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Le Mali, une destination minière attractive

Le Mali s’illustre de plus en plus comme une destination privilégiée pour les compagnies minières et le pays ne cesse de multiplier les efforts pour rendre attrayant ce secteur. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Les détails.

 

Dossier réalisé Par Mouhammadou Diop & A.D Tandia

 

Depuis plusieurs années, le secteur minier dans le monde se portait mal: la production et les prix avaient chuté, en raison principalement d’un ralentissement de l’économie chinoise, gros consommateur de matières premières. Depuis le début de l’année 2017, le creux de la vague semble enfin passé et, en quelques mois, le prix du fer, du cuivre et de l’étain a nettement augmenté, après cinq ans de déprime des cours mondiaux.  De quoi rendre le moral aux professionnels qui participeront du 21 au 23 novembre 2017 à Bamako aux septièmes Journées Minières et Pétrolières du Mali (JMP’17).  L’année 2018 sera-t-elle un tournant pour l’industrie minière mondiale, notamment les pays africains qui dépendent pour beaucoup de ce secteur et pour lequel c’est une source de revenus essentielle ?

Les mines, un symbole au Mali

Les mines au Mali, c’est un symbole. Cela reste aussi l’un des moteurs de l’économie. 

Loulo Gounkoto Le pays est le troisième producteur d’or en Afrique, le ministère de tutelle a pour ambition de développer de manière stratégique l’économie nationale en s’appuyant sur les revenus miniers. Les découvertes récentes ont fait passer les réserves en or à 882 tonnes, soit environ 16 années d’exploitation au rythme actuel de production, attirant un intérêt croissant pour la région. Cette évolution génère également de nouvelles opportunités d’investissements en raison des projets de développement de l’énergie et des infrastructures de transport. Le potentiel minier malien ne se limite pas à ce seul minerai. Les recherches effectuées dans le secteur extractif du pays ont permis de mettre en évidence la grande diversité et l’extraordinaire richesse de son sous-sol. Il a été également prouvé l’existence d’importants gisements de diamant, de manganèse, de fer, de plomb, de cuivre, de calcaire, de phosphate, de bauxite, de lithium et de marbre. C’est dans ce contexte que se tient du 21 au 23 novembre 2017 au Centre International de Bamako, les Septièmes Journées Minières et Pétrolières du Mali (JMP’17). Cet évènement économique biennal, organisé par le ministère des Mines du Mali en partenariat avec AME Trade Ltd., a fini de faire partie du calendrier d’affaires du secteur minier africain, voire international. Il veut s’inscrire cette année dans la nouvelle vision stratégique de développement de l’industrie minière au Mali tracée par les pouvoirs publics : diversifier les ressources minières du pays et prendre en compte les intérêts de l’Etat, de l’économie malienne et des populations grâce aux revenus tirés de cette ressource.  En effet, ces Journées minières et pétrolières du Mali ont pour thème principal : « L’exploitation des ressources minérales intégrée à l’économie comme facteur de développement durable ».  Il faut dire que cette conférence de portée internationale se penche plus précisément sur le soutien à la diversification, la poursuite du développement économique, l’amélioration des infrastructures et l’intensification des retombées socio-économiques en attirant les investisseurs sur un marché minier largement inexploité. Les participants à cet évènement pourront acquérir une compréhension plus poussée du secteur minier et pétrolier et découvrir les dernières technologies et produits ainsi que développer leur notoriété et nouer des liens avec les acteurs clefs du secteur, générant ainsi des retombées positives sur leur entreprise. C’est ainsi que l’événement réunira d’éminents spécialistes du secteur des mines et du pétrole des quatre coins du monde, qui viendront partager leur expertise, expériences et échanger sur les nouvelles perspectives et défis de l’industrie extractive. Ainsi, trois jours durant, les JMP’17 offrent une vingtaine de sessions sur l’industrie minière et pétrolière en Afrique et au Mali, un salon d’exposition, des activités récréatives et diverses rencontres de réseautage.  Sont attendus des représentants gouvernementaux, des directeurs et dirigeants de compagnies extractives ainsi que des experts rompus aux questions des mines et du pétrole. S’y ajoutent aussi des délégués d’institutions de financement et de coopération. Une occasion pour le ministère malien des Mines de mettre le secteur sous les projecteurs des investisseurs.

En effet, le gouvernement, a des objectifs bien définis en matière de production minière. C’est ainsi que les mines occupent une place de choix et figurent parmi les priorités retenues pour améliorer la croissance économique. 

La confiance des investisseurs miniers

En 2016, la production aurifère du Mali a augmenté de 0,4 tonne par rapport à 2015, passant de 50,5 tonnes à 50,9 tonnes. Ce chiffre est, soulignons-le, supérieur aux prévisions de production du pays pour le compte de l’année, qui étaient de 47,37 tonnes. La production industrielle était de 46,9 tonnes alors que l’extraction artisanale était de 4 tonnes. Cette bonne performance de production va considérablement s’améliorer. La compagnie minière australienne Resolute Mining prévoit de commencer l’exploitation souterraine de sa mine d’or de Syama dès l’année prochaine. L’annonce a été faite par son président, John Welborn. «Nous allons commencer la production souterraine à la fin de l’année 2018. Le travail préparatoire pour la construction de cette mine a déjà commencé.», a-t-il indiqué. Resolute a entrepris un projet d’expansion souterraine à Syama, suite à l’épuisement, en 2015, des réserves de la mine à ciel ouvert, qui avait déjà 2 millions d’onces d’or. La société a évalué à 3,1 millions d’onces, les réserves souterraines du projet. John Welborn a précisé que la mine souterraine produira, jusqu’en 2028, 250 000 onces d’or par an, soit 50.000 onces de plus que l’exploitation à ciel ouvert. Le projet nécessiterait un investissement de 100 millions de dollars US. Par ailleurs, la compagnie a déclaré que des évaluations sont en cours pour donner une estimation précise du potentiel du gisement adjacent de Nafolo, récemment découvert. Cette estimation pourrait se situer entre 1,5 million et 2 millions d’onces, selon le PDG de la compagnie.

Liste de différents minéraux disponibles dans le sous-sol malien

Or : 800 tonnes Le Mali est actuellement classé 3ème en Afrique. Le pays dispose de 8 mines productrices d’or.

Phosphates : 20 millions de tonnes (Tilemsi) D’importantes réserves de phosphate se trouvent dans la zone du Tilemsi, la production ayant lieu à Bourem (pour l’engrais) et Tamaguilelt tin Hina (du super phosphate et de l’acide phosphorique).

Calcaire : 40 millions de tonnes (Bafoulabé, Hombori)

Sel gemme : 53 millions de tonnes (Taoudéni)

Bauxite : 1,2 milliard de tonnes (Kayes, et Ouest de Bamako) Les réserves se trouvent dans Sitadina dans l’ouest du Mali. D’autres indices de bauxite sont connus dans le sud du Mali, où la recherche a récemment été menée.

Fer : 2 milliards de tonnes (Kayes) D’importantes réserves sont situées dans le bassin de Falémé (2 milliards de tonnes), Tienfala dépôt (30 km de Bamako).

Manganèse : 10 millions de tonnes (Ansongo) Les réserves, situées dans le Gourma, sont estimées à plus de 20 millions de tonnes, les travaux d’exploration sont déjà en cours.

Lithium : Les zones principales se trouvent à Kayes, Falémé et Bougouni. Les réserves sont estimées à plus de 4 millions de tonnes. Schistes bitumineux : 10 milliards de tonnes

Marbre : 60 millions de tonnes Lignite : inventoriée dans la région de Gao

Gypse : 405 000 tonnes

Uranium : 5 000 tonnes d’U3O6 et 200 tonnes d’U3O2 à 0,085 % 3 zones potentielles sont en cours d’exploration dans l’Adrar des Iforas, dans la zone de Gao et la zone de Falea (5000 tonnes).

Plomb-zinc : 1,7 million de tonnes de réserve Diamant En 1980, un diamant de 320 carats a été découvert à Kéniéba. Des Indices de diamant se trouvent également dans le nord du pays.

Aujourd’hui, de nouvelles mines devraient entrer en service et améliorer davantage la production d’or au Mali comme c’est le cas de Fekola détenue par la compagnie minière australienne B2Gold qui devrait produire environ 10 tonnes par an, et celle de Yanfolila, propriété de Hummingbird Resources, environ 3 tonnes.

Considérée comme l’une des plus grandes mines aurifères du Monde, la mine d’or de Fékola doit commencer sa production vers la fin de cette année. En attendant, le premier lingot d’or a été produit le 7 octobre dernier. La compagnie B2Gold prévoit la production de plus de 400 000 onces d’or en 2018. En attendant, elle compte produire 50 000 à 55 000 onces d’or pour le quatrième trimestre de cette année 2017. Situé à plus de 400 kilomètres de Bamako, le cercle de Kéniéba est très riche en or. Toutes choses qui feront de cette zone la contrée la plus riche du Mali. Il abrite les plus grandes mines d’or du Mali (Somilo, Tabakoto, Fekola…). Ces grosses mines d’or suffisent à elle seules pour assurer le développement intégral de Kéniéba.    Cette zone  est reliée à la ville de Bamako par une voie routière bitumée.  Les autorités maliennes ont lancé récemment, les travaux de bitumage de la route Kayes Kéniéba. C’est dire que dans quelques mois le cercle de Kéniéba sera totalement désenclavé. Ce qui n’exclura pas l’ouverture d’autres mines d’or et pourquoi pas la mine d’uranium de Faléa. 

Quant à la compagnie minière Hummingbird Resources, elle a signé en septembre dernier une lettre d’intention portant sur l’acquisition d’une participation de 50% dans le projet aurifère Kobada, géré au Mali par African Gold Group (AGG). La clôture de la transaction, qui comprend un investissement initial dans AGG, est soumise à un certain nombre de conditions incluant la conclusion d’un accord contraignant dans un délai de 45 jours. Selon les termes énoncés, la compagnie investira une somme initiale de 3,6 millions de dollars canadiens pour acquérir une participation initiale de 9,9%. Elle aura alors droit à une période d’exclusivité de 120 jours pour réaliser une due diligence. Durant les 120 jours, la société peut augmenter sa participation dans AGG à 19,2% avec un investissement supplémentaire de 4,4 millions de dollars canadiens. Après la réalisation d’une étude de faisabilité définitive à Kobada, Hummingbird aura le droit d’acquérir 50% de participation dans le projet en finançant les dépenses en capital. L’objectif de la compagnie en acquérant le projet Kobada est d’accroître de 45% à 150 000 onces, la capacité de production annuelle de son projet de Yanfolila. Elle prévoit en effet de transporter le minerai qui sera extrait de Kobada pour aller le traiter à l’usine de Yanfolila. Le projet Kobada héberge des ressources minérales totales de 2,2 millions d’onces.

La compagnie minière Cora Gold n’est pas en reste. A travers sa filiale malienne, elle lance une nouvelle campagne de forage sur le projet aurifère de

Sanankoro. Ainsi, Cora Gold vient de conclure un contrat avec Target Drilling, pour la fourniture de services de forage sur son projet phare aurifère Sanankoro dans le Sud du Mali. La convention implique la mise en œuvre d’un programme de forage devant débuter fin novembre 2017 et se terminer au deuxième trimestre 2018. La campagne comprendra 15 000 m de forage carotté et à circulation inverse et 1 000 m de forage au diamant. Cora Gold est détenu à 33,85% par Hummingbird Resources et selon l’entreprise, Sanankoro pourrait contenir 1 million d’onces d’or.

A l’instar de Cora Gold, Robex Resources lance également son dernier programme de l’année à Nampala. La compagnie minière a annoncé le démarrage d’un nouveau programme de forage de 16 525 m sur son projet aurifère Nampala, au Mali.  La campagne durera d’octobre à décembre 2017. Elle permettra à la société de tester les extensions des zones de minéralisation et confirmer la présence de ressources minérales additionnelles qui pourront être directement inclues dans le plan de développement pour augmenter la durée de vie du projet. Par ailleurs, la compagnie rapporte une hausse de ses volumes de vente d’or au troisième trimestre à Nampala. Elle a vendu durant la période 286 kg (9 197 onces) comparativement aux 235 kg et 280 kg cédés respectivement au premier et au deuxième trimestre de l’année.  Le projet Nampala recèle 17,4 Mt de réserves prouvées sur un permis d’exploitation couvrant 5,32 km².

Aujourd’hui, le Mali est bien parti pour bousculer la hiérarchie dans le Top 3 qui le place à la troisième place du plus grand producteur d’or en Afrique derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. En plus du pétrole et d’autres ressources, les études ont prouvé qu’il y a également de l’Or au nord du Mali. A l’en croire, des indices d’or ont été découvertes dans les zones du Gourma (orientale et occidentale), la zone d’Ansongo jusqu’à la frontière du Niger. Il y a aussi du métal jaune à In Darset, localité située entre Aguel hoc et Tessalit dans la région de Kidal. 

La diversification en marche

Même si l’or reste le premier produit d’exportation du Mali, le ministre malien des Mines, Pr Tiémoko Sangaré, est convaincu (voir interview) qu’avec le code minier de février 2012, qui est d’ailleurs dans une phase de processus de relecture afin de l’adapter au contexte actuel de l’exploitation minière, favorise aussi les autres matières premières extraites du sous-sol malien. Ainsi, parallèlement à la belle performance enregistrée par le métal jaune, aujourd’hui, le mot d’ordre, c’est la diversification. Le point central code minier est une fiscalité plus incitative, plus souple, plus transparente, et, surtout, plus appliquée.    Si l’or reste de loin le premier produit d’exportation du Mali (15 % du PIB, une production moyenne de 50 tonnes par an et 800t de réserves estimées), l’objectif des autorités est désormais d’attirer de nouveaux investisseurs en valorisant au maximum les autres ressources du pays, aussi nombreuses que sous-exploitées.  Au premier rang des espoirs maliens, figure l’or noir. L’exploration pétrolière bat son plein dans plusieurs bassins sédimentaires, divisés en  blocs et déjà attribués à des sociétés partenaires de l’État malien, parmi lesquelles l’italien ENI, l’algérien Sipex, l’américain Glencore…  Le sous-sol malien est également riche en calcaire (avec des réserves estimées à 122 millions de t), de marbres (60 millions de t) ou de métaux comme la bauxite (1,5 milliard de t), le manganèse (150 millions de t), le plomb et le zinc (1,7 million de t), et le fer (2 milliards de t). Force alors est de constater que l’or malien continue  d’attirer les investisseurs dans les autres sous secteurs miniers. Tel est le cas de la compagnie australienne Birimian Ltd qui prévoit de démarrer la construction de la mine de lithium de Goulamina commencera mi-2019 (PFS). La construction durera 18 mois et la mine devrait entrer en production, début 2021. En outre, le projet aurait une durée de vie de 9 à 14 ans. Pour développer le projet, Birimian devra investir entre 86,9 millions $ et 142 millions$. «L’étude de préfaisabilité qui s’est basée sur les ressources minérales indiquées actuelles, prouve que Goulamina est potentiellement un projet solide, tant techniquement qu’économiquement […]», a déclaré Greg Walker, PDG de la compagnie. Goulamina est incorporé au grand projet Bougouni détenu à 100% par Birimian. A noter que la compagnie australienne Birimian Ltd a réévalué le potentiel minéral du gisement Goulamina. La nouvelle estimation, réalisée à une teneur de coupure de 0,4% d’oxyde de lithium (Li2O), a augmenté de 15% les ressources du gisement. Ainsi, ce dernier hébergerait désormais 32,9 millions de tonnes titrant 1,37% de Li2O, soit 451 000 tonnes d’oxyde de lithium. De ce total, 347 000 t appartiennent à la catégorie «indiquée», soit 25,3 millions de tonnes titrant 1,37% de Li2O. En outre, la compagnie indique que les zones de minéralisation restent ouvertes en longueur et en profondeur, ce qui laisse présager des possibilités d’extension. Elle rapporte également la découverte de deux nouvelles cibles d’exploration contenant du spodumène (minerai de lithium). Le projet Bougouni, détenu à 100% par Birimian, couvre 250 km2 de superficie.

L’Afrique tire son épingle du jeu

Le Mali ne sera pas le seul pays à chercher à mettre en avant son potentiel minier lors ces JMP’17. Aujourd’hui, les majors continuent d’investir dans des mégaprojets. Selon d’ailleurs les experts miniers, de nouveaux investisseurs sont en chasse pour rafler des gisements.

En 20016, les mines africaines ont capté 916 millions de dollars, représentant 13% des investissements globaux dans le secteur, apprend-on d’une analyse faite par S&P Global Market Intelligence. Malgré leur relative importance ces investissements ont baissé de 24% en comparaison à l’année 2015 et l’Afrique passe de la troisième à la quatrième place pour ce qui est de la destination des investissements miniers. La remontée des prix de certaines matières premières n’a pas suffi redonner confiance aux investisseurs qui attendent encore d’avoir d’autres indicateurs du marché. Sur les 34 pays suivis par la firme d’analyse, seule la République Démocratique du Congo a accueilli des investissements pour un montant dépassant 100 millions $ (au total 142,9 millions de dollars). 5 pays faisant partie de l’Union Monétaire Ouest Africaine ont reçu des investissements pour un montant total de 237,5 millions de dollars, dont le Sénégal (43,8 millions de dollars), la Côte d’Ivoire (48,5 millions de dollars), le Burkina Faso (72,9 millions de dollars), le Mali (70,3 millions de dollars) et le Niger (2 millions de dollars). Le Cameroun a reçu le plus petit investissement dans le secteur (à peine 100 000 de dollars). Les investissements affectés au développement des réserves, absorbant 21% des dépenses globales. L’exploration et la production se partagent les deuxième plus grosses enveloppe (20% chacun). Ils sont suivis par des investissements dans de nouveaux projets (19%). Les financements mobilisés pour le secteur minier africain ont représentaient 15,6% du montant global, atteignant 1,04 milliard de dollars à la fin septembre 2016. A noter également en décembre 2016, l’annonce par le canadien Ivhanoes Mines de son projet d’acquisition du projet de cuivre de Kamoa Kukula en RDC, pour 1,84 milliards de dollars.

Mines

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