Une large majorité d’Africains souhaite que le développement de leur pays repose d’abord sur les ressources nationales, quitte à supporter une pression fiscale plus importante. C’est l’un des principaux enseignements d’une enquête d’Afrobarometer, qui révèle également une volonté croissante de limiter l’influence des bailleurs de fonds sur les choix économiques, politiques et démocratiques des États.
Près de deux Africains sur trois (65 %) estiment que leurs gouvernements devraient financer le développement national à partir des ressources internes, même si cela implique une augmentation des impôts et des taxes. À l’inverse, seuls 30 % des personnes interrogées privilégient le recours aux financements extérieurs, selon un rapport publié en juin par le réseau panafricain de recherche Afrobarometer.
L’étude repose sur des enquêtes réalisées auprès de 48 084 personnes dans 34 pays couvrant l’ensemble des sous-régions africaines. Les données ont été pondérées afin de garantir leur représentativité nationale, chaque pays bénéficiant d’un poids identique dans le calcul des moyennes continentales.
Des écarts marqués selon les pays, les régions et le niveau d’éducation
L’adhésion à l’autofinancement varie fortement d’un pays à l’autre. Le Gabon (83 %), le Sénégal (79 %) et le Liberia (78 %) enregistrent les niveaux de soutien les plus élevés. À l’opposé, le Cap-Vert (42 %), l’Éthiopie (47 %) et l’Angola (48 %) affichent les taux les plus faibles.
À l’échelle régionale, l’Afrique centrale (76 %) et l’Afrique de l’Ouest (69 %) apparaissent comme les plus favorables à un développement financé par les ressources nationales. Elles devancent l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord (63 % chacune), tandis que l’Afrique australe ferme la marche avec 60 %.
Le niveau d’instruction influence également les opinions. La part des répondants favorables à l’autofinancement passe de 61 % chez les personnes sans éducation formelle à 70 % parmi celles ayant suivi des études post-secondaires.
Les différences sont aussi perceptibles selon les espaces linguistiques, souvent liés à l’héritage colonial. Les pays francophones enregistrent le soutien le plus élevé (71 %), devant les pays anglophones (64 %), tandis que les pays lusophones affichent un niveau nettement inférieur (48 %).
Une majorité rejette les conditionnalités des bailleurs de fonds
Au-delà du financement, les Africains interrogés souhaitent également préserver l’autonomie de leurs gouvernements dans l’utilisation des aides extérieures. Ainsi, 55 % estiment que les États bénéficiaires devraient pouvoir décider librement de l’affectation des prêts et aides au développement, sans intervention des partenaires financiers. À l’inverse, 42 % jugent que les bailleurs devraient imposer des conditions strictes sur l’utilisation des fonds.
Cette revendication d’autonomie est particulièrement forte au Sénégal (73 %), au Niger (70 %) et en Tunisie (70 %). À l’inverse, elle est moins répandue en Sierra Leone (37 %), au Liberia (39 %) et en Angola (42 %).
Par sous-région, les habitants d’Afrique du Nord (63 %) et d’Afrique de l’Est (58 %) sont les plus attachés à cette liberté d’action, alors que ceux d’Afrique australe (49 %) se montrent plus favorables à un contrôle des bailleurs. Les pays francophones (61 %) expriment également une préférence plus marquée pour cette autonomie que les pays anglophones (52 %) et lusophones (51 %).
Démocratie et droits humains : un continent partagé
Le rapport met également en évidence des opinions contrastées sur les conditionnalités liées à la gouvernance démocratique et aux droits humains. Une courte majorité (51 %) considère que les bailleurs de fonds ne devraient pas utiliser leurs aides pour influencer ces questions, tandis que 46 % estiment au contraire que les financements devraient être conditionnés au respect des principes démocratiques et des droits humains.
Les Sénégalais (69 %), les Tunisiens (67 %), les Tanzaniens (66 %) et les Nigériens (66 %) sont les plus nombreux à défendre le principe de souveraineté nationale sur ces enjeux. En revanche, dans huit pays, une majorité de citoyens soutient l’idée d’assortir les aides d’exigences démocratiques, notamment en Eswatini (69 %), au Liberia (67 %) et au Gabon (66 %).
Enfin, le niveau d’éducation influe également sur cette perception. Le soutien à une autonomie totale des gouvernements diminue progressivement avec l’élévation du niveau d’instruction, passant de 54 % chez les personnes sans éducation formelle à 48 % chez celles ayant suivi des études post-secondaires. Cette position est également plus répandue en Afrique du Nord (58 %) et en Afrique de l’Est (55 %) qu’en Afrique australe (45 %) et en Afrique centrale (47 %).











