Intellectuel de gauche, apprécié à droite, Alain Touraine a réalisé de nombreux travaux sur les questions sociales.
Alain Touraine n’est plus. Grande figure de la scène intellectuelle française et internationale, le sociologue s’est éteint à Paris le 10 juin à 3h30, à l’âge de 97 ans, a annoncé à l’AFP sa fille, l’ancienne ministre Marisol Touraine.
Intellectuel de gauche, apprécié à droite, Alain Touraine a signé une œuvre abondante qui a décrit les dynamiques du changement de société pendant les Trente Glorieuses et après. Le sociologue a analysé les mouvements sociaux postindustriels, en restant attentif aux groupes minoritaires. Féru d’histoire et d’économie, cet universitaire avait le souci permanent de mettre en action ses théories, n’hésitant pas à s’engager dans le champ politique.
Son nom restera attaché à un champ d’études, à savoir les «nouveaux mouvements sociaux» comme les étudiants, les féministes, les écologistes ou les régionalistes, nés dans les années 1970, et à une méthode de travail, l’interventionnisme sociologique. «Il faut quitter le calme rassurant des utopies et des prophéties, fussent-elles catastrophiques, pour descendre dans le mouvement, déconcertant mais réel, des relations sociales», expliquait-il.
L’étude des ouvriers de Renault
Veuf de la chercheuse chilienne Adriana Arenas Pizzaro décédée en 1990, il était père de deux enfants, Marisol, ex-ministre socialiste, et Philippe, professeur de médecine.
Né à Hermanville-sur-Mer à côté de Caen le 3 août 1925, ce fils de médecin intègre Normale sup et obtient une agrégation d’histoire. Chercheur au CNRS de 1950 à 1958, il crée en 1956 le Centre de recherche de sociologie du travail de l’université du Chili. Il commence sa carrière par une étude sur des mineurs de charbon chiliens et aura toute sa vie des liens étroits avec l’Amérique latine.
C’est en 1955 qu’il publie sa thèse (dirigée par Georges Friedmann), «L’Evolution du travail ouvrier aux usines Renault», très remarquée. Deux ans plus tard, il fonde le Laboratoire de sociologie industrielle, qui devient en 1970 le Centre d’études des mouvements sociaux. En 1960, il est nommé directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Docteur ès lettres en 1965, il enseigne de 1966 à 1969 à l’université de Nanterre.
Un engagement politique
En mai 68, il est de ceux qui demandent la suppression des examens pour les étudiants en sciences sociales. En 1981, il fonde le Centre d’analyse et d’intervention sociologiques, dont il laisse la direction à Michel Wieviorka en 1993. S’il estimait que la gauche «n’a pas fait sa révolution culturelle», il a été longtemps proche de la CFDT et de la «deuxième gauche» et s’est ensuite employé à refonder l’idéologie socialiste.
Il fait partie de la Commission de réforme des universités et la Commission de réflexion sur la nationalité (1987). Aux élections européennes de 1994, il figure, parmi de nombreux intellectuels et personnalités politiques, sur la liste «L’Europe commence à Sarajevo», dirigée par le professeur Léon Schwartzenberg.
Il signe en 1989, avec Gilles Perrault et Harlem Désir, un manifeste pour la laïcité, publié dans l’hebdomadaire «Politis». En 1996, scandalisé par le traitement «moralement et politiquement inacceptable» de la question des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, il claque la porte du Haut Conseil à l’intégration, dont il faisait partie depuis deux ans.
Soutien à la semaine de quatre jours
Attentif aux revendications des groupes minoritaires, il étudie aussi bien les grèves françaises de fin 1995 que le zapatisme au Mexique, soutient l’instauration de la parité hommes-femmes dans la vie publique ou encore la semaine de quatre jours.
On lui doit des essais tels que «La Conscience ouvrière», «Le Communisme utopique», «Critique de la modernité», «La société postindustrielle», «Pourrons-nous vivre ensemble ?» ou «Comment sortir du libéralisme ?» qui, en 1999, constatait la fin de l’Etat-providence à la française. Il a cosigné avec Ségolène Royal «Si la gauche veut des idées» (2008).
Lauréat 2010 du prestigieux prix Prince des Asturies, il était aussi très connu dans des pays comme la Pologne. Il y avait reçu en 2012 une importante distinction pour ses travaux sur le mouvement Solidarité (Solidarnosc), premier syndicat indépendant du bloc soviétique, dans les années 1980.
Source AFP


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