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Mauritanie – Présidentielle 2019 : un duel Ghazouani-Ould Boubacar en vue

L’opposition mauritanienne a finalement opté, contrainte et forcée, à la multiplication des candidatures. Pour l’instant, le candidat déclaré du pouvoir en place, le général à la retraite Mohamed Ould Ghazouani, aura en face de lui Sidi Mohamed Ould Boubacar, ancien Premier ministre de Taya et de la transition militaire 2005-2007, Biram Dah Abeid, militant antiesclavagiste porté à l’Assemblée nationale au nom d’une coalition entre son Ong non reconnue, IRA, et le parti Sawab, le président de l’Union des forces de progrès (UFP), Mohamed Ould Maouloud et, probablement, Khaled Bouya Abass, un jeune entrepreneur qui veut jouer le rôle d’outsider.

Sidi Mohamed Ould BoubacarCôté pouvoir, la campagne est déjà lancée, même si, du point de vue de la loi, il faut atteindre le décret convoquant les électeurs mauritaniens aux urnes qui ouvre, traditionnellement, le dépôt des candidatures.

Les initiatives de soutien, faites au nom des tribus, des organisations professionnelles, des jeunes, des femmes et de toute entité pouvant servir de rampe de lancement à un individu ou à un groupe, font flores à Nouakchott et dans les grandes villes de Mauritanie. Cela ressemble à une course pour l’occupation des places, alors que le président Aziz, l’homme dont on vante de moins en moins les « réalisations », est encore en poste jusqu’à juillet 2019 et pourrait, comme il l’a laissé penser, continuer à avoir son mot à dire dans l’alternance-succession qui se prépare.

La candidature du général Ghazouani, bien que pressentie depuis que son ami le président Aziz a déclaré qu’il ne sera pas candidat pour un troisième mandat, a longtemps souffert des manœuvres de ceux qui, au sein de la majorité présidentielle, voulaient pousser au déverrouillage des articles limitant les mandats. La dernière tentative a été celle des députés dont 102 sur 157 ont donné leur aval à ce passage en force. Mais le communiqué de la présidence de la République sorti dans la précipitation, alors que le président Aziz se trouvait à l’extérieur, a convaincu les mauritaniens que l’option du troisième mandat était bien morte et enterrée.

Cette division au sein de la Majorité se prolonge aujourd’hui par l’ambiance délétère que connait l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir dont les structures ont été mises en veilleuses en attendant peut-être que le président Aziz « se libère » pour être à la tête du futur Directoire. Mais pour cela, il faut d’abord que le candidat Ghazouani remporte la présidentielle et, de préférence, au premier tour.

L’obstacle Ould Boubacar

Sidi Mohamed Ould Boubacar, ancien Premier ministre, mais surtout économiste de renom, pourrait bien contrarier les plans du duo Aziz-Ghazouani qui, apparemment, avaient préparé leur « coup » depuis 2005 pour cette alternance « ami-ami ». L’homme n’a comme défaut reconnu que celui d’avoir servi le président Taya. Un grand défaut certes, mais il n’est pas le seul quand on sait que, du temps du PRDS (Parti républicain démocratique et social), c’était le cas de 90% de ceux qui gravitent aujourd’hui autour du pouvoir. Il a comme autre « défaut » d’être soutenu par Tawassoul, le plus grand parti d’opposition dont les « liaisons dangereuses » avec le Qatar, la Turquie et l’Iran sont un repoussoir pour bon nombre de mauritaniens très attachés à leur islam sunnite.

Le soutien de Tawassoul suffit-il pour fonder les espoirs d’une alternance démocratique en Mauritanie ? Avec (14 députés) et une poignée de conseils municipaux, les islamistes ne pèsent pas lourd face à l’ogre UPR qui, même s’il traverse une phase transitoire, s’appuie sur les forces traditionnelles qui ont toujours été déterminantes dans la dévolution du pouvoir en Mauritanie. Certes, Tawassoul, qui était à la tête d’une forte coalition de l’opposition lors des dernières élections générales, a donné du fil à retordre à l’UPR, notamment pour les conseils régionaux dont 9 sur 13 étaient mis en ballotage, mais l’échec de la candidature unique a fait voler en éclats un « front » dont certains combattants (Adil, RDU) ont rejoint le camp du pouvoir avec armes et bagages.

Dans ce système de vases communicants, Ould Boubacar a aussi reçu le soutien de plusieurs petits partis de la majorité, sans doute mécontents de la décision de dissolution prise récemment par le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation. Ils n’avaient pas réussi à franchir la barre de 1% pour continuer leur « vie » de partis politiques reconnus par l’Etat et bénéficiant de l’aide financière qu’il distribue annuellement, mais c’est une victoire importante sur le plan médiatique.

Pour ébranler l’assise du pouvoir, il faut aussi être solide financièrement. Les moyens du parti Tawassoul sont loin d’être négligeables mais tous les regards se tournent vers l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou qu’on avait pressenti, il y a quelques mois, comme candidat possible de l’opposition. L’on pense d’ailleurs que son soutien à Ould Boubacar, et à l’opposition de manière générale, est acquis d’avance. Vivant en exil depuis 2010, Ould Bouamatou ne cache pas sa farouche opposition à son cousin de président qu’il avait pourtant soutenu, à coups de milliards d’ouguiyas, quand il a fallu « rectifier », par un putsch, la voie qu’avait choisie le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Pour Ould Boubacar donc, le soutien de Bouamatou, s’il se concrétise, sera un couteau à « double tranchant ».

Election Sidi Mohamed Ould Boubacar

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