Portées par une croissance rapide et une dynamique inclusive, les industries culturelles et créatives s’imposent comme un moteur économique majeur au Maroc. Mais malgré leur essor spectaculaire, le secteur reste freiné par un accès limité au financement, à l’aube d’échéances stratégiques comme la Coupe du monde 2030.
C’est un signal fort envoyé aux décideurs économiques. Selon une analyse stratégique dévoilée par l’International Finance Corporation, les industries culturelles et créatives (ICC) marocaines affichent une croissance plus robuste que prévu.
En 2022, elles représentaient 2,4 % du PIB national, rivalisant avec des secteurs historiquement dominants comme les industries extractives ou la logistique. Mais c’est surtout sur le front de l’emploi que leur percée est la plus marquante : en 2023, plus de 116 000 postes ont été générés, dépassant ainsi les secteurs de la santé et des services financiers.
Côté revenus, les ICC ont atteint près de 43 milliards de dirhams, enregistrant une hausse notable de 18 % en un an.
Un levier d’inclusion sociale et de jeunesse
Au-delà des chiffres, le secteur se distingue par son impact social. Les femmes représentent 34 % des emplois dans les ICC, tandis que ces industries offrent des opportunités d’insertion importantes pour les jeunes talents.
Cette dimension inclusive renforce le rôle des ICC comme vecteur de transformation économique et sociétale, dans un pays où l’emploi des jeunes reste un défi structurel.
Le financement, talon d’Achille du secteur
Malgré ce potentiel, un obstacle majeur persiste : l’accès au financement. En 2021, les ICC n’ont capté que moins de 0,5 % du crédit total aux entreprises. Plus révélateur encore, seules 3 % des entreprises créatives bénéficient d’un financement externe.
En cause : une structuration encore fragile du secteur et une perception de risque élevée de la part des institutions financières, faute de produits adaptés aux spécificités des activités créatives.
Des filières en plein essor
L’étude met en lumière plusieurs segments particulièrement dynamiques. La mode et le designenregistrent une croissance de 46 % en 2023, tandis que les événements et arts vivants voient leurs revenus plus que doubler.
Le patrimoine et le tourisme culturel progressent de 31 %, et les métiers d’art affichent une hausse de 18 %. Autant de filières qui pourraient bénéficier d’un coup d’accélérateur avec la co-organisation par le Maroc de la Coupe du Monde de la FIFA 2030, un événement perçu comme un catalyseur d’investissements et d’internationalisation, notamment dans l’audiovisuel.
Structurer pour accélérer
Face à ces enjeux, plusieurs recommandations émergent : la mise en place d’une stratégie nationale dédiée, le développement de hubs créatifs et d’incubateurs, ainsi que la création de mécanismes de financement innovants, notamment adossés à la propriété intellectuelle.
Le renforcement du cadre juridique et l’accompagnement des entreprises dans leur structuration financière figurent également parmi les priorités.
Un changement de regard sur un secteur stratégique
Pour David Tinel, manager régional de l’IFC pour le Maghreb, «les industries créatives s’imposent comme l’un des moteurs de croissance les plus dynamiques du pays.»
Un constat partagé par Neïla Tazi, figure du secteur, qui appelle à faire des ICC une priorité des politiques publiques, soulignant «un véritable changement de regard porté par une nouvelle génération d’acteurs.»
Une mobilisation institutionnelle
Cette étude s’appuie sur une large collaboration institutionnelle, impliquant notamment le Haut-Commissariat au Plan, l’Observatoire marocain de la TPME et Tamwilcom, acteur clé du financement des entreprises.
L’objectif : mieux mesurer, comprendre et accompagner un secteur encore sous-estimé, mais désormais incontournable dans la transformation économique du Maroc.
À l’heure où le Maroc se prépare à accueillir un événement mondial d’envergure, les industries culturelles et créatives apparaissent plus que jamais comme un levier stratégique à activer pleinement.





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