Le mois de mars est traditionnellement le mois de la langue française et de la Francophonie. Qu’en est-il cette année ?


Chaque année le 20 mars, la Journée internationale de la Francophonie est célébrée dans les pays francophones, mais aussi dans des pays où la langue française est moins présente au travers d’organismes officiels divers et variés comme les Instituts français, les Alliances françaises, les Maisons de la Francophonie…
Il est important de souligner avant tout que cette date fait référence à la naissance, le 20 mars 1970 à Niamey (capitale du Niger) de l’Agence de coopération culturelle et technique, devenue par la suite quelques décennies plus tard l’Organisation internationale de la Francophonie.
On notera également l’organisation d’une foison d’évènements et de manifestations par une multitude d’acteurs associatifs, d’établissements scolaires, d’enseignants, d’écrivains, de personnalités de la société civile …
«Perler» les actions de promotion de la langue française et de la Francophonie
Au programme : dictées géantes, semaines culturelles, concours d’éloquence, présentations d’ouvrages, prix littéraires, conférences et colloques …
Avec les années, le calendrier s’est «élargi», nous sommes passés de la journée à la semaine puis au mois ce qui permet aux nombreux acteurs concernés de «perler» dans le temps leurs actions de promotion de la langue française et de la Francophonie.
On remarquera toutefois que cette année le calendrier événementiel semblait moins fourni que les années précédentes en France. Plusieurs phénomènes peuvent être incriminés : la proximité du récent Sommet de la Francophonie en France qui a déjà généré un certain nombre d’évènements et qui a pu provoquer une certaine lassitude, une forme d’apathie nationale généralisée et un contexte géopolitique internationale en tension dans lequel les alliés d’hier comme certains pays d’Afrique francophones et même les Etats d’Unis d’Amérique de Donald Trump ne semblent plus aussi fiables qu’il y a quelques années. L’époque semble être à la méfiance et à une certaine retenue.
Trois pays viennent d’annoncer quitter l’Organisation Internationale de la Francophonie, quel est votre ressenti ?
Effectivement le Niger, le Burkina Faso et le Mali, trois pays dirigés par des régimes militaires en désaccord profond avec la France il faut le rappeler, se sont retirés tour à tour ces derniers jours de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Ces annonces ne sont pas très étonnantes. Je pense que nous étions nombreux à attendre ce moment et même à spéculer sur un tempo concerté.
«Le Niger a écrit à la France et la France nous a informé de cette notification », a confirmé la porte-parole de l’OIF Oria K. Vande Weghe sur TV5 Monde. «C’est une décision qu’on déplore mais qu’on respecte.» «L’OIF considère peut-être être un dommage collatéral d’une situation géopolitique qui la dépasse», a-t-elle commenté, ajoutant que celle-ci resterait «près des Nigériens.» Une vision certainement partagée pour les deux autres membres sortants que sont le Burkina Faso et le Mali.
Mais franchement, nous savons tous que les gouvernements concernés sont issus de coups d’état militaire et non de scrutins démocratiques. Il est même étonnant que ces juntes n’aient pas fait cette annonce plus tôt. Le choix du calendrier, c’est-à-dire à proximité immédiate du 20 mars, journée symbolique, ainsi que la forme, un courrier adressé aux autorités françaises, semble-t-il pour certains, se veulent symboliquement forts et sont regrettables. Une façon humiliante et vexante de dire aux autres membres de l’OIF «nous ne nous adressons qu’à votre Chef, la France, rien qu’à elle?»
Ces retraits sont dommageables. mais restent, à mon avis, largement réversibles. Je pense sincèrement que la «Francophonie des Peuples» est en marche et qu’elle peut s’affranchir momentanément des institutions.
Qui nous empêchera de poursuivre une fraternité francophone et de renforcer nos liens interpersonnels avec nos amis Burkinabè, Maliens ou Nigériens ? Allons-nous arrêter de dialoguer et de bâtir des projets avec les concitoyens de ces trois pays ? Le monde culturel et artistique va-t-il mettre en sourdine ses activités ? Les diasporas vont-elle quitter la France et l’espace francophone ? Permettez-moi d’en douter fortement. En revanche, une nouvelle ère marquée par un respect réciproque et des relations équilibrées et respectueuses entre la France et l’Afrique est peut-être paradoxalement en gestation.
La Francophonie institutionnelle est-elle en mutation ?
Au niveau géostratégique, cette posture prise par les trois membres de l’Alliance des États du Sahel me semble une erreur grossière. Il faut absolument prendre de la hauteur et sortir du paradigme qui superpose France et Francophonie. Il n’était pas nécessaire de quitter l’OIF malgré les «suspensions» toutes relatives prononcées. N’oublions pas que la Francophonie constitue surtout une enceinte qui avec le temps est devenue celle d’un multilatéralisme fraternel et d’une «vision du monde non alignée» sur les grandes puissances historiques et celles émergentes. Plusieurs entités ont d’ailleurs rejoint l’OIF à l’occasion de son dernier sommet : le Chili, le land allemand de la Sarre, la Nouvelle-Écosse, l’Angola et la Polynésie française… L’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, «petite sœur de l’OIF» a elle aussi accueilli en juillet dernier de nouveaux membres : le territoire indien de Pondichéry, l’Angola et Chypre.
Autre signe révélateur de l’attractivité de la Francophonie institutionnelle, l’investissement croissant des pays asiatiques dans la Francophonie avec des pays engagés comme le Cambodge qui accueillera le prochain Sommet de l’OIF ou encore le Vietnam pays relativement actif malgré un passé douloureux avec l’ex-métropole, la France.
A une époque marquée par un contexte international tendu, il est primordial de diversifier les canaux diplomatiques afin de préserver la stabilité du système international et favoriser la recherche de la Paix. La Francophonie est un de ces canaux. Nos amis sahéliens seraient bien inspirés de se souvenir de ces mots d’Erasme : «si tu te fais de nouveaux amis, n’oublie pas les anciens.»
Bio express
Gilles Djéyaramane
Gilles Djéyaramane est un auteur et essayiste français, spécialiste de la Francophonie, actuellement élu à Poissy (Yvelines). Passionné par l’enseignement et la formation, il intervient régulièrement au sein de plusieurs établissements d’enseignement en géopolitique et sciences politiques.




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