Dans cet entretien accordé à AFRIMAG, Abdou Dassouli, CEO et fondateur d’Imtiaz Capital, décrypte la mutation accélérée de la bancassurance sous l’effet du digital et de l’intelligence artificielle. Entre montée en puissance des FinTechs, attentes nouvelles des clients et potentiel stratégique du Maroc, il appelle à une transformation rapide, collaborative et centrée sur l’expérience utilisateur.
AFRIMAG : Monsieur Dassouli, vous venez d’intervenir dans un forum à Casablanca consacré à la bancassurance digitale. Pour commencer, pourquoi ce sujet est-il, selon vous, stratégique pour le secteur ?
Abdou Dassouli : Parce que nous vivons un moment charnière. La digitalisation n’est plus une option technique, c’est une transformation structurelle qui redéfinit la finance, l’assurance et la relation client. Les usages évoluent, les attentes aussi, et les outils évoluent encore plus vite. La bancassurance doit s’adapter à cette nouvelle réalité où simplicité, rapidité et autonomie sont devenues des standards.
AFRIMAG : Vous avez fortement insisté sur l’évolution des acteurs. Que voulez-vous dire par là ?
Abdou Dassouli : Le paysage change, et les acteurs avec.
Les FinTechs ont imposé une nouvelle cadence : fluidité, paiements instantanés, wallets, micro-crédits immédiats. Le client compare désormais sa banque à son application mobile. Il n’accepte plus les lenteurs.
Les InsurTechs font la même chose pour l’assurance :
- paiement instantané de sinistres ;
- souscription en ligne ;
- signature électronique ;
- rachat instantané ;
modification des bénéficiaires en un clic.
Et maintenant arrivent les super-apps. Une seule porte d’entrée pour tout : banque, assurance, paiement, e-commerce. C’est cette expérience fluide que le client demande.
AFRIMAG: Concrètement, quelles sont les bonnes pratiques qui permettent à un acteur de réussir sa transformation digitale ?
Abdou Dassouli : Trois leviers ressortent clairement des modèles gagnants.
1. Digitaliser les processus.
Souscription, paiement, gestion du contrat… tout doit pouvoir se faire en ligne. L’onboarding en quelques minutes est devenu une norme.
2. Investir dans l’expérience client.
Des interfaces simples, un suivi transparent, des notifications intelligentes. Le client veut comprendre, comparer, décider. Il veut du contrôle.
3. Favoriser la collaboration banque- InsurTech.
Grâce aux API, l’assurance s’intègre naturellement dans les parcours bancaires. Pas de friction, pas de redondance.
Et je rajoute un point fondamental : la cybersécurité. Le digital ne fonctionne que si la confiance fonctionne.
AFRIMAG : Vous avez évoqué l’intelligence artificielle comme un accélérateur. Comment l’IA change-t-elle la bancassurance ?
Abdou Dassouli : L’IA accélère tout et améliore tout.
Elle permet :
- la tarification dynamique ;
- l’assistance 24/7 via chatbot ;
- le traitement automatisé des prestations ;
- la détection de fraude en quelques secondes ;
- l’analyse prédictive des risques ;
- la personnalisation des recommandations.
L’IA ne remplace pas l’humain. Elle augmente ses capacités, fluidifie les parcours et réduit les délais. C’est un levier d’efficacité et d’équité.
AFRIMAG : Venons-en au Maroc : quel est votre diagnostic sur l’état de la digitalisation de la bancassurance ?
Abdou Dassouli : Le Maroc progresse vite.
Quelques chiffres 2024 de Bank Al-Maghrib :
- 58 % de taux de bancarisation ;
- 192,5 millions d’opérations de paiement digital pour 63 milliards de dirhams ;
- 13,8 millions d’utilisateurs de wallets.
Ce sont des indicateurs forts.
Mais dans la bancassurance, nous restons à un niveau de digitalisation intermédiaire (30–50 %), loin des marchés matures.
Les freins sont connus :
- dépendance au papier ;
- réglementation prudente ;
- signature électronique encore peu standardisée ;
- parcours clients peu fluides ;
- culture encore orientée agence.
Mais les leviers d’accélération sont très puissants :
- stratégie Maroc Digital 2030 ;
- montée des néo-banques ;
- InsurTechs marocaines ;
- généralisation progressive de l’e-signature.
Nous avons clairement le potentiel pour devenir un hub régional.
AFRIMAG : Vous avez présenté plusieurs exemples internationaux. Que peuvent-ils nous apprendre ?
Abdou Dassouli : Une vérité simple : quand l’expérience est simple et transparente, les gens adoptent.
- En France : souscription 100 % en ligne pour l’épargne retraite, résultat : explosion des adhésions digitales.
- En Turquie : adhésion retraite automatisée et digitale à la prise d’emploi.
- Au Kenya : épargne micro-digitale via mobile.
- En Inde : ajustement automatique de l’épargne selon le niveau de vie.
Leur point commun : simplicité et accessibilité.
AFRIMAG : Vous avez aussi mentionné les Marocains du Monde. Pourquoi ce segment est-il stratégique ?
Abdou Dassouli : Parce qu’ils représentent un potentiel immense mais sous-exploité.
Leurs freins actuels :
- démarches longues ;
- besoin de présence physique ;
- manque de clarté.
Avec une bancassurance vraiment digitale :
- ils peuvent ouvrir un produit d’épargne à distance ;
- assurer leurs parents ;
- gérer leurs placements ;
- comprendre leurs options grâce à l’IA multilingue.
C’est un levier stratégique pour le Maroc.
AFRIMAG : Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux acteurs du secteur ?
Abdou Dassouli : Nous vivons une recomposition historique.
- Les FinTechs et InsurTechs imposent une nouvelle cadence.
- La digitalisation simplifie.
- L’IA accélère.
- Le Maroc a les bases pour devenir leader régional.
La vraie question n’est plus si la bancassurance va devenir digitale.
Elle l’est déjà ailleurs.
La question est :
Comment aller plus vite ?
Comment inclure davantage ?
Comment construire des services centrés sur le client ?
La réponse est claire : la collaboration.
Entre banques, assureurs, startups.
Entre agilité et solidité.
Entre expertise humaine et puissance technologique.
Une bancassurance moderne, c’est la technologie au service de l’humain, la simplicité au service de la confiance et l’innovation au service de la responsabilité.


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