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Zleca, de la ratification à l’opérationnalité

La Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) a reçu son acte de naissance le 30 mai 2019, quand le nombre d’États (22) nécessaire à la ratification de ses textes fondateurs, a été atteint.

zlecaMais l’effectivité juridique, désormais acquise, ne garantit nullement une opérationnalité qui dépend, elle, de la mise à niveau de réglementations jusque-là particulières. Convaincre 54 Etats à céder sur une partie non négligeable de leur souveraineté économique et financière nécessite une bonne dose de persuasion, au moment où le “modèle” européen est secoué par le Brexit. C’est cette question de fond qui m’a opposé sur le réseau social le plus usité, Facebook, à une amie rompue aux questions de relations économiques internationales. Autrement dit, pour me reprendre  en parlant des pays signataires : ” que les réalistes triomphent sur les idéologues” ! Mon amie me rétorquait : ” il faut fêter cette signature. On n’a pas le droit de bouder notre plaisir du moment”. Ce que je lui ai concédé d’ailleurs.

Les experts, – eux ne sont pas dans l’émotion,- devront en effet plancher sur ce qui fonde le pragmatisme d’un marché commun africain, et non pas tout ramener à un idéalisme qui est, actuellement, le seul point de convergence entre ceux qui lient le destin d’un Continent à un africanisme sans cesse renouvelé (la vision de l’Agenda 2063 parle de “l’Afrique que nous voulons”) et ceux qui cherchent un ancrage dans les réalités économiques permettant la création d’une zone de libre-échange de près de 1,2 milliard de personnes.

Le retard sur l’agenda initial (l’édification d’une zone de libre-échange continentale africaine à l’horizon 2017) ne peut compter comme un premier indice d’échec, si l’on considère qu’il n’entame pas le déroulement normal du processus. Une volonté de bien faire ? Peut-être bien.

L’expérience des Communautés économiques régionales (CER) permet de mesurer, à un niveau moindre, les difficultés de mise en œuvre d’une Zleca identifiée comme une initiative prioritaire de l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA). Les négociations lancées lors du sommet de l’Union africaine qui s’est tenu, en juin 2015, à Johannesburg, en Afrique du Sud, ont fait ressortir les agendas cachés qui ne sont pas, nécessairement, en phase avec la volonté commune. Il s’agit, entre autres, du Nigéria, première économique africaine, qui fait de la résistance, mu sans doute par un instinct protectionniste difficilement compréhensible, au moment (même s’il a commencé à lâcher du lest) où la globalisation gagne du terrain, et de cette Afrique du sud qui surfe, à outrance, sur un leadership largement entamé par les scandales de corruption.

L’on espère cependant que le temps des susceptibilités est derrière nous, avec ce près-requis qu’est la ratification de l’accord portant création de la Zleca. Que reste-il à faire ?

La densification des infrastructures de transports terrestres, ferroviaires et maritimes est une priorité de même niveau que la suppression des barrières douanières. Elle peut se faire dans le cadre d’actes communs régionaux (UA, Cer) ou de relations de proximité (bilatéralisme) plus pragmatique (le pont de Rosso, liant la Mauritanie au Sénégal ou le gazoduc Nigeria-Maroc).

Ce sont là les préalables pour l’émergence d’une zone de libre-échange se traduisant, à moyen terme, par la création d’un marché commun de plus 1,2 milliard de consommateurs, avec un produit brut combiné de plus de 3.000 milliards de dollars.

Grâce à la ZLECA, le commerce dans le continent progressera de 35 milliards de dollars par an, pour atteindre 52% d’échanges intra-africains à l’horizon 2022. Elle ouvre également la voie à la mise en place d’une union douanière d’ici quatre ans, et d’une communauté économique africaine en 2028. Le potentiel existe mais il faut plus qu’une réglementation pour faire de la Zleca un bloc dense, fort et harmonisé.

 

Accords de libre échange ZLECA

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