Fortuna Mining consolide ses positions dans l’est du Sénégal. Le groupe canadien a annoncé, lundi 10 août, l’acquisition pour 200 millions de dollars du projet aurifère de Bambadji, un périmètre d’exploration d’environ 190 km² situé à proximité immédiate de Diamba Sud, son principal actif dans le pays.
Un pari sur le potentiel d’un district aurifère
L’opération surprend d’autant plus que Bambadji ne dispose à ce stade d’aucune ressource minérale publiée. Le montant de la transaction représente à lui seul plus de la moitié des 397,5 millions de dollars nécessaires, selon les prévisions actuelles, à la construction de Diamba Sud.
Le prix sera partagé entre les deux précédents détenteurs de l’actif : Barrick Mining percevra 130,35 millions de dollars, tandis qu’IAMGOLD recevra 69,65 millions.
Derrière cette opération, Fortuna semble avant tout acquérir un potentiel géologique et une position stratégique dans un district aurifère où les terrains de qualité se font rares.
Bambadji, la pièce manquante autour de Diamba Sud ?
L’intérêt de Bambadji tient d’abord à sa localisation. Le projet borde la partie orientale de Diamba Sud, un actif que Fortuna vise à mettre en production à partir de 2028. Le projet Diamba Sud est actuellement conçu pour produire environ 1,05 million d’onces d’or sur une durée de vie de 9,4 ans. L’acquisition de Bambadji offre ainsi à Fortuna la possibilité de consolider son emprise foncière autour de sa future exploitation.
L’enjeu dépasse donc le simple cadre d’une acquisition foncière. En réunissant les deux actifs, le groupe pourrait à terme envisager une stratégie de développement à l’échelle du district, en mutualisant potentiellement certaines infrastructures et en prolongeant la durée de vie de son complexe aurifère. Cette perspective reste toutefois conditionnée à la découverte et à la délimitation de ressources économiquement exploitables à Bambadji.
214 000 mètres de forage pour réduire le risque
Si Fortuna accepte de débourser un tel montant pour un actif encore dépourvu de ressources publiées, c’est que Bambadji est loin d’être un terrain vierge. Le projet compte déjà environ 214 000 mètres de forage, réalisés au fil des campagnes d’exploration précédentes. Ces travaux ont permis de mettre au jour plusieurs cibles prometteuses, ainsi que différents styles de minéralisation aurifère présentant des similitudes avec ceux rencontrés à Diamba Sud.
Pour Fortuna, cette base de données constitue un atout majeur. Elle permet de reprendre l’exploration en s’appuyant sur un volume important de données géologiques déjà disponibles, plutôt que de partir de zéro.
« La contrepartie de 200 millions de dollars versée pour ce projet reflète la présence de multiples cibles de premier ordre identifiées par forage, l’envergure du périmètre, l’abondance des données d’exploration historiques ainsi que le potentiel d’agrandissement significatif de Diamba Sud », a expliqué Jorge Ganoza, PDG de Fortuna Mining. Le dirigeant insiste également sur la localisation de Bambadji, au sein de l’un des districts aurifères les plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest.
Fortuna passe maintenant à l’étape des preuves
Après le pari financier vient le temps de la démonstration géologique. Fortuna prévoit de consacrer 8 millions de dollars à une première campagne d’exploration sur Bambadji. Au programme : environ 51 000 mètres de forages, en circulation inverse et au diamant. Les premiers travaux doivent démarrer au troisième trimestre 2026.
L’objectif est double : confirmer les résultats historiques et déterminer si les différentes anomalies et intersections identifiées peuvent se transformer en ressources aurifères suffisamment importantes pour justifier un développement minier. C’est là que se jouera la véritable réussite de l’opération. Car en acquérant Bambadji, Fortuna ne paie pas aujourd’hui pour une ressource déjà quantifiée : le groupe investit dans la possibilité d’en découvrir une.
Un pari sur un district, plus que sur un seul projet
L’opération illustre une tendance de fond dans l’industrie aurifère : lorsque les actifs de premier plan se font rares, la valeur ne réside plus uniquement dans les ressources déjà certifiées, mais aussi dans la capacité à contrôler des terrains adjacents présentant un potentiel d’extension.
Pour Fortuna, Bambadji pourrait précisément jouer ce rôle. Si les prochaines campagnes confirment les similitudes géologiques avec Diamba Sud et permettent d’identifier des volumes significatifs d’or, l’acquisition de 200 millions de dollars pourrait apparaître comme une opération stratégique destinée à transformer deux projets voisins en un ensemble minier plus vaste.
À l’inverse, si les forages ne permettent pas de matérialiser ce potentiel, le prix payé rappellera les risques inhérents aux transactions sur des actifs encore au stade de l’exploration.
Fortuna joue donc une partie sur le long terme. Le groupe ne cherche pas seulement à trouver de l’or à Bambadji : il tente de verrouiller, autour de Diamba Sud, un futur district aurifère sénégalais.





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