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Gazoduc Nigeria-Maroc-Espagne

Le plus important projet structurant jamais lancé sur le continent

Un gazoduc sur plus de 5000 kilomètres, reliant une quinzaine de pays, allant du Golfe de Guinée à l’Espagne et initiée par le Maroc et le Nigeria. Voilà en résumé ce qui est le projet le plus important jamais pensé pour le développement du continent.

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le Roi Mohammed VI présidant une réunion regroupant ministres et experts des deux pays (Maroc et Nigeria) impliqués dans le financement et la réalisation du gazoduc

“Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère pour l’Afrique». Uche Orji, Directeur exécutif du Nigeria Sovereign Investment Authority (NSIA), le fonds souverain nigérian ne croit pas si bien dire. Car ce projet de gazoduc initié par le Maroc et le Nigeria est sans doute le premier qui devrait changer le visage du continent de façon significative. «Il en faut une dizaine similaires dans les domaines des transports routiers, maritimes et ferroviaires, de l’électricité, mais aussi de l’industrie aéronautique ou automobile, pour que le continent sorte enfin de son sous-développement», affirme Ousmane Masséré Diaby homme d’affaires guinéen sur son compte facebook.

Il faut dire que cet opérateur économique averti qui est dans le négoce des hydrocarbures est concerné par ce projet pharaonique comme le sont d’ailleurs ses relations d’affaires dans plusieurs pays de la côte Atlantique du continent. Les chiffres donnent le tournis. Au total, le gazoduc concerne treize pays du continent qui vont du Nigeria au Maroc en passant par le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sierra Leone, le Liberia, la Guinée, la Guinée Bissau, le Sénégal, la Gambie et la Mauritanie. En plus, ce pipeline viendra échouer sur les rives espagnoles, ce qui ne sera pas pour déplaire à l’Union européenne qui diversifie ainsi de façon stratégique ses sources d’approvisionnement en gaz.

Treize pays africains, rien que cela !

Sa longueur de 5000 km s’ajoute au West african gas pipeline, celui qui permet de fournir le Bénin, le Togo et le Ghana en gaz nigérian. Ici l’idée est faire bénéficier les importateurs d’hydrocarbures de la production actuelle du Nigeria et de la production future sénégalaise et mauritanienne, si les réserves dans ces deux pays venaient à être exploitées.

C’est ce qui fait dire toujours à Uche Orji qu’avec un tel projet, l’Afrique «façonnera elle-même son avenir. Nous sommes extrêmement fiers de faire partie de cette marche vers la prospérité de notre continent». L’idée de ce pipeline est de faciliter la production d’électricité à partir de centrales à gaz moins polluantes. C’est donc une aubaine pour l’ensemble des pays concernés dont les chefs d’Etat ont d’ores et déjà béni le projet, selon la diplomatie marocaine. Il est sorti dans la presse mauritanienne que Nouakchott se montrait réticent à l’idée d’un tel projet, mais rien d’officiel n’a été réellement communiqué par le gouvernement de ce pays voisin à la fois du Maroc et du Sénégal.

Il faut également noter que ce pipeline est une aubaine pour la diplomatie marocaine. Il permet de réchauffer au gaz les relations du Royaume chérifien avec la première ou deuxième économie du continent, à savoir le Nigeria. Car faut-il le rappeler, le géant ouest-africain a toujours été plus proche d’Alger que de Rabat, les deux capitales rivales d’Afrique du Nord. Abuja fait partie des soutiens du Polisario, encore aujourd’hui. Mais visiblement, Mohammed VI ne déroge pas à sa règle de pragmatisme quand il s’agit d’aller dans l’intérêt du continent.

L’ombre de rivalité entre Rabat et Alger

Cependant, Alger n’a pas vu d’un bon œil ce rapprochement, puisque juste après cette visite historique du souverain marocain au Nigeria, le gouvernement d’Abdelmalek Sellal a invité le vice-président nigérian, Yeni Osinbajo, à partir du 12 décembre, c’est-à-dire juste une dizaine de jours seulement après la signature de l’accord sur le pipeline. Même si d’un côté comme de l’autre, on commente cette décision avec détachement, beaucoup d’observateurs y voient une exacerbation de la rivalité des deux géants maghrébins. C’est d’autant vrai que lors de cette visite de Yeni Osinbajo, le thème principal a été la réactivation du projet de pipeline entre Alger et Lagos sur près de 4000 kilomètres, à l’étude depuis 2002. Sauf que ce projet, également très stratégique pour le développement du continent, souffre des problèmes de sécurité dans l’espace sahélo-saharien.  

Quoi qu’il en soit, le Maroc et le Nigeria  ne veulent pas que ce pipeline reste à l’état de projet sur une durée aussi longue que les 14 ans de celui avec l’Algérie. Sitôt rentré au Maroc, Mohammed VI a présidé une réunion regroupant ministres et experts des deux pays impliqués dans le financement et la réalisation du gazoduc.

Se mettre au travail immédiatement

Ainsi, du côté marocain il y avait le Chef de gouvernement Abdelilah Benkirane, les conseillers du Roi , Fouad Ali El Himma et Yassir Zenagui, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar, le ministre de l’Economie et des finances, Mohamed Boussaid, le ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement par intérim, Moulay Hafid Elalamy, le Président-directeur général du Groupe OCP, Mostafa Terrab, la Directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, le Président du Directoire de l’Agence marocaine des énergies renouvelables (MASEN), Mustapha Bakkoury et le Directeur de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, Ali Fassi Fihri.

Et du côté nigérian, Ahmed Abubakar Rufai, conseiller du Président nigérian, Said Farouk Garba, Directeur général chargé de l’ingénierie et des services techniques à la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), Ahmed Ali Adamu, Directeur général chargé du droit commercial à la NNPC, Ibrahim Audu, ingénieur de projet à la Nigeria Gas Processing and Transportation Company (NGPTC), Usman Yusuf, Directeur général des Ressources, du Gaz et de l’Energie, et Ibraheem Folorunsho Ajadi, chargé d’affaires à l’ambassade de la République fédérale du Nigeria à Rabat.

C’est dire à quel point, on compte mener ce projet avec sérieux. Salaheddine Mezouar, le ministre des Affaires étrangères marocain explique qu’il s’agit «d’un projet pragmatique porteur de changement qui se fera quoi qu’il arrive». Et le Maroc semble désormais s’inscrire dans cette logique de coopération sus-sud qui est la seule voie possible pour un développement rapide du continent. D’ailleurs, pendant cette visite de Mohammed VI au Nigeria, le numéro un mondial des phosphates et engrais OCP a signé un contrat avec le groupe de l’homme le plus riche d’Afrique pour la réalisation d’un complexe industriel nécessitant 2,5 milliards de dollars. En Ethiopie, autre pays qui soutient le Polisario, c’est également un projet similaire qui est prévu et qui nécessite entre 2,5 et 3,5 milliards de dollars.

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