fbpx

Economie circulaire : les entreprises africaines s’y mettent

Pinterest LinkedIn Tumblr +

L’Afrique est confronté à des risques économiques et climatiques. L’économie circulaire qui permet d’optimiser le cycle de vie des produits, de leur conception à leur fin de vie en passant par leur production, leur utilisation et réutilisation, permet aujourd’hui de les réduire. Ainsi, un grand nombre d’initiatives visent la mise en place d’une économie circulaire en Afrique. Optimisation de l’utilisation de l’eau, recyclage, action multi-acteurs, approvisionnement durable, éco-conception, écologie industrielle et territoriale, … de plus en plus d’entreprises africaines s’y engagent. Qui sont-elles ? Coup de projecteurs sur leurs initiatives. Comment concilient-elles croissance et préservation de l’environnement ?

 

DOSSIER RÉALISÉ PAR FRANÇOIS DRY ET DRISSA TRAORÉ

Ces dernières années, l’économie circulaire est de plus en plus souvent mentionnée explicitement dans les stratégies nationales et les déclarations. Sur l’échiquier africain, les efforts commencent à devenir plus concrets. En 2015, dans la vision directrice “Afrique 2063”, le concept économie circulaire n’était abordée qu’indirectement à travers des sujets tels que l’adaptation au changement climatique ou le développement durable…, l’attention portée sur la question s’est considérablement accrue avec le lancement de l’Alliance africaine pour l’économie circulaire (ACEA) en 2017 et l’engagement de la promouvoir au niveau continental a pris de l’ampleur lors de la 17ème Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (CMAE) en 2019.

En attendant, le plan d’action pour l’économie circulaire africaine est toujours en cours d’élaboration, de plus en plus de pays africains tentent de mettre en place au moins une politique liée à ce nouveau modèle à vision systémique. Il peut s’agir d’une feuille de route, de politiques en matière de changement climatique ou de durabilité, de politiques de produits, de politiques de responsabilité élargie des producteurs, de politiques de gestion et de recyclage des déchets ou de politiques fiscales. L’accent est mis sur les politiques de produits, telles que l’interdiction des plastiques à usage unique, et les politiques de gestion des déchets et de recyclage, mais leur niveau d’application et de mise en œuvre varie encore considérablement et est souvent insuffisamment développé.

Il existe de fortes différences entre les pays africains, tant en ce qui concerne le niveau des activités en cours dans le domaine de l’économie circulaire qu’en ce qui concerne la question de savoir si le secteur privé ou le gouvernement est le plus actif dans la promotion des développements de ce modèle économique.

Du potentiel à revendre !

Il faut dire qu’avec une population africaine estimée à 2,8 milliards d’habitants en 2060, l’adoption de pratiques de consommation et de production viables à long terme est impérative si l’on veut que l’Afrique parvienne au développement durable. L’économie circulaire est un moyen de promotion d’une consommation et d’une production viables à long terme et offre au continent la possibilité de passer à des technologies et à des infrastructures plus écologiques et économes en ressources. Dans le contexte africain, la consommation et la production viables à long terme se traduisent par un surcroît d’efficacité, des pratiques mieux éclairées et plus économes en ressources, tout en répondant aux besoins essentiels d’une population sans cesse croissante. L’économie circulaire contribue au développement des entreprises écologiques en éliminant ou en minimisant les déchets dans l’environnement de différentes manières, notamment la réduction, la réutilisation, le recyclage, la remise à neuf et la rénovation.

Dans ce cadre, un grand nombre d’initiatives visent la mise en place d’une économie circulaire en Afrique. Optimisation de l’utilisation de l’eau, recyclage, action multi-acteurs, approvisionnement durable, écoconception, écologie industrielle et territoriale, … de plus en plus d’entreprises en Afrique, qu’elles soient grands groupes, PME ou encore TPE, s’y engagent.

Groupe OCP : un cas d’école

Au Maroc, pour un acteur industriel comme le Groupe OCP, qui s’est engagé à doubler sa capacité d’extraction et à tripler sa production d’engrais phosphatés, l’augmentation de son volume de production industrielle doit être corrélée à la préservation de la planète. En effet, le Groupe a su réussir le pari d’augmenter son niveau de production tout en réduisant sa consommation d’énergie et du coup son empreinte carbone. Pour y arriver, le leader mondial de l’industrie du phosphate a déroulé ces dernières années d’ambitieux programmes orientés dans le sens des Objectifs de Développement Durable (ODD), fixés par l’ONU à l’horizon 2030. Cela commence par le programme de transformation industrielle lancé en 2008 qui concilie performance industrielle, respect de l’environnement, inclusion de l’écosystème et optimisation de la consommation des ressources. Durant la même année, le Groupe démarre les chantiers de la première vague de transformation : construction de la laverie Merah El Ahrach, la laverie et la nouvelle mine Béni Amir, adaptation de la mine de Merah El Ahrach et Daoui, et le Slurry Pipeline. Lancé en 2014, le Slurry Pipeline révolutionne le mode de transport du phosphate en reliant le site minier de Khouribga à la plateforme de transformation de Jorf Lasfar sur une longueur de 235 kilomètres. Il se veut une prouesse d’ingénierie permettant au Groupe OCP de consolider sa démarche en faveur de la préservation de l’Environnement.

Aujourd’hui, Jorf Lasfar s’étend sur 1800 hectares et se veut la plus grande plateforme intégrée de production d’engrais phosphatés au monde.

Laverie Merah OCP

Laverie Merah OCP

C’est dire que sur le terrain, l’ambition de la firme marocaine de «nourrir la terre pour nourrir la Planète» s’accorde à la stratégie d’économie circulaire mise en place par sa Sustainability Platform et promue par le Groupe, dont l’approche vise à créer une dynamique verte, ainsi qu’à favoriser la symbiose avec l’écosystème industriel et les communautés. Cette nouvelle approche, qui consiste à passer d’un schéma linéaire de consommation des ressources à une approche circulaire, se concrétise à travers quatre axes : la préservation des ressources, la production durable, la rationalisation de la consommation et la valorisation des déchets en ressources. La gestion intégrée et durable des ressources hydriques n’est pas en reste. Car dès 2008, OCP lance également un vaste programme «Eau». Grâce à ses stations de traitement des eaux usées (STEP) et de dessalement d’eau de mer présentes dans certains sites industriels, 31% des besoins en eau du Groupe sont satisfaits actuellement à partir des ressources en eau non conventionnelles (eaux usées traitées et eaux dessalées) avec l’ambition d’atteindre 100% dans les quelques années à venir.

Cinq millions de m3 d’eaux usées urbaines sont recyclées chaque année au niveau de la ville minière de Khouribga et l’utilisation du Slurry Pipeline permet une économie annuelle en ressources hydriques jusqu’à 3 millions de m3. Ceci dit, il faut également ajouter que les besoins énergétiques des sites industriels d’OCP sont assurés par une énergie électrique propre et ce grâce à la cogénération qui récupère de la chaleur dégagée par la production de l’acide sulfurique pour produire de l’énergie électrique sans aucune émission de CO2. Ce procédé couvre aujourd’hui la totalité des besoins électriques pour la production d’acide phosphorique et d’engrais à Jorf Lasfar et 75% à Safi. Sur les sites miniers où la cogénération ne peut être envisagée, le groupe recourt à l’éolien. Résultat : actuellement, plus de 89% de l’énergie électrique que consomme OCP provient d’énergies propres. Elle devrait atteindre le seuil de 100% d’ici 2030.

En empreinte carbone, le Groupe continue d’investir dans les technologies les plus innovantes afin de capturer les émissions de CO2 pour apporter sa contribution au ralentissement du changement climatique. En témoigne le Slurry Pipeline qui a permis, depuis 2014, de contenir l’équivalent de plus de 2,6 millions de tonnes d’émission de CO2. Aujourd’hui, l’ambition du Groupe est de réduire de 50% ses émissions de carbone d’ici 2030, pour ensuite neutraliser son empreinte carbone à l’horizon 2040.

Africa Global Recycling montre la voie au Togo

Au Togo, la jeune entreprise, Africa Global Recycling (AGR) n’a pas hésité à son tour de considérer l’économie circulaire comme une opportunité. Créée en 2013 par Edem d’Almeida (voir interview), l’entreprise spécialisée en gestion et en valorisation de déchets, s’est donnée pour vocation d’apporter, avec plus d’efficacité, des réponses appropriées à l’épineuse question de la gestion durable des déchets que connaît, comme la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le Togo, tout en créant des emplois verts.

Il faut souligner que malgré la politique nationale de protection de l’environnement mise en place, la gestion des déchets est toujours appréhendée dans l’urgence de la collecte et de l’élimination dans des décharges à ciel ouvert, au détriment du traitement ou de la valorisation des déchets pour l’émergence d’une nouvelle donne économique et sociale dont l’impact serait visible sur la vie des populations et l’économie locale.

Sur le terrain, AGR développe une approche et une vision novatrice qui associent au Togo éducation, innovation sociale, agriculture, organisation du secteur informel, industrie, technologie autour de la gestion et de la valorisation des déchets.

En janvier 2013, AGR s’est dotée d’un premier centre de tri et de valorisation de déchets recyclables à Lomé, constituant ainsi la toute première entreprise du genre en Afrique de l’Ouest à intervenir sur toute la chaîne de gestion des déchets valorisables.

A ses débuts, AGR s’est focalisé sur les papiers. Aujourd’hui, le site peut traiter jusqu’à une cinquantaine de type de déchets : plastiques, équipements électroniques, papiers, cartons, verre, métaux et même des pare-chocs de voitures accidentées. L’idée est de les transformer en de nouvelles matières premières et de les exporter vers l’Europe, l’Asie ou encore le Moyen-Orient. Le succès a été tout de suite au rendez-vous avec chaque année un chiffre d’affaires en croissance qui dépasse les 250 millions de FCFA. L’entreprise continue de tout réinvestir pour augmenter les capacités du centre de tri et recruter également dans les autres postes : marketing, communication et projets d’éducation. Des investissements massifs ont été consentis dans les équipements de traitement ultramodernes : extrudeuses, agrégateurs pour transformer toutes sortes de matériaux, …
Sur un autre plan, depuis 2013, AGR s’investit avec différents acteurs qui, peu à peu, pour structurer leur activité autour des déchets en plastique et papier. C’est le cas, par exemple, de Justin Bekounim, initiateur du projet Eco Green Vision au Togo et lauréat du Concours des Projets Verts qui a d’abord bénéficié d’un financement du Fonds d’Appui aux Initiatives Économiques des Jeunes (FAIEJ) du gouvernement togolais, puis d’un accompagnement et d’un appui technique offert par AGR qui lui permet de développer depuis août 2016 une petite entreprise de collecte de déchets plastiques issus des décharges publiques et des marchés avec des équipes opérant dans huit quartiers de Lomé.

Côte d’Ivoire : un Institut de l’économie circulaire qui appuie les initiatives

En Côte d’Ivoire, face aux enjeux de la gestion durable des déchets, le District autonome d’Abidjan vient de créer l’Institut d’économie circulaire d’Abidjan. Très engagé dans le domaine, le District a d’ailleurs organisé dans la capitale économique ivoirienne du mardi 26 au mercredi 27 octobre 2021 en partenariat avec la Région Ile-De-France (IDF) les Assises de l’économie circulaire. «Le gouvernement de Côte d’Ivoire veut valoriser l’économie circulaire, à travers la promotion du concept d’écoconception des produits, la récupération, l’utilisation et le recyclage des déchets ainsi que la valorisation des eaux usées. En effet, l’économie circulaire permet de mettre en œuvre 7 des 17 Objectifs de Développement Durable», a expliqué le ministre ivoirien de l’Economie et des finances, Adama Coulibaly, lors de cette rencontre. Non sans faire remarquer que l’économie circulaire offre une opportunité de produire plus de valeur ajoutée possible, à partir des déchets et de réduire notre dépendance extérieure, pour notre approvisionnement en ressources et en matières premières. Aujourd’hui, l’Institut de l’économie circulaire, dirigé par Kopieu Gouganou, compte apporter son soutien aux collectivités, industriels ou encore aux jeunes porteurs de projets (voir interview).

Suez gère les déchets pour le compte d’industriels

Il arrive également que des entreprises confient la gestion de leurs déchets industriels comme c’est le cas au Maroc où le groupe français Suez (voir interview) travaille par exemple avec plusieurs acteurs du secteur industriel. En effet, ce sont pas moins de 3,5 millions de tonnes de déchets industriels qui sont générées par an dans le pays. Cette quantité devrait atteindre 12 millions de tonnes en 2030, selon les estimations. Suez gère les déchets des constructeurs automobile Renault et PSA, en les traitant et en les recyclant. En 2019, le groupe a obtenu la gestion des déchets de North Africa Bottling Company (NABC), l’embouteilleur de la marque de Soda Coca-Cola au Maroc. Suez soutient l’industrie agroalimentaire marocaine grâce notamment à son engagement aux côtés du groupe Azura, spécialisée dans les fruits et les légumes pour la gestion des déchets non organiques générés par son Centre de conditionnement situé dans la région d’Agadir.

Laverie (Suez)

Suez a également investi dans deux plateformes multimodales pour la valorisation des déchets industriels des zones franches de Tanger et Kénitra. Ces plateformes permettront d’apporter des solutions de collecte, de tri et de prétraitement des déchets générés par les industriels implantés dans Atlantic Free Zone et dans Tanger Free Zone. Dotées d’une capacité de près de 100 000 tonnes par an, elles contribueront au développement écologique des zones franches et favoriseront la mise en œuvre de programmes de développement durable.

Aujourd’hui, sur le continent, es entreprises joueront un rôle névralgique dans le passage à l’économie circulaire. De ce côté, la partie n’est pas gagnée d’avance.

 

GESTION DES DÉCHETS : LA BAD VEUT ACCÉLÉRER L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE EN AFRIQUE

La Banque africaine de développement (BAD) a pris des mesures pour appuyer et accélérer l’intérêt pour le modèle dit de l’économie circulaire, et ce à travers une initiative financée par la coopération Corée-Afrique (KOAFEC).

“Avec cette initiative axée sur la gestion des déchets, la BAD vise à accélérer l’économie circulaire en Afrique » , indiquet-on. Il s’agit d’un modèle qui vise à minimiser les déchets et à maximiser la valeur des ressources grâce à la récupération et la régénération des produits à la fin de leur durée de vie normale. Elle a également ajouté que : “l’initiative ouvre spécifiquement des opportunités pour des projets d’investissement public, privé et public-privé en Algérie, en Ethiopie et au

Rwanda”. Ces trois pays ont déjà pris des mesures pour faire progresser la gestion durable des déchets et l’économie circulaire, assure-t-on au niveau de la banque panafricaine.  » L’initiative identifiera les principales opportunités d’investissement des secteurs privé et public dans la gestion des déchets et de l’économie circulaire » , détaille-t-elle. Concernant l’Ethiopie, l’accent est mis sur la valorisation énergétique de l’incinération des déchets. Pour le Rwanda, la Banque explique que ce pays a progressivement éliminé l’utilisation des sacs en plastique pour promouvoir des modes de consommation et de production durables. Intitulée  » développement d’un programme d’investissement dans la croissance verte en Afrique axé

sur la gestion des déchets et l’économie circulaire » le recours à cette initiative est justifiée par le fait que la gestion des déchets constitue l’un des principaux défis de développement de l’Afrique. «Le résultat attendu de l’intervention de la KOAFEC est un environnement plus favorable pour la gestion durable des déchets et les activités d’économie circulaire», précise la BAD.

Partager.

Répondre