En quête d’indépendance face à la domination chinoise sur les minerais critiques, les pays du G7 viennent de dévoiler une stratégie ambitieuse de sécurisation des approvisionnements. Derrière cette nouvelle feuille de route se dessinent des opportunités majeures, mais aussi des défis de taille pour les producteurs africains, désormais au cœur de la bataille mondiale des ressources.
Après trois jours de discussions, le sommet du G7, qui s’est achevé le 17 juin, a débouché sur une nouvelle déclaration consacrée aux minerais critiques. Réunis à Évian, les dirigeants de la France, de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni, aux côtés de plusieurs partenaires dont l’Australie, ont affiché leur volonté de réduire leur dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.
Le principal changement par rapport à la déclaration adoptée l’an dernier réside dans la fixation d’objectifs chiffrés. Sans citer explicitement Pékin, le G7 vise à ramener sa dépendance à un fournisseur unique de terres rares sous le seuil de 60 % d’ici 2030, avec un objectif intermédiaire de 50 % dès que possible. Une ambition significative alors que la Chine contrôle aujourd’hui plus de 60 % de la production mondiale de terres rares et l’essentiel des capacités de raffinage.
D’autres objectifs concernant le cuivre, le lithium, le graphite ou encore le cobalt devraient être définis avant la fin de l’année.
Une nouvelle architecture des chaînes d’approvisionnement
Au-delà de la diversification des sources d’approvisionnement, le G7 entend accélérer la mise en place d’un écosystème plus résilient. La déclaration prévoit notamment le développement de capacités de stockage stratégique, le renforcement du recyclage des minerais critiques ainsi que l’amélioration des mécanismes de traçabilité.
Les pays membres souhaitent également explorer de nouveaux outils commerciaux, parmi lesquels des quotas d’approvisionnement et des prix planchers destinés à soutenir les projets miniers situés hors de la sphère d’influence chinoise.
Pour coordonner ces efforts, les dirigeants ont annoncé la création d’une «Alliance du G7 pour la résilience et la production en matière de minerais critiques », appelée à devenir un instrument central de leur stratégie industrielle et géopolitique.
L’Afrique, terrain clé de la diversification occidentale
Pour les pays africains, cette nouvelle orientation du G7 pourrait se traduire par une intensification des partenariats stratégiques et des investissements étrangers.
Selon les chiffres avancés par le groupe, près de 195 initiatives ont été lancées depuis le début de l’année 2026, représentant environ 64 milliards d’euros d’investissements sous forme de prises de participation, de financements et d’accords d’achat.
Plusieurs opérations récentes illustrent déjà cette dynamique. En République démocratique du Congo, l’entrée du consortium Orion Critical Minerals, soutenu par Washington, dans certains actifs cuivre-cobalt de Glencore a marqué les esprits. En Namibie, le Japon consolide sa présence sur le projet de terres rares de Lofdal, dont il est déjà actionnaire.
D’autres projets africains s’orientent progressivement vers les marchés occidentaux. C’est notamment le cas de la future mine de terres rares de Longonjo, en Angola, ainsi que du projet Songwe Hill, au Malawi, qui ciblent principalement la demande américaine.
La transformation locale, enjeu central pour le continent
Si les investissements se multiplient, la question de la création de valeur sur le continent demeure un sujet sensible. Plusieurs États africains conditionnent désormais l’accès à leurs ressources au développement d’activités locales de transformation et de raffinage.
Or, malgré les références faites à la création de valeur locale dans la déclaration du G7, les engagements concrets restent limités. Le texte ne précise ni les mécanismes envisagés ni la manière dont ces objectifs pourraient bénéficier aux pays fournisseurs.
Pour de nombreux gouvernements africains, la capacité à obtenir davantage qu’un simple rôle de fournisseur de matières premières constituera un test majeur de cette nouvelle stratégie occidentale.
Le débat sensible des prix planchers
Parmi les propositions les plus discutées figure l’instauration de prix planchers pour certains minerais critiques, une idée principalement portée par les États-Unis.
Cette mesure vise à contrer ce que plusieurs pays occidentaux considèrent comme une stratégie chinoise de pression sur les prix, destinée à fragiliser les projets concurrents et à renforcer l’avantage compétitif des industriels chinois.
L’objectif serait de garantir une rentabilité minimale aux projets miniers situés hors du circuit chinois, notamment en Afrique. Toutefois, la mise en œuvre d’un tel mécanisme reste incertaine. Le G7 s’est contenté de mentionner cette option parmi les pistes à l’étude, signe des divergences persistantes entre ses membres sur la forme que pourrait prendre ce dispositif.
Une bataille géopolitique où l’Afrique veut faire entendre sa voix
Avec près de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, l’Afrique occupe désormais une position stratégique dans la compétition mondiale pour les ressources nécessaires à la transition énergétique.
La prochaine étape consistera à observer la traduction concrète des engagements pris par le G7. Pour les États africains, l’enjeu sera de transformer cet intérêt croissant en levier de développement industriel, de création d’emplois et de montée en gamme de leurs économies.
Invité au sommet, le président kényan William Ruto a déjà donné le ton en plaidant pour une plus grande transformation locale des ressources africaines. Par ailleurs, l’ouverture annoncée de la future Alliance du G7 à des partenaires extérieurs pourrait offrir aux pays africains une opportunité supplémentaire de participer à la définition des nouvelles règles du jeu.
Dans cette course mondiale aux minerais critiques, le continent n’est plus un simple réservoir de ressources : il devient un acteur incontournable dont les choix pèseront de plus en plus sur l’équilibre des chaînes d’approvisionnement mondiales.





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