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De quels médias la démocratie a-t-elle besoin ?

La formation “Médias et démocratie”(M&D), édition 4, a regroupé, à Tunis puis à Bordeaux (France), du 15 au 29 septembre 2019, une vingtaine de journalistes professionnels et d’étudiants venant d’Algérie, de Mauritanie et de Tunisie. Le thème retenu pour cette année était : “de quels  médias la démocratie a-t-elle besoin” ?

Pour la semaine tunisienne précédant celle de Bordeaux (du 22 au 29), l’Association “Médias et Démocratie” et ses partenaires (le journal Sud-ouest, l’IPSI (Institut de presse et des sciences de l’information de Tunis), l’IJBA (Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine, l’EJBT (Ecole de journalisme de Tours), CFI et les Instituts français d’Alger, de Mauritanie et de Tunisie) ont mobilisé une dizaine de formateurs qui ont animé, de façon solidaire, cinq modules choisis pour leur intérêt et l’actualité qu’ils suscitent sur le couple “Médias et Démocratie” : “déontologie et indépendance”, “réseaux sociaux”, “animateurs et experts, sont-ils journalistes ? “, “les lanceurs d’alerte” et, enfin, le facto-checking.

Au centre notre correspondant en Mauritanie et au sénégal, Mohamed Sneiba.

Au centre notre correspondant en Mauritanie et au sénégal, Mohamed Sneiba.

Le moment-clé de cette formation a eu pour cadre l’Institut français de Tunis (IFT) qui a accueilli, le jeudi 19 septembre 2019, à 16 heures, la deuxième conférence programmée dans le cadre de l’édition 2019, quatrième du nom, de la Formation “Médias et Démocratie”, portant sur le thème : “De quels médias la démocratie a-t-elle besoin” ?

Le public venu écouter – mais surtout échanger – avec Maryline Baumard, rédactrice en chef du Monde Afrique, Hamida El Bour, directrice de l’IPSI de Tunis, Souhieb Khayati, directeur Afrique du Nord pour RSF, et Lyas Hallas, journaliste algérien, était composé essentiellement d’élèves du Lycée pilote Habib Bourguiba et des stagiaires tunisiens (étudiants de l’IPSI concernés par cette formation), Algériens et Mauritaniens invités (sélectionnés) par Médias et Démocratie. A l’ouverture de la conférence, Olivier Piot, l’un des fondateurs de “Médias et Démocratie”, a d’abord présenté l’association en édifiant le public sur ses objectifs, sa mission citoyenne, le bilan des trois premières sessions, sans oublier d’évoquer les perspectives à moyen et long termes. On apprendra ainsi que M&D a été crée en 2016, qu’elle se veut comme une “structure citoyenne” devant “favoriser les échanges entre les journalistes des deux rives de la Méditerranée”, qu’elle met un point d’honneur à préserver son indépendance et à œuvrer pour la promotion de transitions démocratiques apaisées en Afrique.

Marraine de cette quatrième promotion, Maryline Baumard, avait axé ses différentes interventions sur l’orientation à donner aux jeunes carrières mais également aux appréhensions soulevées par les élèves du Lycée Habib Bourguiba : la curiosité est l’essence du journalisme, le journaliste vérifie lui-même l’information, il doit être travailleur et adepte du terrain. Et, encore, “mieux vaut être dernier que de publier de fausses infos”, il faut être transparent. Auparavant, la directrice de l’IPSI, Hamida El Bour, et Manoubi Marouki, ancien rédacteur en chef du “Temps” et de La Presse, se sont prononcés sur la question “de quels médias la démocratie a-t- elle besoin ?” en replaçant le débat dans le contexte tunisien. Les limites de ce “contexte” sont celles de la première révolution, aux résultats mitigés, et de la présidentielle dont le second tour oppose deux candidats “inattendus”, pour ne pas dire atypiques. L’opinion publique tunisienne a-t-elle été influencée par la parole des jour- nalistes ? Les médias ont-ils failli à leur mission première ? Pour Hamida El Bour, il importe d’abord de préciser de quels médias on parle : médias traditionnels ? Réseaux sociaux ? Ou les deux à la fois ? Elle et Marouki s’accordent sur un fait : la couverture n’a pas été tout à fait “convenable”, s’il faut la juger à l’aune de la régularisation institutionnelle et déontologique. Certains médias étaient clairement positionnés en faveur d’un candidat ou d’un autre. Les pénalités sont la preuve que certains médias ont failli.

Pour  Souhieb Khayati (RSF), “la Tunisie vit un moment spécial avec ce résultat.” Concernant les médias, “ils ont gagné en liberté de ton certes mais ils ne doivent pas oublier que le pré-requis c’est la responsabilité. On ne juge pas si quelqu’un est dans le faux ou dans le vrai mais de sa capacité à nuancer. Médiapart est payant mais il se maintient parce qu’il fait un travail de qualité.”

Alors que Maryline Baumard lie les bonnes pratiques journalistiques à la bonne organisation, Lyas Hallas rappelle l’éthique, l’excommunication et la loi comme garde-fous contre des dérives possibles. Quand resurgit la question de la corrélation entre médias et démocratie, Maryline Baumard recentre le débat sur cette Afrique où ” ils (les médias) évoluent mieux que dans la vieille Europe. “Ça paraît étonnant mais quand on raconte le terrain, l’Afrique offre souvent la meilleure pratique : privilégier le reportage, enquêter pour déconstruire, remettre en cause les préjugés à partir des statistiques disponibles qui aident le lecteur à se faire une idée, montrer ce qui bouge, ce que la jeune génération est en train de faire…” Un créneau que Le Monde explore depuis 2015 avec une édition complètement dédiée à l’Afrique.

Présent à cette 2ème conférence de la formation “Médias et Démocratie”, l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Arvor, devrait avoir le mot de la fin. Concernant les transitions démocratiques, le diplomate dira que ce n’est quand même pas bon d’arriver au mauvais moment. La new génération n’a pas l’appréhension – la compréhension – de ce qui était. Elle regarde ce qui est. Médias et démocratie, oui. Les débats permettent de voir qu’il y a une autre manière de faire. Mais les moyens ? La radio et la TV publiques n’ont pas les moyens. Mais dans tous les cas, la démocratie ne se fera que s’il y a une presse exigeante. Mutualiser les moyens, mutualiser les connaissances, peut être une solution. Ce que fait “Médias et Démocratie”, dans ce sens, est très bien. Pour que ça change, il faut peut être des Robespierre mais aussi des Victor Hugo.

Démocratie Média

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