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La Mauritanie malade de ses élites

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La visite que le président mauritanien vient d’effectuer dans les régions orientales du pays, communément appelés les deux Hodh, a au moins confirmé une chose : la Mauritanie est malade de ses élites ! Ce n’est pas une tentative de disculpation des dirigeants du pays, mais une façon de faire la part des choses.

 

le president Aziz serrant la main d un eluIl suffit que la présidence annonce une visite à l’intérieur du pays pour que le branle-bas commence. Une sorte de «weylemak yal warrani» (gare au dernier) qui occupe tous les (ir) responsables de la République. Plus rien ne compte pour eux, à part les préparatifs de ce que feu Habib Ould Mahfoud appelle une «visitation». Les responsables, les chefs tribaux, les hommes d’affaires et tous ceux qui croient détenir une parcelle du pouvoir entrent ainsi dans une compétition effrénée pour paraître. La règle est simple, simpliste même : j’accueille «bien», donc j’existe. Voilà : je décide d’abandonner mon poste une ou deux semaines avant la visite du président, je réunis mes «gens» (ma tribu) et j’appelle un organe de presse pour que l’œuvre de cette djemaa arrive jusqu’aux portes de la présidence. Je collecte une importante somme d’argent, car personne n’ignore qu’en matière de «bolletig», avatar de la politique, au sens artisanal du terme, l’argent est le nerf de la guerre. Il faut être le premier à louer les services d’une télévision «peshmerga» qui sera en mesure de consacrer une heure d’antenne à notre rassemblement sous la tente, nos discours vantant les «réalisations grandioses» de notre guide éclairé et montrant, dans les moindres détails, la logistique tribale mise en œuvre pour réserver historique (hystérique) au rais.

On ne peut pas reprocher au premier des Mauritaniens de se prêter à ce jeu. Même s’il sait que c’est du cinéma, du théâtre qui a déjà été servi à d’autres avant lui. Par la même élite qui trouve son compte à tromper le peuple en lui faisant croire que «tout nouveau est beau». Jusqu’au prochain changement. Un changement qui, depuis 1978, a toujours pris la forme d’une révolution de palais, si l’on excepte l’intermède «démocratique» de 2007. C’est pour dire que si l’armée se sert toujours de l’élite politique pour faire accepter son OPA sur le pouvoir ; la tribu, l’argent et le savoir se liguent pour se servir sans servir. Toute erreur, toutes difficultés rencontrées par le pouvoir seront alors la faute du président et de son Premier ministre ! Un confort politique qui permet à l’élite de botter en touche parce qu’en Mauritanie l’on fait porter la responsabilité de tout échec non pas au «responsable» (ministres, walis directeurs, etc.) mais à celui qui l’a nommé ! Même quand c’est cette élite-là qui, à l’occasion d’une visite présidentielle à l’intérieur du pays, empêche le «président des pauvres» de voir la misère du peuple.


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