Une ambiance malsaine se reflète à l’Assemblée nationale. La première séance plénière de la session ordinaire se tient dans une atmosphère tumultueuse. Les députés de la majorité renvoient sine die la session budgétaire. Lors de l’ouverture, la présidente de l’Assemblée nationale ne mâche pas ses mots et de dire la vérité sur la conjoncture actuelle.
A quelques semaines des présidentielles du 16 novembre 2023, la première séance plénière de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale se déroule dans une ambiance morbide. Les élus IRD (pro-Andry Rajoelina) brandissant une proposition de la conférence des présidents (à leur avantage) de la veille proposent un report à une date ultérieure – sans aucune précision – de vote de l’ordre du jour, du fait que les députés en tant que politiques auront à participer à la propagande présidentielle. Ce qui signifie un report de la session parlementaire devant se tenir dans la capitale.
Alors que l’article 75 de la Constitution stipule : «L’Assemblée nationale se réunit de plein droit en deux sessions ordinaires par an. La durée de chaque session est fixée à soixante jours. La première session commence le premier mardi de mai et la seconde, consacrée principalement à l’adoption de la loi de finances, le troisième mardi d’octobre.»
Un débat houleux
Cet ajournement des travaux n’est pas du goût des députés de l’opposition et le débat est houleux. Si le député Philibert Milavonjy, (pro-Andry Rajoelina) avance que «cela entre dans le respect de la Constitution», un député juriste Keron Idéalson crie haut et fort qu’avec une absence de vote d’O.J. « l’Assemblée nationale poursuit les traces des autres institutions dans des actes anticonstitutionnels ». Pour sa part, Eléonore Johasy (opposition) présidente de la commission d’évaluation des politiques publiques insiste qu’il s’agît d’une session réservée pour l’adoption de la loi de finances, une loi qui dictera des dépenses prochaines du pays, surtout que l’année dernière le gouvernement s’est abstenu de présenter une loi des finances rectificatives. Elle redoute une manœuvre politique dilatoire, car «le temps ne suffise pas pour les députés d’en discuter sérieusement si l’on programme après l’élection.»
Après un débat houleux, les députés partisans du Collectif des 11 candidats (contre le président Andry Rajoelina) décampent laissant seuls les députés IRD voter. Sur 72 députés présents – contre 150 – 69 optent pour l’ajournement du vote de l’O.J. La session est pour la première fois de l’histoire, sans ordre du jour !
Durant les débats et huées entre parlementaires, la présidente de l’Assemblée nationale Christine Razanamahasoa se réserve de ne pas intervenir. Sachant que son discours lors de la cérémonie d’ouverture de la session du 17 octobre 2023 n’a pas plu aux députés pro-Andry Rajoelina.
Tentant de suivre les traces du regretté Lucien Xavier Michel Andrianarahinjaka (président de l’Assemblée nationale de 1977 jusqu’en 1991), «un homme droit et réputé de ne pas mâcher ses mots quand il s’agit de l’intérêt général», elle hésite puis se ressaisit. En haut du perchoir ce jour, « le courage et l’amour des citoyens (…) l’ont poussé à tenir droite et ferme » dans ces propos.
« Notre pays va mal »
Magistrate de son état, elle n’a pas cherché à accuser qui que ce soit, mais de dire la vérité : «La situation actuelle se définit par quelques phrases : Notre pays va mal. Notre peuple souffre de nos insuffisances et de nos incompétences. Notre civilisation est en faillite.» Stupéfaction dans les rangs du gouvernement collégial à leur tête, le Premier ministre Ntsay Christian ! Mais la députée d’Ambatofinandrahana élue Présidente de la chambre basse, en 2019 à l’unanimité par toutes les sensibilités politiques, y compris les élus Indépendants et membres du TIM continue : « Dire que dans les conditions actuelles, seule la consultation du peuple par la voie des urnes est l’unique solution alors que les normes morales et normes universelles sont loin d’être remplies, ouvre la voie vers une spirale de crises (…) On est dans l’impasse ! »
S’adressant aux ambassadeurs présents dans l’hémicycle, la présidente de l’Assemblée nationale exhorte la communauté internationale d’agir : « Le temps n’est plus à la diplomatie. Les germes des provocations sont visibles et ne cessent de s’amplifier. Votre responsabilité est aussi engagée plus que la nôtre » Et sans renier son statut de présidente de la chambre basse, au détriment de toutes affiliations politiques et pour éviter d’être juge et partie, elle se dit : « être à la disposition de la République et se privera d’instaurer la division.».
D’ailleurs avec conviction et sérénité, Christine Razanamahasoa propose un espace de dialogue ouvert à toutes les entités. Bref, la présidente de l’Assemblée nationale ira là où la sortie de crise sera trouvée durablement pour l’intérêt supérieur de la nation.
Le lendemain dans la soirée, les députés de la majorité présidentielle s’insurgent dans une déclaration commune. Ils condamnent et dénoncent les propos de la présidente de l’Assemblée nationale comme un discours personnel cultivant la déstabilisation de l’opinion et de la vie de la nation.





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