En dix ans, Road Vision a relevé l’impossible : construire des routes dans la mangrove portuaire de Douala, un terrain où l’eau stagnante et les sols instables rendaient tout projet d’infrastructure quasi irréalisable
Fondée par l’entrepreneur Eran Moas, l’entreprise emploie des techniques innovantes de stabilisation pour transformer ces marécages en axes de circulation fiables, tout en réduisant les coûts et en accélérant le développement urbain et portuaire.
Construire 12 km dans de telles conditions est un véritable exploit. Chaque tronçon a nécessité des fondations capables de supporter le trafic malgré un sol mouvant, la gestion constante des eaux stagnantes et le respect de délais serrés. Cette réussite soulève une question centrale : quelles technologies permettent enfin de rendre praticables des zones longtemps jugées inaccessibles ?
Infrastructures fragilisées par les marécages : un fardeau de 3,8 milliards de dollars par an
Dans les marécages, les routes s’effondrent, se fissurent ou disparaissent en quelques mois à cause des conditions extrêmes. En Ouganda, par exemple, des projets d’autoroutes ont longtemps échoué car les remblais massifs et les drains classiques ne résistaient pas à la saturation permanente en eau. Dans le delta du Niger au Nigeria, la forte plasticité des sols provoque des gonflements allant jusqu’à 80 %, rendant tout aménagement routier extrêmement coûteux. En Afrique, les pertes financières liées à la dégradation des marécages et zones humides sont estimées à plusieurs milliards de dollars par an, soit entre 2,5% et 7,6% du PIB pour certains pays côtiers.
Même dans les pays industrialisés, la question reste cruciale. Les Pays-Bas, construits en grande partie sous le niveau de la mer, ont dû déployer des techniques avancées de drainage et de stabilisation pour permettre le développement de leur réseau routier et ferroviaire. Ces exemples démontrent que la bataille contre les marécages est mondiale : il ne suffit pas de construire, il faut inventer des solutions adaptées à chaque contexte.
À Douala, capitale économique du Cameroun, la situation est particulièrement aiguë. La ville repose sur une mosaïque de mangroves et de sols hydromorphes dont la portance est extrêmement faible. Dans certains quartiers comme Bonabéri, les routes s’abîment rapidement sous l’effet combiné de l’humidité constante et du trafic intense. Pourtant, ces zones sont stratégiques pour l’économie nationale : elles abritent le port de Douala, principal hub logistique du pays.
Road Vision, une méthode pionnière à Douala
C’est dans ce contexte qu’Eran Moas et son entreprise Road Vision ont introduit une approche innovante. Plutôt que de miser uniquement sur des remblais massifs, la société applique une technique de «terre armée» : une stabilisation des sous-couches qui agit comme une dalle solide sous la chaussée. Résultat : des routes capables de supporter le trafic des poids lourds tout en réduisant les coûts de près de 25 %.
En un peu plus de dix ans, Road Vision a déjà construit environ 12 kilomètres de routes, plus de 31 000 m² de voies ferrées et de parkings, ainsi qu’un terminal à conteneurs au cœur de la mangrove portuaire. Un chantier supplémentaire de 5 kilomètres est également en cours vers la Communauté urbaine de Douala. Là où beaucoup pensaient qu’il était impossible de bâtir, la preuve est désormais sous les roues des transporteurs. «Personne ne croyait que c’était possible, nous l’avons fait,» affirme le Directeur général de l’entreprise, Bruno Teixeira.
Cette réussite s’inscrit dans une tendance mondiale où les technologies de confinement et de renforcement des sols, comme les géocellules testées au Canada, en Indonésie ou au Mexique, redéfinissent la manière de construire en milieux humides. Forte de ses 150 collaborateurs, Road Vision envisage désormais d’exporter ce savoir-faire au-delà de Douala et du Cameroun. Pour Eran Moas, chaque route gagnée sur l’eau est une victoire non seulement pour l’économie, mais aussi pour les populations qui voient leurs territoires devenir accessibles et connectés.
Pour le Cameroun et toute la sous-région, ces routes sont bien plus que de simples axes de circulation : elles deviennent des leviers essentiels du développement. En étroite collaboration avec la mairie de Douala, qui compte près de 3 millions d’habitants, Road Vision transforme des marécages longtemps jugés infranchissables en infrastructures fiables et durables. Ces nouvelles routes facilitent le transport, dynamisent le commerce et ouvrent la voie à des projets urbains, portuaires et industriels, faisant de la connectivité un moteur concret pour l’économie locale et régionale.
Ce qui relevait hier du défi insurmontable devient aujourd’hui une opportunité : désenclaver des territoires, fluidifier les échanges et soutenir le développement économique. L’histoire de Douala montre que là où l’eau dominait, il est possible de tracer des routes solides, à condition d’investir dans des méthodes innovantes.


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