Mis au ban par l’Occident lorsqu’il a lancé son offensive en Ukraine en 2022, Vladimir Poutine est sorti de l’ombre grâce à l’appel de Donald Trump qui ouvre la voie à des négociations de paix et permet au président russe de parler d’égal à égal avec son homologue américain
Lorsque Vladimir Poutine a lancé son armée à l’assaut de l’Ukraine il y a tout juste trois ans, les Etats-Unis et l’Union européenne ont multiplié les efforts pour l’isoler sur la scène internationale.
Parmi les dirigeants européens, seuls le Hongrois Viktor Orban et le Slovaque Robert Fico ont continué à le soutenir mordicus.
Aux Etats-Unis, le prédécesseur de Donald Trump, le démocrate Joe Biden, est allé jusqu’à qualifier le maître du Kremlin de « dictateur sanguinaire », refusant pendant trois ans tout contact. Cette époque semble désormais révolue.
Lors d’une conversation téléphonique d’une heure et demie avec Donald Trump mercredi 12 février, Vladimir Poutine, au pouvoir depuis un quart de siècle, est convenu avec son homologue de négocier « immédiatement » la fin du conflit en Ukraine, qui a fait au moins des dizaines de milliers de morts et de blessés en Ukraine et en Russie.
A leur grand dam, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky et les dirigeants européens ont été informés de ce coup de fil a posteriori.
Les Présidents russe et américain ont dit vouloir « travailler ensemble » et sont allés jusqu’à s’inviter mutuellement à visiter leurs pays respectifs – en plus d’une rencontre prévue, selon M. Trump, en Arabie Saoudite.
Pour Vladimir Poutine, cette relation d’égal à égal avec les Etats-Unis est celle qu’il a toujours recherchée.
« La patience de Poutine a porté ses fruits », résume auprès de l’AFP l’analyste russe Tatiana Stanovaïa, basée à l’étranger.
Elle estime que le Président russe a « travaillé sans relâche pour s’attirer les bonnes grâces de Trump, en se montrant accommodant, en faisant preuve de souplesse et en affichant une volonté de compromis. »
Selon elle, s’il s’agissait de la première conversation officielle entre Vladimir Poutine et Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche, les contacts entre hauts responsables russes et américains « ont déjà lieu depuis plusieurs semaines. »
«Une fenêtre d’opportunité qu’il faut exploiter au maximum…»
Traité en paria en Occident, Vladimir Poutine a néanmoins gardé ces trois dernières années le soutien de ses partenaires au sein du groupe des BRICS, dont la Chine et l’Inde, et celui de ses plus proches alliés en ex-URSS. Il a aussi avancé ses pions en Afrique, en Asie et ailleurs.
Malgré tout, après trois ans d’absence quasi totale de contacts entre Russes et Occidentaux, les hauts responsables russes se délectent du symbole envoyé par le Président américain.
« Cela montre l’anormalité de ces années que nous avons traversées sous l’administration Biden », a estimé jeudi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.
« Il y a beaucoup d’euphorie et d’émotion en Russie aujourd’hui parce qu’il semble que Poutine a déjà gagné, Trump l’ayant légitimé en tant que partenaire respecté, et l’Ukraine ayant perdu », souligne l’analyste russe Konstantin Kalatchev auprès de l’AFP.
« Le Kremlin espère qu’avec l’aide de Trump, l’Occident changera tellement qu’il pourra à nouveau accueillir Poutine », ajoute-t-il. Il avertit cependant : « les négociations ne font que commencer. »
Il ne reste plus désormais aux deux dirigeants qu’à se rencontrer dans un avenir proche. « Une fenêtre d’opportunité qu’il faut exploiter au maximum » pour M. Poutine, juge Tatiana Stanovaïa.
Le Kremlin a d’ores et déjà indiqué qu’il souhaitait évoquer, au-delà de l’Ukraine, le système de sécurité sur le continent européen dans son ensemble. Autrement dit, le rôle de l’OTAN, que la Russie considère comme une menace existentielle à ses frontières.
Une issue favorable pour Moscou aux pourparlers avec Donald Trump n’est pour autant pas garantie.
Car Vladimir Poutine « n’a pas changé de position : l’Ukraine doit devenir un pays ami de la Russie, avec des garanties à toute épreuve », avertit Mme Stanovaïa.
Selon elle, le Président russe est « tout à fait prêt » à un éventuel échec des négociations et déterminé à obtenir la « capitulation » de Kiev, avec ou sans Donald Trump. »
« Poutine ne se fait pas d’illusions », relève l’analyste, ajoutant : « Il reste un homme qui négocie durement. »
Avec AFP






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