Situé dans l’océan Indien, l’archipel des Chagos est au centre d’un contentieux qui mêle héritage colonial, droit international, stratégie militaire et géopolitique. Alors que Londres s’était formellement engagé l’année dernière à reconnaître la souveraineté de Maurice sur ce territoire, il vient de faire une volte-face inattendue sous la pression des Etats-Unis.
A la suite des informations relayées dans les grands quotidiens londoniens, les autorités de Maurice ont démenti avoir reçu de propositions de l’administration Trump concernant les îles Chagos. C’est le journal Telegraph qui avait indiqué que la Maison Blanche étudierait différentes options pour sécuriser l’avenir de l’archipel.
L’archipel des Chagos est un ensemble de 55 îles et atolls situé dans l’océan Indien, à près de 500 kilomètres au sud des Maldives et à plus de 2.000 kilomètres des côtes africaines. Peu connu du grand public, ce territoire occupe une position stratégique au croisement des routes maritimes reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
Pour comprendre les tensions actuelles autour de l’archipel, il faut remonter aux années 1960. En 1965, trois ans avant l’indépendance de Maurice, le Royaume-Uni détache les Chagos du territoire mauricien pour créer le British Indian Ocean Territory. L’année suivante, Londres conclut un accord avec Washington afin de permettre l’installation d’une base militaire américaine à Diego Garcia, l’île principale, qui abritent des bombardiers stratégiques de l’armée de l’air américaine dont les célèbres B52.
A la fin des années 1960, jusqu’à 2.000 habitants sont expulsés de l’archipel pour permettre l’aménagement de cette infrastructure. Depuis lors, Diego Garcia est devenue l’une des bases stratégiques américaines à l’étranger. La base a notamment servi lors des opérations en Afghanistan et en Irak. Sa localisation permet également de surveiller une vaste zone couvrant l’océan Indien, le Moyen-Orient et une partie de l’Afrique orientale.
Cette importance stratégique explique pourquoi plusieurs acteurs ont des intérêts parfois divergents dans le dossier. Maurice revendique sa souveraineté sur l’archipel tandis que Le Royaume-Uni cherche à préserver la coopération militaire avec les États-Unis. Washington souhaite garantir l’accès à Diego Garcia, tandis que les Chagossiens réclament pour beaucoup la reconnaissance de leurs droits et la possibilité de retourner sur leurs terres d’origine.
Le différend semblait proche d’un dénouement. Après plusieurs années de négociations, le Royaume-Uni et Maurice ont signé en mai 2025 un accord prévoyant la reconnaissance de la souveraineté mauricienne sur les Chagos. En contrepartie, Londres obtenait un bail de 99 ans sur Diego Garcia moyennant le versement annuel d’environ 134 millions de dollars à Maurice. A l’époque, l’accord avait été salué par le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio qui estimait notamment qu’il permettait d’assurer une « exploitation à long terme, stable, et efficace » de l’infrastructure.
Quelques mois plus tard, le contexte a toutefois changé. En janvier 2026, Donald Trump a dénoncé ce qu’il a qualifié d’acte de « grande stupidité » et de « totale faiblesse », estimant que le Royaume-Uni abandonnait un territoire stratégique. En avril dernier, Londres a annoncé suspendre la mise en œuvre de l’accord, expliquant vouloir poursuivre les discussions avec Washington.
Le dernier rebondissement en date vient du Telegraph, qui a indiqué le 7 juin que l’administration américaine étudiait plusieurs scénarios alternatifs, dont un éventuel accord direct avec Maurice concernant l’avenir du territoire. Port-Louis a rapidement réagi en indiquant n’avoir reçu aucune proposition américaine. « La position de Maurice reste inchangée. Sa souveraineté sur l’archipel des Chagos n’est pas négociable », a déclaré le gouvernement dans un communiqué.
Maurice estime que le détachement des Chagos en 1965 a été effectué en violation du droit international et que son processus de décolonisation est resté inachevé. Cette position a progressivement gagné du terrain sur la scène internationale.
En 2019, la Cour internationale de Justice (CIJ) a considéré que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration de l’archipel.





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