Le président congolais Félix Tshisekedi a nommé lundi Jean-Michel Sama Lukonde au poste de Premier ministre, pour conforter sa nouvelle majorité d' »Union sacrée » après avoir mis fin à la coalition qu’il formait au sommet de l’Etat avec son prédécesseur Joseph Kabila.
M. Sama Lukonde Kyenge, 43 ans, était jusqu’à présent directeur général de la société publique minière Gécamines (Général des carrières et des mines), fleuron industriel du pays, poste auquel il avait été nommé par M. Tshisekedi en juin 2019.
Originaire de la région minière du Katanga (Sud-Est), ancien ministre des Sports de Joseph Kabila, M. Sama Lukonde est un militant de Avenir du Congo (Aco), un petit parti politique qui a migré du camp de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga et richissime homme d’affaires Moïse Katumbi vers celui de Tshisekedi depuis 2018.
M. Katumbi qui s’est à son tour rapproché ces derniers mois de M. Tshisekedi a salué la nomination du nouveau Premier ministre: « Je lui souhaite plein succès dans ses lourdes charges, parmi lesquelles paix & sécurité pour tous les Congolais demeurent le défi majeur de l’action gouvernementale ».
Plus grand pays d’Afrique subsaharienne, à l’histoire politique agitée, la RDC a connu sa première transition pacifique au sommet de l’État le 24 janvier 2019, lorsque l’ex-président Kabila a transmis le pouvoir à l’ancien opposant Félix Tshisekedi, proclamé vainqueur de la présidentielle controversée de décembre 2018.
M. Tshisekedi a alors dirigé le pays en coalition avec les forces composant le Front commun pour le Congo (FCC) de M. Kabila, majoritaires au Parlement à l’issue de législatives organisées le même jour que la présidentielle.
La crise qui couvait au sein de cette coalition a éclaté au grand jour après la nomination controversée, en juillet dernier, de trois juges à la Cour constitutionnelle par le chef de l’Etat, suivie de leur prestation de serment en octobre.
– « Renouvellement de la classe dirigeante » –
Plus haute juridiction du pays, la Cour constitutionnelle valide les candidatures à la présidentielle et entérine en dernier ressort les résultats des élections présidentielle et législatives. Ses juges sont habilités à juger le président de la République ainsi que le Premier ministre.
En novembre, le chef de l’Etat s’est efforcé de rallier une nouvelle majorité parlementaire – dite d' »Union sacrée » – en sa faveur, sur fond de menace de dissolution de l’Assemblée nationale, afin de mettre en œuvre sa politique de réformes soutenue par les Etats-Unis et l’Union européenne (UE).
Au terme des « consultations » politiques qu’il a initiées, M. Tshisekedi a déclaré le 6 décembre la fin de la coalition qu’il formait avec le camp de son prédécesseur Kabila.
Tous les proches de l’ancien président Kabila ont alors été écartés successivement de la tête des institutions politiques du pays, tandis que une bonne partie de la classe politique a quitté M. Kabila pour faire allégeance à M. Tshisekedi.
Ainsi, après la destitution par l’Assemblée nationale de sa présidente pro-Kabila Jeanine Mabunda, le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba et le président du Sénat Alexis Thambwe ont été contraints à la démission par le camp du président Tshisekedi.
Avec la nomination du nouveau Premier ministre M. Sama Lukonde, issu de son « Union sacrée », M. Tshisekedi, 57 ans, fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, a les mains libres pour appliquer son programme: lutter contre la corruption et la misère qui touche les 2/3 de la population et ramener la paix dans l’Est du pays, ensanglanté par les violences des groupes armés.
« A travers cette nomination, il faut saluer la symbolique du renouvellement de la classe dirigeante », a réagi auprès de l’AFP Floribert Anzuluni, Coordonnateur du mouvement citoyen Filimbi.
Afrimag, avec AFP


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