Les investisseurs du Moyen-Orient se sentent pousser des ailes, portés par la flambée des prix des hydrocarbures. Réagissant à une révélation de Bloomberg, First Abu Dhabi Bank a reconnu qu’elle avait travaillé aux «toutes premières étapes de l’évaluation d’une offre potentielle» sur la banque britannique Standard Chartered. L’action de la banque britannique a bondi aussitôt de plus de 20% après ces révélations, avant de ramener ses gains à 7% à la City.
La plus grande banque des Emirats Arabes Unis, First Abu Dhabi Bank, aurait envisagé plusieurs scénarios, dont une offre sur la totalité du capital ou le rachat de certaines activités. Ensemble, les deux groupes auraient affiché près de 1.200 milliards de dollars de bilan, dont 860 milliards pour Standard Chartered, qui réalise l’essentiel de son activité en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.
L’intérêt de la banque émiratie traduit aussi le rapport de force entre les deux entités. Contrôlée par le fonds souverain Mubadala (37,9%) et la famille régnante (15,7%), First Abu Dhabi Bank affiche une capitalisation boursière de 51 milliards de dollars, contre 24 milliards pour sa cible britannique. Elle se paie près de 1,9 fois son actif net comptable, un multiple trois fois plus élevé que celui de Standard Chartered.
La complexité de l’opération pourrait néanmoins refroidir l’établissement du Golfe. Standard Chartered fait en effet partie des banques d’importance systémique mondiale, et un projet de rachat entraînerait un processus d’examen approfondi de la part de nombreux superviseurs.
Les fonds du Moyen-Orient, notamment du Koweït et du Qatar, avaient déjà investi dans les banques européennes et américaines en 2008, au moment de la crise financière. Témoignage de ces ambitions retrouvées à la faveur d’une pluie de pétrodollars, la Saudi National Bank (SNB), première banque saoudienne, a apporté l’automne 2022 un soutien décisif à la recapitalisation de Credit Suisse. Elle a injecté l’équivalent de 1,5 milliard de francs (1,6 milliard de dollars) pour prendre 9,9% du capital de la banque suisse en difficulté. Un mouvement opportuniste, inédit de la part de l’Arabie saoudite dans le secteur bancaire européen, qui a fait grincer des dents en Suisse. SNB est adossée au fonds souverain saoudien, le Public Investment Fund (PIF) qui a déjà investi un quart de ses 600 milliards de dollars d’avoirs hors des frontières nationales et vise 1.000 milliards d’encours en 2025.


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