Figure majeure de la vie intellectuelle et médiatique française et voix respectée à gauche, le sociologue et philosophe Edgar Morin est mort vendredi à l’âge de 104 ans, et sa mémoire a été saluée samedi par une pluie d’hommages.
“Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin est demeuré attentif au monde, aux autres et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée”, indique samedi matin son épouse, Sabah Abouessalam Morin, dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse.
“Le vide qu’il laisse est immense. Mais son courage, sa fidélité aux êtres et aux idées, son exigence morale et son espérance continuent de nous accompagner”, ajoute-t-elle.
Edgar Morin était l’auteur d’une œuvre très diverse, connue dans le monde entier, à contre-courant de la sociologie traditionnelle et qui se voulait une réflexion sur l’Homme à partir des données de la science.
Malgré son grand âge, il était toujours présent et écouté dans le débat intellectuel, et les médias étaient friands de sa parole.
Le président français Emmanuel Macron a rendu hommage à “l’esprit universel” d’Edgar Morin, “soldat de la Résistance, militant et affranchi, écrivain et penseur du siècle, défenseur de la nature et des peuples”, qui était “l’humanisme fait personne”.
“Avec sa bienveillance, sa curiosité, il ne cessait de nous éclairer”, a fait valoir le chef de l’État.
Le leader de la France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, a adressé un “salut ému” à cet “antifasciste, résistant, théoricien de la complexité”.
Il a rappelé qu’il avait “pris sa part dans la protestation contre le massacre des Palestiniens à Gaza”.
“Pensée complexe”
La ministre française de la Culture, Catherine Pégard, a salué un “combattant infatigable pour la liberté, philosophe de la »pensée complexe » qu’il jugeait un besoin vital pour nos personnes, nos cultures, nos sociétés.”
Il a “traversé le siècle en l’éclairant”, a estimé l’ancien président François Hollande. Avec lui, Edgar Morin avait cosigné en 2012 le livre d’entretien Dialogue sur la politique, la gauche et la crise.
“Il aimait confronter ses idées à tout ce qui était différent”, a réagi l’ancien ministre français de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, avec qui Edgar Morin avait coécrit le livre “Quelle école voulons-nous?” en 2020.
“Il nous lègue l’espérance d’une politique de civilisation à même de reconstruire un monde effondré”, a renchéri l’ex-Premier ministre français Dominique de Villepin.
Docteur honoris causa de 38 universités étrangères, Edgar Morin a écrit une quarantaine d’ouvrages, largement traduits.
Parmi eux, Autocritique (1959), qui relate son exclusion du Parti communiste français et ses propres aveuglements face au stalinisme, La Rumeur d’Orléans(1969), sur une rumeur antisémite, La méthode(1977-2004), son œuvre majeure en six volumes, et plusieurs livres sur l’écologie, thème qui lui tenait à cœur.
Son dernier ouvrage, Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?, est sorti en 2025.
“Le cheminement d’Edgar Morin est une méthode pour l’avenir”, a jugé l’UNESCO. En juillet 2021, il avait donné une “conférence du centenaire” au siège parisien de l’organisation de l’ONU pour l’Éducation, la Science et la Culture à l’occasion de ses 100 ans.
Résistance
L’originalité de ce juif laïque a été de refuser la parcellisation de la connaissance, au profit d’une vision culturelle et scientifique pluridisciplinaire. À la fois historien, philosophe et scientifique, il a tenté de briser les frontières entre les disciplines.
De son vrai nom Edgar Nahoum, il est né enfant unique le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique en Grèce, émigrée à Paris.
En 1941, il rejoint le Parti communiste et entre dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin. Puis, la publication d’Autocritique marque les esprits. À cette époque, Edgar Morin est aussi l’un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d’Algérie.
Soixante ans plus tard, l’intellectuel est poursuivi pour antisémitisme par deux associations. Elles visent une tribune dont il était coauteur en 2002, selon laquelle “les juifs qui furent les victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens.” Il gagne en cassation, plus haute juridiction judiciaire française.
Longtemps établi à Paris, ce père de deux filles vivait à Montpellier depuis quelques années.
Avec AFP





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