africaines, comme Le Caire, Lagos (5 jumelages), Le Cap (7 jumelages), Addis-Abeba (4 jumelages) et Tunis (7 jumelages), participent également à cette dynamique, cherchant à promouvoir l’intégration régionale et internationale. Cependant, ces initiatives doivent faire face à des défis de coordination et à un risque de fragmentation dans la représentation internationale
L’analyse des jumelages des villes marocaines met en évidence des disparités significatives. Rabat se distingue comme la ville la plus connectée, avec 21 jumelages, suivie de Fez (11) et Casablanca (10). Ces grandes villes, souvent au cœur des activités politiques et économiques du pays, bénéficient d’une concentration d’échanges internationaux. En parallèle, les villes sahariennes telles que Dakhla(5) et Laayoune (4) s’affirment également sur la scène internationale, renforçant leur rôle en tant que pôles de développement. Ces dernières, tout en se projetant à l’échelle mondiale, établissent des relations comparables à celles des villes du Nord, ce qui favorise leur intégration dans les réseaux économiques et culturels globaux.
Les partenaires internationaux
Les jumelages internationaux du Maroc témoignent d’une richesse et d’une diversité de partenariats qui reflètent des relations historiques et des échanges culturels dynamiques. En tête de liste, la Francese démarque avec 22 jumelages, suivie de l’Espagne et du Portugal (12 jumelages chacun). Les États-Unis (11) et la Chine (10) montrent un intérêt croissant pour des collaborations stratégiques.
Source : données agrégées par l’auteur
Sur le continent africain, la Tunisie (7) et le Sénégal (4) illustrent l’importance des relations sud-sud, tandis que des pays comme le Mali et le Burkina Faso, avec un jumelage chacun, soulignent le potentiel d’élargissement des relations intra-africaines.
La variété des pays partenaires, allant de l’Algérie à l’Indonésie, reflète l’ouverture du Maroc à des collaborations multiples.
La distribution linguistique des partenaires met en lumière l’importance des liens historiques et culturels du Maroc. Le français,
l’arabe et l’anglais prédominent, tandis que des langues émergentes, comme le chinois et l’indonésien, signalent une volonté d’expansion vers de nouveaux horizons.
Quel avenir pour la diplomatie parallèle
On observe que la diplomatie parallèle reste relativement discrète, notamment en ce qui concerne l’engagement des partis politiques et de la société civile. Il est donc impératif de réviser les pratiques et procédures pour redynamiser cette diplomatie et la rendre à la hauteur des défis auxquels notre pays fait face, dans le contexte de la nouvelle configuration géopolitique régionale et mondiale.
Dans ce contexte et pour assurer l’efficacité de la diplomatie parallèle, plusieurs éléments fondamentaux méritent d’être revisités :
✓ Maîtrise des enjeux : Les élus locaux et les maires, les parlementaires, les partis politiques et autres composantes de la société civile doivent pleinement s’approprier les dossiers relatifs à la cause nationale et à l’intégrité territoriale ainsi que les questions spécifiques et techniques, comme la migration, la sécurité, les changements climatiques, l’environnement, dessalement de l’eau de mer et les énergies renouvelables etc.
✓ Renforcement des capacités : La formation continue et le perfectionnement des acteurs sont essentiels pour optimiser leurs actions.
✓ Sélection d’acteurs qualifiés : Choisir des parlementaires, leaders d’opinion et influenceurs dotés de compétences spécifiques et d’une bonne maîtrise des langues étrangères.
✓ Ciblage ciblé et stratégique : Déterminer les pays et destinations prioritaires pour les campagnes et visites, en s’appuyant sur des analyses préalables.
✓ Utilisation stratégique des plateformes internationales : Exploiter les canaux de communication et les réseaux sociaux pour promouvoir une image authentique et représentative du Maroc.
✓ Dépassement des divisions partisanes : Favoriser une approche collaborative en minimisant les clivages idéologiques et en mutualisant les ressources.
✓ Synergie avec le monde académique : Encourager la collaboration entre universités, centres de recherche et think tanks afin d’éviter le travail en silos.
✓ Contrat-programme avec le ministère des Affaires étrangères : Établir un cadre de partenariat avec les parties prenantes pour garantir des objectifs clairs et des attentes bien définies.
✓ Coordination centralisée et cohérente : Créer un mécanisme de coordination dirigé par le ministère des Affaires étrangères pour harmoniser les actions et garantir leur alignement avec les objectifs nationaux.
Pour atténuer les risques d’incohérence dans la politique étrangère, il faudrait mettre en place des canaux et des mécanismes de consultation et de coordination entre les divers responsables et partenaires de la diplomatie parallèle, ce qui nécessite une certaine acceptation de la part de l’État envers la para diplomatie.
La profondeur de la consultation et de la coordination dépendra principalement de la nature et de l’ampleur de l’activité para diplomatique en question ; si les activités internationales sont modestes et axées principalement sur la coopération, un processus simple et informel de partage d’informations pourrait suffire à rassurer les responsables étatiques. Cependant, si la para diplomatie est plus ambitieuse, traitant de questions économiques, culturelles ou environnementales ayant des implications sur les politiques nationales, une approche plus structurée pourrait être nécessaire.
Dans ce cas, la relation entre la région et l’État doit évoluer au-delà du partage d’informations pour inclure une véritable consultation et coordination.
Dans la pratique Il existe au moins deux options pour établir des canaux et des mécanismes spécifiques facilitant cette collaboration (André Lecours op cit) :
✓ La première consiste à créer des canaux de communication au sein d’une unité bureaucratique, permettant aux autorités infranationales d’initier des programmes de coopération, tels que des échanges culturels, avec le soutien du ministère concerné.
✓ La seconde option est d’établir un organe intergouvernemental chargé des relations internationales, où les initiatives para diplomatiques peuvent être présentées et alignées sur la politique étrangère nationale. Cette approche nécessite une acceptation claire de la légitimité de la para diplomatie par l’État central et elle est rare, la Belgique en est un exemple notable.
Conclusion
La para diplomatie et, plus largement, la diplomatie parallèle opère dans un cadre juridique à géométrie variable, les constitutions réservant en principe les affaires étrangères à l’État central. Cela suscite une certaine méfiance chez les responsables, qui considèrent souvent que les initiatives internationales des régions et municipalités devraient rester du ressort exclusif de l’État. Par ailleurs, des inquiétudes persistent quant au risque que la diplomatie parallèle fragmente la cohérence nationale, menaçant ainsi une représentation unifiée sur la scène internationale.
La para diplomatie présente des défis dans les pays développés et rencontre des obstacles encore plus importants dans les pays en développement. Une préoccupation majeure pour toute entité infranationale s’engageant sur la scène internationale réside dans la dynamique entre les acteurs infra étatiques et ceux de l’État central. Pour qu’elle soit efficace il est essentiel d’établir des canaux solides de consultation et de coordination entre ces responsables, ce qui nécessite une certaine tolérance de la part de l’État central envers la para diplomatie.
Comme le souligne André Lecours, dans les régions en développement où la démocratie demeure relativement fragile ou en transition, la para diplomatie présente des avantages mais aussi des risques. La décentralisation des décisions peut en effet introduire une instabilité indésirable dans un contexte où les institutions démocratiques ne sont pas encore pleinement consolidées.
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