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Afrique : Le  boom des énergies renouvelables

Doter l’Afrique d’au moins 10 gigawatts supplémentaires de capacité de production d’ici à 2020 et d’au moins 300 gigawatts d’ici 2030, en combinant les technologies solaire, éolienne, hydraulique et géothermique, tel est l’objectif de l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI).

Il Y aura durant la seule année 2016 plus de nouvelles capacités installées que pendant toute la période allant de 2000 à 2013.

énergies renouvelables en afriqueDoter l’Afrique d’au moins 10 gigawatts supplémentaires de capacité de production d’ici à 2020 et d’au moins 300 gigawatts d’ici 2030, en combinant les technologies solaire, éolienne, hydraulique et géothermique, ce qui aurait un impact considérable sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre du continent, tel est l’objectif de l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI), lancée le par la Banque africaine de développement (BAD) en décembre 2015 à Paris en marge de la COP21.  L’objectif est ambitieux. Si ces infrastructures sont respectueuses de l’environnement donc de la planète, elles sont avant tout dédiées à l’électrification du continent.

L’Afrique, qui dispose actuellement de 150 gigawatts de capacité totale de production d’électricité (reposant en grande partie sur des centrales alimentées par des combustibles fossiles) compte encore 600 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’électricité. C’est dire que la tâche n’est pas aisée pour atteindre l’objectif de production d’énergie verte à 300 gigawatts à l’horizon 2030, soit 22 % de la consommation du continent, contre 5 % actuellement, selon les projections de l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena). Pour cette dernière, il faudrait investir 50 milliards de dollars par an sur dix ans pour remédier totalement au déficit du continent en électricité.

Selon les experts, au moins 5 milliards de dollars de financement public ainsi que de financement à des taux préférentiels de sources bilatérales, multilatérales et autres, y compris le Fonds vert pour le climat, seront nécessaires entre 2016 et 2020 pour exercer un effet de levier sur 15 milliards de dollars pour d’autres investissements, pour un total d’au moins 20 milliards de dollars investis à l`horizon 2020. C’est dire que l’argent est le nerf de la guerre et l’AREI, chargée d’attirer davantage de ressources publiques et privées, ne semble pas perdre de vue cette donne.  Elle a déjà répertorié suffisamment de projets, à différents stades de maturité, pour produire 20 gigawatts (GW).

Un flux important d’investissements

Il faut dire que pour l’heure, ce ne sont pas les initiatives et les engagements qui manquent (voir encadré). Ces cinq dernières années, la BAD a investi quelque 6 milliards de dollars US dans le secteur de l’énergie. Dans le cadre du New Deal, elle va intensifier ses investissements afin d’offrir des financements et des garanties, des cofinancements et de la syndication. Entre 2016 et 2020, la Banque va investir quelque 12 milliards de dollars et mobiliser près de 50 milliards de dollars de financements publics et privés en faveur d’investissements dans le secteur de l’énergie. En outre, elle va tripler ses financements climatiques, en les portant à 5 milliards de dollars par an à l’horizon 2020, et mobiliser autour de 20 milliards de dollars d’investissements privés et publics au titre d’actions d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

A l’instar de la BAD, de nombreuses institutions financières ont mis la main à la poche en finançant d’importants projets. C’est le cas de la Société financière internationale (IFC), organisme de la Banque mondiale dédié au secteur privé, qui a participé au financement de 18 projets de production d’énergie renouvelable dans 11 pays. Son investissement total de 700 millions de dollars, dont 62 % dans le solaire, permettra d’obtenir une capacité de 700 MW. Deux projets d’énergie renouvelable au Mali, par exemple, sont notamment en cours de développement: le barrage de Kenié et le projet d’énergie solaire mené par la société Scatec Solar. IFC s’apprête à financer une vingtaine d’autres projets dans une douzaine de pays africains. Elle a notamment signé avec la Zambie, le Sénégal et Madagascar, et vise également le Burkina Faso.

L’Agence française de développement (AFD) qui contribue à hauteur de 2 milliards de dollars à l’AREI, est également très impliquée dans le développement du renouvelable sur le continent. En 2015 déjà, elle  a porté à 400 millions d’euros ses investissements dans le développement durable en Afrique (contre 300 millions d’euros en 2014). Parmi les projets financés par l’AFD, on peut citer  les centrales solaires Noor au Maroc et de Zagtouli au Burkina Faso, mais aussi la ferme éolienne d’Ashegoda en Éthiopie, la centrale géothermique Olkaria au Kenya, ou encore le barrage de Lom Pangar au Cameroun. 

Pour sa part, le développeur d’énergies renouvelables Mainstream a obtenu un financement de 117,5 millions de dollars pour la poursuite de ses projets de centrales éoliennes et solaires. L’accord qui doit encore être approuvé par ses actionnaires, permettra le financement de Lekela Power, une coentreprise formée avec la société Actis. Il permettra à Lekela d’atteindre son objectif de construction de 1300 MW de centrales énergétiques sur le continent, d’ici 2018. La plateforme envisage en effet de construire quatre centrales éoliennes supplémentaires en Afrique du sud, deux fermes éoliennes et une centrale solaire en Egypte, ainsi qu’un parc éolien au Sénégal et au Ghana. Ces fonds ont été levés contre la cession d’une partie des actions de l’entreprise. Les principaux investisseurs sont la Société financière internationale, la Latin American and Carribbean Fund (ALAC), deux fonds de la SFI gérés par l’IFC Asset Management Company et Ascension Investments Management et Sanlam. 

A l’instar de Mainstream, Denham Capital, société internationale de capital-investissement spécialisée dans l’énergie, et GreenWish Partners (« GreenWish »), société d’investissement spécialisée dans les énergies renouvelables en Afrique subsaharienne, viennent d’annoncer leur partenariat en vue de développer, financer et construire un portefeuille de 600 mégawatts (MW) d’actifs d’énergie renouvelable à travers l’Afrique subsaharienne d’ici à 2020.
Cet engagement permettra notamment à GreenWish de réaliser son pipeline de projets estimé à un milliard de dollars. En février dernier, GreenWish a démarré les travaux de Senergy II, le plus grand projet de production indépendante d’énergie solaire en construction en Afrique subsaharienne avec le groupe français Vinci. Cette centrale photovoltaïque d’une puissance de 20 mégawatts (MW), située à Bokhol, à la frontière du Sénégal avec la Mauritanie, sera raccordée en octobre et fournira l’électricité à 180 000 Sénégalais.
Grâce au partenariat avec Denham, la société entend capitaliser sur ce premier succès pour fournir des capacités de génération électrique ailleurs sur le continent. GreenWish étudie des projets dans différents pays, raccordés au réseau ou décentralisés, et propose des solutions solaires hybrides B2B pour les industries énergivores, notamment les opérateurs télécom et les industries extractives.»

En juin dernier,  le français Engie et le marocain Nareva se sont associés pour développer 5 000 à 6 000 MW de centrales électriques dans le nord et dans l’ouest de l’Afrique. Les deux compagnies ambitionnent en effet d’étendre leur part de marché au Maroc, en Egypte, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Ghana et au Cameroun. Cette puissance de 6 GW, qui devrait être installée entre 2020 et 2025, pourra alimenter environ 10 millions de ménages sur le continent. Ce partenariat n’est pas le premier entre les deux sociétés. Elles ont déjà conjointement construit la centrale éolienne de Tarfaya dans le sud-ouest du Maroc. Avec ses 301 MW de capacité, la centrale est la plus grande du continent.

Une conjoncture favorable

Comment expliquer ce flux important d’investissements dans les énergies renouvelables en Afrique? Une étude de Bloomberg New Energy Finance voit un « boom » des énergies renouvelables en Afrique subsaharienne. L’agence estime qu’il y aura, durant la seule année 2016 plus de nouvelles capacités installées que pendant toute la période allant de 2000 à 2013. En 2017, le montant des investissements devrait continuer à croître pour atteindre plus de 7 milliards d’euros, alors que les sommes investies ont stagné autour d’un milliard par an entre 2006 et 2011.
« Ce qui a changé, c’est que désormais le panel d’activité est plus larges, avec l’éolien, le solaire et la géothermie, suscitant de l’intérêt dans de nombreux pays, et offre de bonnes perspectives de croissance, explique Victoria Cuming, analyste de Bloomberg.
Les énergies renouvelables peuvent représenter une alternative compétitive, si on les compare en particulier aux générateurs diesel, mais aussi aux centrales thermiques au charbon ou au gaz. » L’étude estime que le Kenya devrait accueillir 1,4 GW de nouvelles capacités, tandis que l’Éthiopie installera 570 MW de géothermie et d’éolien entre 2014 et 2016. En Afrique du Sud, 3,9 GW de projets, essentiellement éoliens et solaires, devraient être installés au cours des deux prochaines années. De plus, la part des énergies renouvelables doit considérablement augmenter dans le mix électrique du pays d’ici à 2030.

L’Afrique du Sud entend en effet se doter de 40 GW de nouvelles capacités électriques, dont 44,4 % d’origine renouvelable (17,8 GW). De nombreux acteurs européens, comme Abengoa, Juwi ou SMA, sont d’ores et déjà présents sur le marché sud-africain. Les sociétés chinoises Jinko Solar et Suntech ont annoncé vouloir y ouvrir de nouvelles unités de production de modules photovoltaïques. Aujourd’hui, loin d’être un phénomène de mode, plusieurs facteurs militent pour le choix de l’Afrique pour les énergies renouvelables. En effet, le continent dispose d’un énorme potentiel dans ce domaine : l’éolien (100 GW par an), particulièrement dans le Nord, l’Est et le Sud, le solaire (100 GW par an), l’hydraulique (100 GW par an) et la biomasse (30 GW par an), surtout en Afrique centrale.

Autre facteur devant favoriser le recours aux énergies vertes : la baisse globale du coût des technologies. Selon les experts, le prix des panneaux photovoltaïques a ainsi été divisé par trois ces dernières années, notamment en raison de l’arrivée sur ce marché de nombreux acteurs chinois. Résultat : durant ces cinq dernières années, les prix ont baissé par exemple de 50 % à 70 % en Afrique du Sud, en Ouganda ou au Maroc, avec un kilowattheure approchant les 0,10-0,15 dollar. Au Mali également, le kilowattheure (KWH) produit grâce aux panneaux photovoltaïques revient à 90-100 F CFA, contre 160 F CFA avec du diesel. Globalement, les prix ont bien baissé. Ils ressortent à 80 euros le mégawattheure dans les derniers appels d’offres lancés en Europe.

Dans tout le reste de l’Afrique, le rendement des ENR (hydraulique, éolien, solaire, géothermie) est bien supérieur à celui du Vieux Continent.  Cette tendance va se poursuivre encore, à en croire l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena). Selon cette dernière, dans un rapport publié ce 15 juin 2016, les coûts de l’électricité produite à partir des énergies solaire et éolienne vont encore fortement baisser d’ici 2025, avec une contraction encore plus importante pour le courant généré par des panneaux solaires. Les coûts de l’éolien terrestre devraient baisser de 26 % en 2025 par rapport à 2015, ceux de l’éolien en mer de 35 % tandis que ceux de l’énergie solaire photovoltaïque pourraient fondre de 59%, détaille l’Irena dans ce rapport.
Alors que ces technologies sont déjà considérablement meilleur marché qu’il y a dix ans, la poursuite de cette tendance «va renforcer l’intérêt économique de passer des énergies fossiles aux renouvelables», a commenté Adnan Z. Amin, directeur général de l’Irena. Toutefois, selon l’Agence qui promeut le développement des énergies « vertes», la baisse des coûts dépendra du cadre réglementaire mis en place de part le monde pour accompagner ou non ce mouvement. 

Des cadres réglementaires incitatifs

En Afrique du nord, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc conduisent des politiques incitatives au développement des énergies renouvelables notamment l’éolien. Pas moins de 96% de la capacité totale d’énergie éolienne installée en Afrique, l’est au Maroc, en Tunisie et en Egypte. Cette performance pourrait être liée au cadre juridique favorable établi par ces trois pays. Le Maroc, dont la part d’énergies renouvelables est aujourd’hui d’environ 10% du mix électrique, envisage de porter ce pourcentage à 42% de la puissance installée d’ici 2020. Les différents textes proposent plusieurs régimes distincts pour la production d’énergies renouvelables.
Noor, le plan solaire marocain, est appelé à générer des investissements de plus de 9 milliards de dollars. Avec une capacité totale de 580 MW, le parc de Ouarzazate devrait être le plus grand complexe d’énergie solaire au monde. 
L’Egypte, historiquement connue pour sa production de gaz et de pétrole, a néanmoins été précurseur en adoptant dès 1986, la Loi 102-1986 établissant l’Autorité des énergies nouvelles et renouvelables (New and Renewable Energy Authority of Egypt, « NREA »).
Aujourd’hui, le pays souhaite doubler la part actuelle des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique d’ici 2020, en la portant à 20%. La Loi de 2014, complétée par la nouvelle Loi relative à l’électricité de 2015 devant entrer en vigueur (la « Loi de 2015 »), devrait servir cet objectif. Quant à la Tunisie, elle a promulgué la Loi 2015-12. Elle vise à développer la part encore très faible des énergies renouvelables dans le mix énergétique du pays et à attirer les investisseurs privés. L’objectif est de porter la production d’énergies renouvelables à 30% d’ici 2030.
Cette part était évaluée à 4% seulement du mix énergétique en 2014. En Afrique subsaharienne aussi, le cadre réglementaire a évolué ou est en train d’évoluer dans de nombreux pays comme c’est le cas, entre autres, en Afrique du sud, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon. L’Afrique du sud semble faire un pas dans cette direction. En mai, Tina Joemat-Pettersson, la ministre de l’Énergie, a annoncé la volonté de son pays de réduire sa dépendance au charbon, dont il est pourtant un grand producteur, en privilégiant à l’avenir la construction de centrales à gaz, moins polluantes.
Toujours dans ce pays, les travaux de construction de la centrale solaire à concentration (CSP) de Redstone démarreront en septembre 2016. D’une capacité de 100 MW, l’infrastructure située à Postmasburg, dans le Northen Cape, sera construite par un consortium formé par l’Emirati Acwa Power et l’Américain Solar Reserve. Son coût a été estimé à environ 800 millions de dollars. La construction de cette infrastructure entre dans le cadre de la troisième phase du Programme national d’acquisition de producteurs indépendants (REIPPPP) mis en œuvre par la nation arc-en-ciel. Ce programme a déjà permis au consortium d’obtenir la construction des centrales énergétiques de Jasper et de Lesedi, de capacités respectives 96 MW et 75 MW.

« C’est l’un des domaines où le gouvernement sud-africain s’est surpassé parce qu’il y a de nombreux investisseurs internationaux qui viennent injecter des fonds dans le sous-secteur des énergies renouvelables. Avec leur coût qui diminue et leur respect de l’environnement, les énergies renouvelables représentent l’avenir du pays et du continent tout entier.», a affirmé Terence Govender, le Vice-président de Solar Reserve, lors d’une visite dans le nord du pays. Au Sénégal, la forte dépendance énergétique du pays vis-à-vis des énergies non renouvelables, comme le gaz ou le pétrole, a eu pour effet de rendre particulièrement vulnérable son système de production économique, sans compter la pression insoutenable que les variations erratiques des prix de ces produits exercent sur les finances publiques de l’Etat.  

Dès lors, le Gouvernement a mis en place une politique visant à rechercher des solutions alternatives à ses problèmes d’approvisionnement en énergie, en favorisant, dans ce cadre, le développement des énergies renouvelables au moyen de la diversification des sources de production. Le Sénégal a ainsi mis en place un dispositif législatif pour viser les 20 % d’énergies renouvelables en 2017, facilitant la libéralisation du secteur, l’ouverture aux producteurs indépendants et les partenariats public-privé.

Dossier réalisé par Anthioumane D. Tandia & Mar Bassine Ndiaye

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