D’Abidjan à Cotonou, le pari panafricain du SIMA, le Salon des Industries Musicales d’Afrique francophone est lancé. Après une première édition réussie en Côte d’Ivoire, qui avait réuni 5 000 participants, l’événement s’installe du 10 au 15 novembre dans la capitale économique béninoise. Avec un objectif : passer de la promesse à la preuve en matière de financement des musiques africaines et prouver que les industries culturelles et créatives peuvent être un levier économique et diplomatique pour le continent africain
Malgré son énorme potentiel, la musique africaine francophone ne capte qu’une fraction infime des
investissements. Le capital-investissement privé dans la région n’atteint qu’environ 0,1 % du PIB, contre près de 1 % dans les économies développées, révélant un fossé de financement structurel. Les banques restent à l’écart, et les autres sources de financement se montrent tout aussi frileuses face à un secteur dominé par de petits acteurs indépendants, dépourvus de garanties classiques et évoluant dans un environnement où la monétisation numérique demeure limitée.
Placer le financement au cœur du SIMA
Selon l’IFPI, les revenus musicaux en Afrique subsaharienne ont franchi pour la première fois le cap des 100 millions de dollars en 2024, mais cela reste marginal comparé aux 29,6 milliards de dollars générés au niveau mondial. Cet écart illustre le défi auquel font face les artistes et entrepreneurs culturels africains pour accéder à des capitaux adaptés à leur potentiel créatif et à l’essor du marché de la musique africaine.
L’enjeu de financement est précisément au cœur du SIMA. Cette deuxième édition, placée sous le thème «Du potentiel aux preuves,» veut franchir un cap. Les organisateurs visent plus de 7 000 participants – artistes, producteurs, startups, bailleurs, institutions et grand public. Le salon se veut aussi un lieu de dialogue entre ministres, décideurs publics, institutions internationales et acteurs du secteur privé, avec la présence attendue de délégations gouvernementales venues du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de Madagascar, du Gabon et de plusieurs autres pays.
«L’Afrique francophone regorge de talents. Sans financements adaptés, ces talents peinent à s’exporter et à créer de la valeur durable,» souligne Mamby Diomandé, fondateur et commissaire général du SIMA.
Cotonou, nouveau hub culturel ?
Le choix du Bénin n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs années, le pays multiplie les initiatives pour s’imposer comme un hub des industries culturelles et créatives. En accueillant le SIMA, Cotonou confirme cette stratégie. «Le SIMA illustre parfaitement la vision du Bénin : faire du tourisme et de la culture des leviers stratégiques de développement,» affirme Sindé Chekete, directeur général de Bénin Tourisme.
L’événement s’inscrit également dans la dynamique croissante du segment MICE (Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions), soutenu par l’Agence Bénin Tourisme. Ce grand rendez-vous ambitionne de devenir une plateforme incontournable de rencontre et d’échanges entre les acteurs de l’industrie musicale, les investisseurs et les bailleurs. L’objectif : contribuer à réduire le déficit de financement identifié et poser les bases d’un écosystème culturel plus robuste et durable.
Dans cette perspective, Cotonou se place dans la lignée des grands rendez-vous culturels comme les Vodun Days, le Festival des Masques de Porto-Novo, le FInAB ou encore WeLovEya, qui placent la musique et la création au cœur des stratégies de rayonnement du pays.
Un programme en trois temps
Pendant six jours, le SIMA alternera réflexion, échanges professionnels et célébration musicale. Les 10, 11 et 12 novembre, une résidence artistique immersive ouvrira le bal. Suivra, les 13 et 14, un salon professionnel marqué par des conférences de haut niveau et des panels stratégiques réunissant ministres, investisseurs et leaders de l’industrie musicale, autour de thématiques telles que le financement, la propriété intellectuelle, la data, le marché du live et l’export. Enfin, le 15 novembre, un grand concert mettra en lumière les talents francophones devant le grand public.
Cette articulation traduit l’ambition du SIMA : offrir à la fois un espace de coopération et une vitrine internationale. L’événement ouvre aussi la voie à une réflexion sur des enjeux plus politiques comme le rôle des banques de développement dans le financement de l’industrie culturelle et l’intégration africaine, en faisant de la musique un véritable vecteur de dialogue et de cohésion régionale.


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