Alors que la crise énergétique mondiale pèse sur les économies les plus vulnérables, un nouveau rapport de la Banque mondiale révèle que l’efficacité énergétique pourrait devenir une arme puissante pour accélérer l’accès à une énergie sûre et abordable, stimuler la croissance et créer des millions d’emplois. À condition, toutefois, d’en faire une priorité politique
Publié le 18 juin, le rapport de la Banque mondiale «Faire mieux avec moins : améliorer l’efficacité énergétique pour favoriser la croissance et assurer la sécurité énergétique » souligne un constat frappant : chaque dollar investi dans l’efficacité énergétique pourrait générer entre 3 et 5 dollars de bénéfices économiques. Une rentabilité qui s’explique par les économies sur la facture énergétique, la réduction des besoins en nouvelles infrastructures électriques, et la création d’emplois durables.
À titre d’exemple, un pays à revenu intermédiaire pourrait économiser jusqu’à 11,6 milliards de dollars d’ici 2050 en réduisant les investissements futurs dans la production d’électricité. En 2022 déjà, l’efficacité énergétique représentait la plus grande source d’emplois dans le secteur de l’énergie, mobilisant près de 11 millions de personnes dans le monde.
Un levier pour la résilience économique et sociale
Au-delà de son impact financier, l’efficacité énergétique peut jouer un rôle central dans la lutte contre la pauvreté énergétique, la réduction des dépenses publiques et la baisse des importations de combustibles fossiles. Elle est aussi un outil puissant pour renforcer la résilience des économies face aux chocs extérieurs, tout en réduisant la pollution et les émissions de gaz à effet de serre.
«L’efficacité énergétique n’est plus une option parmi d’autres. C’est un impératif pour les pays soucieux d’apporter à leur population une énergie fiable et abordable, tout en stimulant la croissance économique,» conseille Guangzhe Chen, vice-président de la Banque mondiale pour les Infrastructures.
Un potentiel freiné par des obstacles structurels
Malgré ces atouts, l’efficacité énergétique demeure insuffisamment exploitée, notamment dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Le rapport souligne que près des deux tiers de l’énergie primaire mondiale sont gaspillés. Or, dans ces économies, les investissements dans l’efficacité énergétique restent marginaux, freinés par le manque de financements, une volonté politique timide et des données peu fiables.
Les coûts initiaux élevés, couplés à un accès limité au crédit, constituent également des freins majeurs, en particulier pour les pays les plus pauvres. Le rapport appelle donc à un changement d’échelle, en passant de projets pilotes à des programmes nationaux ciblant tous les secteurs : ménages, industrie, services publics.
Une mobilisation collective nécessaire
La Banque mondiale appelle à une mobilisation coordonnée des gouvernements, du secteur privé et des partenaires de développement. Des politiques publiques solides, associées à une assistance technique et à des financements adaptés, peuvent transformer les initiatives locales en véritables moteurs nationaux de transformation énergétique.
Des institutions comme l’ESMAP – Programme d’assistance à la gestion du secteur énergétique – soutiennent déjà cette dynamique. En lien étroit avec la Banque mondiale, ce partenariat agit pour réduire la pauvreté et accélérer la transition énergétique dans le respect des objectifs climatiques, en particulier l’Objectif de développement durable n°7, qui vise l’accès universel à une énergie moderne, fiable et durable.
Une opportunité à saisir
Face à l’urgence climatique, à la volatilité des marchés de l’énergie et aux défis sociaux croissants, l’efficacité énergétique apparaît comme une solution triple gagnante : économique, sociale et environnementale. Mais son potentiel restera largement inexploité sans volonté politique ferme ni investissements ciblés à grande échelle.











