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Interview : Thierno Bocar Tall PDG de  la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER)

Financement de projets, soutien aux Etats et au secteur privé,  la Société Africaine des biocarburants et des énergies Renouvelables (SABER)  est sur tous les fronts pour promouvoir les énergies renouvelables sur le continent. Dans cet entretien, Thierno Bocar Tall  souligne le rôle, les objectifs et les ambitions de  cette institution panafricaine qu’il dirige.

« La SABER est en discussion avec les Etats actionnaires pour la réalisation de projets de mini-centrales »

 

AFRIMAG : En tant qu’institution dédiée aux énergies renouvelables, la SABER est amenée à jouer un rôle majeur dans ce domaine. Quels sont vos objectifs chiffrés et les ressources financières mobilisables pour la réalisation de votre mission ?

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Thierno Bocar Tall, P-DG de la SABER

Thierno Bocar Tall : La Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables (Saber) est une organisation internationale qui vise à promouvoir et à développer les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les technologies vertes en Afrique. La Saber a été créée en 2009 afin d’accompagner les Etats africains dans la mise en œuvre de leur stratégie de développement des énergies renouvelables et de lutte contre le changement climatique. Le siège de l’institution est à Lomé. Son capital est détenu par 15 Etats actionnaires et 6 institutions financières.

La Saber finance des projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique dans les secteurs public et privé. Elle vise aussi à favoriser le transfert de nouvelles technologies vertes, le renforcement des capacités à créer les conditions pour tirer le maximum d’avantages des marchés des énergies propres et du carbone.

La Saber a initié plusieurs actions dont nous pouvons citer les exemples suivants :

Le Fonds africain des énergies renouvelables (Faer) qui est en train de réaliser des projets en géothermie et en hydroélectricité en Afrique de l’est particulièrement en Ethiopie, en Ouganda et au Kenya.

Au niveau régional, d’importants programmes ont été signés avec la Commission de l’Uemoa dans le cadre de l’Initiative régionale d’accès à l’énergie durable (Ired).

Le Programme régional de développement des énergies renouvelables et d’efficacité énergétique (Prodere) sur financement de la commission de l’Uemoa d’un montant de 20 milliards de Fcfa a permis d’installer 7994 lampadaires, 6 mini centrales, 4951 kits solaires, 37 systèmes d’adduction d’eau potable et 1303 lampes à basse consommation dans les Etats membres.

Il est à préciser que le volet II du Prodere est en cours de réalisation pour un montant de 20 milliards Fcfa et portera sur deux composantes à savoir les mini-centrales et les lampadaires solaires.

Sur ce même registre, le Programme régional d’économie d’énergie (Pree), dont le coût est de 4 milliards Fcfa entièrement financé par la Commission de l’Uemoa a été réalisé et réceptionné le 31 mars 2016.

Le programme (Microsol) qui vise la sécurité alimentaire dans l’espace Uemoa est entré dans sa phase d’exécution, et sera réalisé dans le cadre d’un accord tripartite entre la Commission de l’Uemoa, Saber et la société Schneider Electric.

Par ailleurs, La Saber est en discussion avec les Etats actionnaires pour la réalisation de projets de mini-centrales avec mini-réseaux dans le cadre de leur programme d’électrification rurale. En plus, la Saber dispose d’un pipeline de projets d’énergies renouvelables de plus de 3000 Mw en cours d’étude, et ceci dans tous les segments (solaire, éolienne, biomasse, hydroélectricité…)

Malgré leur bonne volonté, certains pays africains manquent de moyens. Quels sont les principaux mécanismes de financements disponibles pour aider ces Etats à se doter en infrastructures liées aux énergies renouvelables ?

Les dirigeants des pays africains sont conscients au moins d’un impératif de réaliser leur transition énergétique pour une croissance économique durable. On constate dans la plupart des Etats que les énergies renouvelables et les mécanismes de protection de l’écosystème occupent une place de plus en plus importante dans les politiques énergétiques et environnementales.

L’une des missions de la Saber est d’accompagner les Etats actionnaires membres pour mieux exploiter leur potentiel dans les énergies renouvelables, à travers des mécanismes de financement en partenariat avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux.

Ainsi, différents mécanismes de financement ont été mis en place. A savoir :

– Le Fonds africain des énergies renouvelables (Faer) de 200 millions USD géré par Berkeley Energy, pour investir dans la production d’énergies renouvelables. A ce jour plus de 100 millions de dollars ont été engagés pour le financement de projets hydroélectriques et dans la géothermie en Afrique centrale. Le fonds participe au financement de projet dont le productible en énergie est compris entre 5Mw et 50Mw pour des tickets de 10 à 80 millions de dollars.

– Abrec Capital une société de gestion de fonds et de conseils, qui fournit une large gamme de services allant de la mobilisation de ressources, à la participation en capital comme en dette et de l’advisory. Ces services sont destinés à une base de clientèle diversifiée qui comprend les gouvernements, les entreprises et les institutions.

– Agdf : African green development fund est un fonds de développement, dédié au financement des PME/PMI en capital et en dette avec un focus sur les technologies vertes ainsi que le transfert de technologie.

– Abrec.Financeutile qui est une plateforme d’equity crowdfunding pour les investissements directs dans des Pme et projets opérant dans les énergies renouvelables et les technologies vertes en Afrique. (www.abrec.financeutile.com )

– La Facilité régionale d’accès à l’énergie durable (Fraed), créée en partenariat avec la Commission de l’Uemoa avec un fonds initial de 50 milliards de Fcfa, a pour objectif de faciliter les investissements privés des énergies renouvelables dans les Etats membres de l’Uemoa afin d’augmenter le nombre de projet EnR développés en IPP et atteindre un prix de vente de l‘électricité renouvelable à 60 Fcfa par kwh à l’horizon 2020. Le fonds vise l’installation de plus de 200 Mw de productible dans les huit Etats membre de l’Uemoa. Le fonds est articulé en deux guichet : guichet 1- appui institutionnel aux Etats : 15 milliards XOF et le Guichet 2 – amélioration de la rentabilité des projets : 35 milliards XOF (dont 20 milliards XOF de bonification et 15 milliards XOF de garantie).

– EthiCarbon Afrique® : une nouvelle approche de financement par un système de dématérialisation du carbone /vente de crédits carbones en kilos / émission de chèques de 50kg par transaction / système de calcul de l’empreinte carbone sur le site web de l’initiative. (http://ethicarbon-afrique.org )

– Le partenariat entre la Saber et l’Union pour le développement des relations entre l’Italie et l’Afrique (Uniafrica) sur un accord de 131 millions d’euros qui a été signé pour la promotion et le développement des projets d’énergies renouvelables et d’agro industries en Afrique subsaharienne.

– La plateforme financière Saber-Oragroup d’un montant de 200 millions d’euros dédiée aux projets de centrales et de mini centrales solaires, éoliennes, de biomasse et d’hydroélectriques en Afrique subsaharienne.

Vous avez récemment mis en place une plateforme de financement de projets, en partenariat avec Oragroup. Pouvez-vous nous en parler ?

Le partenariat Saber/Oragroup marque le fort intérêt des deux institutions pour la promotion d’un développement durable et inclusif du continent africain. La plateforme financière mise en place est une première en Afrique subsaharienne et va permettre aux développeurs de projets dans les énergies renouvelables de mobiliser en un temps optimal les ressources financières nécessaires à leur bouclage financier. Sur le volet « dette financière de la plateforme», Orabank est en charge de structurer, financer et/ou composer des syndicats bancaires pour chaque transaction.

A ce jour, nos deux institutions sont en pleine diligence avec les plus grandes banques de développement internationales et d’autres institutions financières panafricaines afin de définir les modalités d’intervention globales de ces dernières. Concernant le volet «fonds propres», nous avons déjà obtenu des engagements fermes et certaines manifestations d’intérêt de fonds d’investissement internationaux, comme  Abrec Invest, une société de capital- investissement basée à Abidjan et filiale de la Saber/Abrec. Elle s’est engagée à investir dans les prochains mois le montant de 10 millions d’euros en fonds propres via la plateforme Saber/Abrec et l’équipe d’Abrec Invest est en pleine due diligence et négociation avec certains producteurs indépendants sur des projets déjà retenus par le Comité d’investissement.

Les besoins énergétiques du contient restent très importants. Les partenariats public-privé sur des projets d’énergies propres peuvent-ils permettre de combler ce déficit ?

La Saber en sa qualité d’organisme international, accompagne aussi bien le secteur privé que public dans la mise en œuvre de leurs programmes et projets sous forme de conseil, d’assistance et de financement.

C’est dans ce contexte que nous avons accompagné le secteur privé dans la réalisation des centrales solaires connectées au réseau en Production indépendante d’électricité (IPP) avec le Faer.

La Saber promeut aussi le transfert de technologies dans l’optique de bâtir un tissu industriel africain dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. C’est dans ce cadre qu’elle a conçu et lancé les unités industrielles Soaled et Sapes.

La Soaled est une unité d’assemblage de lampes à Led, créée en 2014 par des opérateurs privés locaux sous l’assistance de la Saber. L’unité d’assemblage de la Soaled se trouve à Lomé au Togo et vise à alimenter le marché sous-régional en produits d’éclairage de qualité.

La Saber est en train de mettre sur pied la Société africaine de production d’énergie solaire (Sapes) avec les opérateurs privés africains. La Sapes a l’ambition de créer des unités industrielles de fabrication de mâts pour lampadaires solaires, de panneaux solaires, de batteries et d’appareillages électroniques pour systèmes solaires. Le capital de départ de la Sapes a été entièrement mobilisé et les études de faisabilité en vue de l’installation de l’unité industrielle de fabrication de mâts métalliques sont lancées.

Le faible niveau d’intégration africaine est l’un des problèmes qui handicapent le développement du continent. Les projets dans lesquels la Saber intervient sont-ils de nature à favoriser l’intégration régionale ?

Etant une institution panafricaine, la Saber dans sa vocation, d’assister, de conseiller et d’accompagner ses Etats membres dans la mise en œuvre de leur programme d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique, joue en effet un rôle d’intégration dans la mesure où les Etats s’inspirent les uns des autres. Notamment, ceux qui sont plus en avance, par la mise en place d’un cadre juridique et institutionnel dans le domaine des énergies renouvelables et efficacité énergétique, constituent des cas d’école.

Dans le cadre de son partenariat avec l’Uemoa, elle joue également un rôle d’intégration dans la mesure où les programmes de l’Uemoa sont destinés à tous ses pays membres et ses ressources sont reparties à part égale sans tenir compte de la contribution des Etats. Cependant il appartient à chaque Etat d’en faire usage en fonction de ses besoins. La Saber constitue donc une plate-forme pour la mise en œuvre des infrastructures énergétiques d’énergies renouvelables et efficacité énergétique en vue d’un développement durable et intégrateur de ses Etats.

Bio-express

Thierno Bocar Tall est le président de la Saber (Société africaine de biocarburants et des énergies renouvelables). Il a une longue expérience dans le secteur de l’énergie en Afrique, l’implémentation de projets de développement énergétique ainsi que la levée de fonds. Après des études en finance et en économie, Thierno Bocar Tall a travaillé au ministère des Finances et des affaires économiques du Sénégal avant de rejoindre la banque d’investissement et de développement de la Cedeao (BIDC), où il a eu à occuper différents postes à responsabilité. Depuis 2011, il dirige la Saber qui a à son actif de nombreux projets dans les énergies renouvelables dans plusieurs pays du continent.

 

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