La troisième guerre mondiale est bien là. D’essence économique. Pour le moment.
La campagne militaire de Vladimir Poutine en Ukraine est – déjà – une guerre mondiale en ce sens qu’elle a entrainé de grands bouleversements au plan économique mondial. L’arme des sanctions n’a pas eu son effet dissuasif espéré par Washington et ses alliés européens parce que la Russie a engagé son armée en Ukraine pour protéger ce qu’elle considère comme son espace vital l’obligeant, justement, à refuser cet expansionnisme de l’UE et de l’Otan acté par le clin d’œil fait aux anciennes «possessions» de la Russie soviétique depuis la chute du Mur de Berlin.
Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine pour le monde qui se mobilise contre l’hégémonie militaire de Moscou sont d’abord d’essence économique. Elles se font déjà ressentir sur les prix des matières premières, notamment ceux du gaz, du blé, du nickel et du palladium dont les belligérants sont des producteurs incontournables. L’économie russe dépend de l’exportation de matières premières. Le secteur représente 60% des exportations russes. La Russie est le premier producteur mondial de blé (l’Ukraine est cinquième), un des plus importants exportateurs de pétrole, fourni environ 40% du gaz européen et produit d’importantes quantités de métaux. Le pays est le premier producteur de palladium, utilisé pour la construction des pots catalytiques des voitures notamment, le deuxième producteur d’aluminium et de nickel, et le septième producteur mondial de cuivre. L’Ukraine, quant à elle, est le premier producteur mondial de maïs.
Les prix ont flambé, dès la première semaine de cette guerre qui a fait passer le Covid-19 au second plan. Le fléchissement constaté ces derniers jours ne présage pas d’une stabilisation à court terme. Le baril de pétrole a dépassé les 100 dollars, la tonne de blé a atteint un niveau record à 344 euros et le prix du gaz naturel a bondi de 40% en une journée.
Comme lors du surgissement de la pandémie du Covid-19, les pays se préparent à constituer des stocks «stratégiques» ou à empêcher des exportations vues jusque-là comme le signe d’une bonne santé économique. Les incertitudes, tant sur le conflit militaire que sur les pourparlers et les sanctions occidentales, risquent d’entraîner de nouvelles fluctuations des prix.
Ces hausses accroîtront probablement l’inflation record déjà enregistrée en 2021 en raison des tensions sur le marché de l’énergie et des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement. Le retour à la croissance pourrait ainsi se muer en un retour à la «stagflation» : la hausse des prix et l’absence de croissance.
La menace brandie par Poutine, avec un baril qui pourrait atteindre les 300 USD, fonde cette crainte d’une guerre économique plus pernicieuse que le conflit militaire limité dans l’espace (l’Ukraine) mais pas dans le temps. La force de la Russie, une superpuissance, comme le fut l’Allemagne en son temps agressant militairement la Pologne, le 1er septembre 1939, sans savoir qu’il venait de déclencher une guerre longue (5 ans), meurtrière (60 millions de morts) mais surtout d’ampleur mondiale, est donc bien la crainte que les sanctions brandies par les USA et l’Europe n’aient aucun effet sur le cours de la guerre. Une intervention militaire de l’Otan étant peu probable, Poutine jugera du moment opportun où il faut privilégier la négociation, quand il aura assuré des objectifs stratégiques irréversibles. Un autre «Mur de Berlin», passant par Kiev et garantissant à Moscou que l’ancien Bloc de l’Ouest ne se reconstruira pas sur les décombres de celui de l’Est tombé, en 1989, quand les Russes avaient cédé à la «tentation» démocratique de l’Occident.





Ukraine


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