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Offensive économique marocaine en Afrique

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Nailé kaba, Ministre ivoirienne des Finances et Mohamed Benchaaboune, PDG de la Banque Centrale Populaire

Nailé kaba, Ministre ivoirienne des Finances et Mohamed Benchaaboune, PDG de la Banque Centrale Populaire

. La tournée africaine du Roi du Maroc, Mohammed VI, avait certes sans doute des objectifs politiques importants mais la composante économique de cette mission est peut-être plus essentielle

. Décryptage

 

 

 

La tournée que le roi du Maroc, Mohamed VI, a effectuée en Afrique de l’Ouest et Centrale du 18 février au 8 mars 2014, successivement au Mali, en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Gabon, a une allure, une ampleur et un contenu totalement nouveaux. Elle avait certes sans doute des objectifs politiques importants qui visent le renforcement en Afrique subsaharienne de l’influence globale du Maroc, seul rescapé à ce jour d’une Afrique du Nord affaiblie et pour l’instant repliée sur le règlement de ses problèmes internes. Le monarque a utilisé cette audience accrue pour régler plus facilement les problèmes économiques et politiques du pays. De même, qu’il a recherché un rôle plus déterminant dans le règlement de questions sensibles pour les deux parties, comme celui du Nord Mali. Mais la composante économique de cette mission est peut-être plus essentielle.

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La délégation marocaine n’a pas compté moins d’une vingtaine de chefs d’entreprises les plus emblématiques du pays (voir encadré). Ils étaient épaulés par de principaux ministres à responsabilité économique et de conseillers du Cabinet royal. Les trois grandes banques marocaines, le secteur des assurances, l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), la compagnie aérienne, l’opérateur historique des télécoms, les principales sociétés de construction et de promotion immobilière, l’industrie du ciment,… constituaient l’ossature de la représentation des secteurs économiques

Ce n’est pas un hasard. Royal Air Maroc avait agi en pionnier et, depuis plus d’une décade, emplit pour une part non négligeable ses avions à destination de l’Europe et des États-Unis grâce aux passagers africains qu’il vient chercher par ses nombreuses dessertes africaines. Les trois banques marocaines sont devenues sur les cinq dernières années les premiers acteurs des systèmes bancaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en prenant le contrôle de réseaux régionaux existants ou en rachetant in extenso les filiales d’une banque française, selon la stratégie choisie par les intervenants.

Les 23 membres de la délégation économique qui ont accompagné le Roi Mohamed VI

1-Miriem Bensalah, présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM)

2-Othman Benjelloun, président du GPBM

3-Hassan Bouhemou, président SNI

4-Anas Houir Alami, directeur général de la CDG

5-Mohamed Bensalah, PDG de Holmarcom

6-Said Alj, PDG de Sanam

7- Abdessalam Ahizoune, président de Maroc Telecom

8-Driss Benhima, PDG de la RAM

9-Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa bank

10-Mohamed Benchaaboun, PDG de la Banque populaire

11-Anas Sefriou, PDG d’Addoha

12-Mohamed Alami Lazraq, PDG d’Alliances

13- Ahmed Kabbaj (président de la SGTM)

14-Omar Tazi, président de Sothema

15-Larbi Bencheikh, DG de l’OFPPT

16-Mohamed Abdeljalil, directeur de Marsa Maroc

17-Omar El Yazghi, président du directoire de MEDZ

8-Abderrafie Zouiten, directeur de l’ONMT

9- Mostafa Terrab, PDG l’OCP

20-Ali Fassi Fihri, DG de l’ONEE

21-Amina Benkhadra, DG de l’ONHYM

22-Mustapha Bakkoury, président du directoire de MASEN

23- Said Ibrahimi, DG de CFC.

Une autre percée de moindre ampleur a eu lieu en Afrique centrale francophone, mais devrait s’intensifier à l’avenir. En rachetant l’un des plus importants groupes régionaux d’assurances, une compagnie marocaine, en l’occurrence le groupe Saham (voir interview avec Mehdi Tazi, directeur général de Saham Assurance) est devenue d’un coup incontournable en zone francophone. Maroc Télécom s’est implantée progressivement au Gabon, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Mali et est maintenant un acteur qui compte dans la région. Il faut dire que les opérateurs marocains du secteur des services sont aujourd’hui très présents sur le continent à l’instar de Gemadec (voir interview), un groupe spécialisé dans l’édition et l’intégration de solutions informatiques, qui en l’espace d’une année, a signé des contrats à coup de millions avec les postes du Congo, de la Côte d’Ivoire et du Gabon, pour la mise en place d’un système national de courrier hybride.

De manière plus diffuse, certains produits de l’agriculture marocaine se déversent de plus en plus fréquemment sur quelques pays du Sahel.

D’autres secteurs sont impatients de suivre cette voie de croissance externe. Les quelques grands de la construction, qui ont réussi avec brio dans le domaine du logement, et de l’habitat social en particulier, voient dans la forte croissance de la population et des villes africaines sur les trente prochaines années une chance unique de développement d’activités actuellement moins alléchantes au Maroc. De puissantes industries liées à ce secteur, comme les cimenteries, sont aux aguets de telles opportunités pour les mêmes raisons. L’OCP, géant parmi les géants au Maroc, se sent un appétit nouveau, mais gigantesque pour approvisionner toute l’Afrique subsaharienne en engrais.

Toutes ces entreprises ont été représentées dans la mission royale par leurs plus hauts dirigeants, de telle sorte que des décisions effectives de coopération puissent être ratifiées sans délai. Elles ont été rejointes à quelques endroits clés de ce voyage, comme Abidjan et Libreville, par un nombre beaucoup plus élevé de chefs d’entreprises marocains, ce qui a permis de tenir dans ces villes un grand forum économique. Fort de cet accompagnement solide, le roi Mohamed VI s’est efforcé avec succès d’être très concret.

Passant de quatre à cinq jours dans chaque pays, il a littéralement labouré tous les domaines qui pouvaient intéresser des capitaines d’industrie de son pays et s’est efforcé de repartir à chaque fois avec des résultats tangibles. La moisson a été riche : 18 accords de partenariat et de coopération signés au Mali, 26 conclus en Côte d’Ivoire. Les domaines concernés ont été nombreux et souvent analogues. Certaines conventions sont globales et prévoient des avantages réciproques : pour l’encouragement des investissements, l’appui aux exportations, la coopération touristique, les zones industrielles, la pêche et les activités portuaires dans certains pays côtiers.

D’aucuns couvrent des aspects sociaux ou culturels, allant d’accords-cadres pour l’enseignement supérieur et la recherche en Côte d’Ivoire à la formation des imams au Mali. Mais l’essentiel concerne des projets d’implantations d’entreprises ou d’octrois de financements. Ceux-ci sont d’ailleurs souvent conclus directement entre les États subsahariens intéressés et les sociétés marocaines leaders des secteurs visés, sous le patronage très rapproché du souverain. Les actions surtout mises en valeur de part et d’autre ont été celles des banques et des sociétés de promotion immobilière.

Ces dernières ont annoncé la construction dans chacun des quatre pays visités de milliers de logements sociaux, économiques et de standing (jusqu’à 10 000 en Côte d’Ivoire), mais aussi de plusieurs complexes hôteliers. C’est le cas du groupe Palmeraie Développement. Jusque-là tourné sur son marché naturel, le Maroc. Ce groupe est plus que jamais décidé à s’internationaliser en Afrique. Il a prévu de réaliser 10 000 logements sociaux et économiques en Côte d’Ivoire. Pionnier dans le domaine du tourisme en développant le premier resort à Marrakech, il entend également jouer cette carte à fond en commençant par réaliser un complexe hôtelier à Abidjan avec la composante hébergement, restauration et animation, à l’instar de ce que développe le groupe au Maroc. 

Au-delà de l’immobilier, les présidents de chacune des trois banques présentes, pour leur part, se sont relayés pour signer un florilège de conventions de financement de grande envergure, dont une bonne part était, directement ou non, au bénéfice des États visités.

Stratégiquement comme tactiquement, ce voyage est donc une réussite éclatante pour le Maroc et pour son souverain. Ceux-ci ont tous deux occupé totalement l’espace médiatique des quatre pays visités durant ces vingt jours. En choisissant à chaque fois ce séjour prolongé, le monarque a en effet délibérément adopté une approche différente des visites éclairs que les présidents des premières nations du monde, France comprise, effectuent toujours en Afrique. Pour les Africains, pour lesquels le temps n’est pas une denrée rare, ce choix est très apprécié et le message est clair : à la différence de beaucoup, le Maroc ne voit pas l’Afrique comme une destination parmi d’autres, mais comme une vraie priorité.

De plus, l’organisation, méticuleusement préparée selon les souhaits marocains, a été spécialement efficace. Le nombre élevé des conventions signées, le large spectre et le caractère stratégique des activités choisies pour ces accords, l’importance des engagements financiers pris par les principales compagnies du royaume ont donné une impression de puissance des acteurs marocains et de confiance de leur part en l’Afrique. Ces deux aspects s’accordent parfaitement aux souhaits des autorités des pays hôtes, avides d’investissements étrangers, pour alimenter leur croissance économique, et de considération internationale, pour rehausser leur crédibilité auprès de leur propre opinion publique.

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