Mohammed VI et l'Afrique : 27 ans d'une ambition continentale
Le choix de l’Afrique : une conviction devenue stratégie d’État
Lorsque le Roi Mohammed VI accède au Trône en juillet 1999, les relations du Maroc avec le continent africain s’inscrivent dans une nouvelle dynamique. En faisant de l’Afrique un axe majeur de la politique étrangère du Royaume, le Souverain ne se contente pas de réactiver une tradition diplomatique : il engage une stratégie de long terme fondée sur le partenariat, l’investissement et la co-construction. Vingt-sept ans plus tard, cette orientation constitue l’un des piliers de l’influence marocaine en Afrique.
Bien avant que l’intégration africaine ne s’impose comme une priorité internationale, le Roi Mohammed VI avait fait le pari d’un rapprochement durable avec le continent. Ce choix ne procède ni d’une logique conjoncturelle ni d’une simple ambition diplomatique. Il repose sur une conviction politique profonde : le destin du Maroc est intimement lié à celui de l’Afrique.
Cette vision s’exprime avec force dans le discours prononcé devant le 28ᵉ Sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba, le 31 janvier 2017, quelques jours après le retour officiel du Royaume au sein de l’organisation continentale. « L’Afrique est Mon Continent, et Ma maison », déclare alors le Souverain devant les chefs d’État africains. Une formule devenue emblématique, qui résume à elle seule la philosophie de la politique africaine du Royaume : une relation fondée sur l’appartenance, la proximité et la responsabilité partagée.
Depuis son accession au Trône, le Roi a multiplié les visites officielles sur le continent, parcourant l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est pour nouer des partenariats durables. Ces déplacements n’ont jamais été de simples gestes protocolaires. Ils se sont traduits par la signature de centaines d’accords dans des secteurs aussi variés que la finance, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, la santé, la formation ou encore les télécommunications.
Les discours royaux comme feuille de route
Au fil des années, les discours de Mohammed VI ont dessiné une véritable doctrine de la coopération africaine. Leur fil conducteur est constant : privilégier les projets concrets aux déclarations d’intention et construire des partenariats équilibrés plutôt que des relations d’assistance.
« Le Maroc partage avec ses frères africains ce qu’il possède, non par générosité, mais parce qu’il croit en une communauté de destin », affirme le Souverain dans son discours d’Addis-Abeba. Cette approche rompt avec une conception verticale de la coopération. Elle repose sur le principe d’un partenariat gagnant-gagnant, où chaque pays est appelé à créer de la valeur et à renforcer ses capacités.
Cette philosophie irrigue désormais l’ensemble de l’action extérieure du Royaume. Les entreprises marocaines, les institutions financières, les universités, les établissements de formation et les opérateurs publics deviennent autant de vecteurs d’une diplomatie économique pensée comme un instrument d’intégration régionale plutôt que comme une simple projection d’influence.
Loin de se limiter aux échanges commerciaux, cette stratégie entend favoriser l’émergence de chaînes de valeur africaines, accompagner les politiques de développement et renforcer les capacités des États partenaires. Elle inscrit le Maroc dans une logique de co-développement où la performance économique s’articule avec la solidarité et le partage des compétences.

Une diplomatie économique qui change d’échelle
L’originalité de la politique africaine impulsée par le Roi Mohammed VI tient à l’articulation étroite entre diplomatie et économie. Là où les relations interétatiques se limitaient souvent à la coopération politique, le Royaume fait le choix d’une présence fondée sur l’investissement, le transfert de compétences et la création de valeur. Les banques marocaines accompagnent le financement des économies africaines, les groupes industriels investissent dans les secteurs stratégiques, tandis que les opérateurs des télécommunications, des infrastructures, de l’immobilier, de la santé ou du transport contribuent à structurer de nouveaux marchés.
Cette diplomatie économique s’inscrit dans une logique de partenariat durable. « La coopération Sud-Sud n’est pas un choix dicté par les circonstances. C’est une orientation stratégique, » rappelle le Souverain dans plusieurs discours consacrés à l’Afrique. L’objectif est clair : substituer à la logique d’assistance une dynamique de co-investissement où les bénéfices sont partagés et les projets conçus dans une perspective de long terme.
Les initiatives lancées sous l’impulsion royale illustrent cette ambition. Le Gazoduc Afrique Atlantique, reliant le Nigeria au Maroc en longeant la façade ouest-africaine, dépasse largement sa dimension énergétique : il ambitionne de connecter plusieurs économies, de stimuler l’industrialisation et de renforcer la sécurité énergétique régionale. De même, l’Initiative Atlantique en faveur des États du Sahel traduit une vision géoéconomique nouvelle, offrant aux pays enclavés un accès aux infrastructures portuaires et aux corridors logistiques atlantiques.
Cette approche accompagne également la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont la réussite dépendra autant des accords commerciaux que de la capacité des États à développer des infrastructures, des financements et des chaînes de valeur in Mohammed VI et l’Afrique : 27 ans d’une ambition continentale intégrées. Sur ce terrain, le Maroc entend jouer un rôle de catalyseur, en mettant à profit son expérience industrielle, logistique et financière.
Au-delà des chiffres et des investissements, la politique africaine du Roi Mohammed VI traduit une évolution plus profonde : celle d’un Royaume qui inscrit son avenir dans celui du continent. En faisant de l’Afrique un espace de coopération, d’innovation et de prospérité partagée, le Maroc a progressivement construit une stratégie cohérente où la diplomatie accompagne l’économie, où l’investissement soutient l’intégration et où les intérêts nationaux convergent avec l’ambition d’un développement continental.
Vingt-sept ans après le début de ce choix stratégique, la politique africaine du Royaume apparaît moins comme une succession d’initiatives que comme une vision structurée, portée avec constance au plus haut niveau de l’État. Une vision qui a contribué à repositionner le Maroc comme un acteur majeur des transformations africaines et qui continue d’inspirer les grands projets appelés à façonner le continent de demain.





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