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Brexit : Un accord perdant-perdant

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L’Union européenne et le Royaume Uni viennent de signer un «accord historique» mais à rebours consacrant, non pas l’unité du Vieux Continent face aux grands ensembles économiques que sont les États-Unis et la Chine, mais la rupture. Un Brexit qui, selon le mot du premier négociateur européen, Michel Barnier, est un «accord perdant-perdant».

Selon donc la volonté des citoyens exprimée par référendum il y a un an, le Royaume-Uni quitte l’orbite de l’Union. Un arrangement auquel les négociateurs des deux parties sont arrivés aux forceps pour éviter les conséquences fâcheuses d’un Brexit sans accord.

Car à mesure qu’approchait la fin de la transition (31 décembre), les esprits s’échauffaient et l’inéluctabilité de mettre fin à une situation devenue intenable laissait profiler à l’horizon un  accord d’une ampleur inégalée. Un deal qui doit cependant être entériné par les organes législatifs de l’Union européenne et du Royaume-Uni pour passer, définitivement, à la mise en œuvre de la nouvelle relation économique entre les deux parties.

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«C’était une route longue et sinueuse», a admis lors de sa conférence de presse la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen. «Il était utile de lutter pour cet accord parce que nous avons désormais un accord juste et équilibré avec le Royaume-Uni, qui protégera nos intérêts européens, garantira une concurrence loyale et offrira une prévisibilité essentielle à nos communautés de pêcheurs», a-t-elle justifié.

Pour le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, qui a si souvent répété que l’horloge tournait alors que les Britanniques se refusaient à entrer vraiment dans les négociations, «la protection des intérêts (de l’Union) a été au cœur de ces négociations». Celui qui a porté avec détermination et durant ces quatre dernières années les différentes étapes du Brexit, de l’accord retrait conclu à l’automne 2019 à l’accord de libre-échange scellé le 24 décembre 2020, s’est réjoui de ce scénario à la happy end.

Pour le Premier ministre britannique Boris Johnson, artisan du Brexit, le Royaume Uni  «a repris le contrôle de ses lois, de (son) destin.»

Mais la réalité de ce divorce voulu par le Royaume-Uni apparaîtra dès janvier 2021 quand lorsqu’il faudra mettre en œuvre les contrôles douaniers sur les marchandises de part et d’autre des frontières. Au plan commercial toutefois, Londres va limiter les dégâts grâce à cet accord. Une bonne nouvelle puisque les droits de douane de l’OMC ne s’appliqueront pas aux marchandises. Ces échanges représentaient 744,4 milliards d’euros en 2019. Malgré donc cette volonté de reprise de la souveraineté, le Royaume-Uni restera le premier marché de l’Union européenne !

Changer les règles mais non la réalité

Le Brexit établit de nouvelles règles du jeu économiques entre Londres et Bruxelles mais ne peut rien contre une réalité d’échanges et d’imbrications qui date de plusieurs siècles. Il s’agit de subtilités juridiques permettant au Premier ministre britannique de sauver la face et à l’UE de jeter les bases d’une nouvelle génération d’accords de libre-échange lui assurant la préservation de ses intérêts. Une convenance dont la première clause est que le Royaume-Uni «pourra accéder au marché intérieur de l’Union – sans tarifs et sans quotas – s’il ne diverge pas des normes européennes, qu’elles soient sociales, fiscales ou environnementales.»

C’est du reste la protection de ce marché intérieur de 450 millions d’habitants, principale richesse de l’UE, qui a permis aux Vingt-Sept de rester soudés durant ces longs mois de négociations. L’Union a mis en place des garde-fous pour, en cas de divergence, déclencher un mécanisme lui permettant d’activer rapidement des contre-mesures, comme des droits de douane. Et même de pousser à la renégociation de l’accord signé le 24 décembre 2020.

Le partenariat économique entre l’UE et le Royaume-Uni scelle en réalité leurs destins au niveau de plusieurs secteurs : transports aériens et routiers, énergie, lutte contre le changement climatique, recherche et innovation, sûreté nucléaire, l’espace et pêche. Dans ce dernier domaine, l’UE a joué serré pour conserver des privilèges à ses pêcheurs dépendant largement des eaux très poissonneuses du Royaume. Michel Barnier, ancien ministre français de la Pêche, s’est voulu rassurant : «Nous avons assuré globalement une base d’accès réciproque aux eaux et aux ressources avec une nouvelle répartition des quotas et des opportunités de pêche». Les Européens vont rétrocéder au Royaume-Uni 25 % de la valeur de leurs prises dans les eaux britanniques. La période de transition pour y arriver sera de 5 ans et demi.

Si la réussite des négociations est un soulagement pour les Vingt-Sept, les domaines protégés sur lesquels Londres n’a pas cédé sont légion : la politique étrangère, la défense, les services, les données et le programme Erasmus.

Les États membres disposent de quelques jours pour valider le texte de la Commission. «Ce devrait être fait mardi», assure une source européenne alors qu’une réunion des ambassadeurs de l’UE est prévue ce vendredi. Après quoi, si Londres donne son aval mercredi, l’accord entrera en application provisoire à partir du 1er janvier. Il sera ensuite ratifié par le Parlement européen.

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