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Mauritanie : Ghazouani, fin de la période de grâce ?

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La situation politique actuelle est des plus étranges. Calme. Oui. Puisque l’opposition ne manifeste plus, comme elle le faisait quasi quotidiennement aux pires moments de la décennie Aziz. Mais aussi, inquiétante, quand on sait que la démocratie vit, réellement, de ses propres contradictions, de cette bipolarité majorité-opposition qui permet aux citoyens d’avoir des regards différents sur la gestion du pays.

La morosité est cependant rompue par intermittence par ce qui est devenu «L’affaire de la décennie Aziz». Les biens mal acquis. Le dossier transmis par la Commission d’enquête parlementaire (CEP) à la justice plonge le pays dans l’attente d’une vraie lutte contre la corruption qui, à rebours, devrait démêler les fils des montages qui ont permis l’émergence, en un temps record, de fortunes colossales. L’issue de ce dossier aux ramifications multiples servira surtout de baromètre politique pour donner raison – ou non – à ceux qui cherchent à persuader que l’ère Ghazouani, malgré ses atermoiements répétitifs, n’est pas une continuation du «nehj», vu au début du quinquennat en cours comme la poursuite de la politique que les Mauritaniens ont dû subir durant la décennie 2009-2019.

Car, à ce sujet, le doute est permis. Les mêmes personnages. Les mêmes pratiques (ou presque). Les mêmes problèmes de vie chère, de coupures d’eau et d’électricité, d’insécurité, de clientélisme, d’anarchie, d’irresponsabilité, etc. Certes, la première année du quinquennat peut être considérée comme un «temps mort» consacré au réglage du dispositif Ghazouani mais il faut très rapidement donner des signes de rupture pour que l’on comprenne la nature de la nouvelle gouvernance.


En ce sens, l’un des points de repère est, incontestablement, le changement de paradigme au niveau du Discours présidentiel et, par ricochet, des discours officiels (ministres) ou officieux (l’UPR, la majorité). Le pays ne vit plus «sous tension» politique et sociale comme au temps d’Aziz. D’ailleurs, le ton avait été donné, dès la campagne électorale de 2019, par un Ghazouani dont le soft power apparaissait comme l’opposé du «ça passe ou ça casse» de son prédécesseur. Mais, il faut savoir aussi que même si les Mauritaniens ont tendance à dire «la paix seulement», ils ont tendance à réclamer autre chose que les promesses.

«Taahoudati» (littéralement : mes engagements) doit se traduire, rapidement, en actes. L’on comprend difficilement que les travaux d’une route (Boutilimit-Aleg) dont la réhabilitation a été annoncée il y a plus d’un an n’aient commencé que la semaine dernière ! On comprend moins que la Délégation Générale à la Solidarité Nationale et à la Lutte Contre l’Exclusion (Taazour), dotée d’un budget conséquent de 4 milliards de MRU/an, peine encore à lancer ses programmes déclinés en cinq volets.

Certes, le prétexte pour justifier tout dysfonctionnement est la persistance de cette pandémie de coronavirus dont la deuxième vague envahit l’Europe et pousse des pays comme la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie à prendre des mesures drastiques pour ne pas se laisser submerger, à nouveau, par le nombre de malades retenus dans les hôpitaux, mais il y a certainement mieux à faire que de subir la routine.

Le nouveau Premier ministre, Mohamed Ould Bilal, voudrait bien impulser une nouvelle dynamique aux hommes et femmes en charge de mener les programmes de la relance post-Covid mais il faudrait aussi, qu’à ce niveau de la coordination de l’action gouvernementale, que les choses soient claires. La partition doit montrer que, comme on le dit souvent, la responsabilité ne se partage pas. Chaque ministre doit assumer et s’assumer. On devrait avoir fini avec l’époque où le justificatif tout trouvé est «l’ordre vient d’en-haut» et être capable de présenter sa démission, quand les décisions prises se heurtent aux convictions du responsable. N’est-il pas temps, en effet, que la Mauritanie devienne un pays «normal» où le principe de la sanction et de la récompense est appliqué comme norme de bonne gouvernance ?

Si les choix politiques répondent prioritairement à un rapport de forces découlant des élections municipales, législatives et régionales, la nomination à des postes administratifs (techniques) ne doit pas être discriminée. La compétence doit jouer pleinement quand il s’agit de nommer de bons magistrats, un coordinateur de projet, un directeur technique ou un chef d’établissement d’enseignement secondaire. En somme, il s’agit d’une question d’équité qui moralise la politique. Et cela doit être l’une des priorités d’un président de la République auquel l’opposition sortie d’une longue et harassante «guerre des tranchées» avec Aziz semble décidée à donner du répit. Mais jusqu’à quand ?

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