Le Conseil fédéral suisse a interdit dès ce jeudi 10 septembre 2026 l’achat et l’importation d’or d’origine soudanaise, s’alignant ainsi sur les sanctions de l’Union européenne (UE) en vigueur depuis le 15 juillet. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) a confirmé à l’ONG suisse SWISSAID que les importations transitant par des pays tiers sont également visées. Reste la question de fond : sans transparence sur l’origine réelle du métal importé via Dubaï, la mesure risque de rester lettre morte.
Un conflit largement financé par l’or
La guerre civile au Soudan a déjà fait 150 000 morts et contraint 13 millions de personnes à fuir leur foyer. Les deux camps financent dans une large mesure leurs opérations armées grâce au commerce de l’or.
Les chiffres traduisent l’ampleur de la fuite clandestine. La production annuelle soudanaise est estimée entre 80 et 90 tonnes, pour une valeur comprise entre 9,2 et 10,3 milliards de francs suisses (environ 12,69 milliards de dollars US). Selon une déclaration officielle des Forces armées soudanaises (SAF), 70 tonnes ont été produites en 2025. La même année, seules 14,7 tonnes ont été déclarées à l’exportation. L’essentiel du métal sort en contrebande : celui des Forces de soutien rapide (RSF) transite par le Tchad, la Libye, la République centrafricaine, le Soudan du Sud et l’Ouganda, celui des SAF par l’Égypte, avant d’être réexporté vers les Émirats arabes unis (EAU).
Dubaï, plaque tournante, la Suisse, destination privilégiée
En 2025, la Suisse a importé 420 tonnes d’or en provenance des Émirats, pour une valeur de 38,9 milliards de francs, soit près de trois fois plus qu’en 2024. Selon les autorités émiraties, 38 % de l’or exporté depuis les EAU en 2025 était destiné à la Suisse. Et sur les sept premiers mois de 2026, 233 tonnes supplémentaires, d’une valeur de 27,8 milliards de francs, ont rejoint les coffres suisses depuis Dubaï. Les Émirats sont ainsi la principale plaque tournante de l’or soudanais, quand la Suisse figurait en 2025 parmi ses principales destinations.
Le dossier ne manque pas de signaux d’alerte. La liste des fournisseurs issus de pays à haut risque pour 2025, que la raffinerie suisse Valcambi a dû publier au titre des nouvelles exigences de la London Bullion Market Association (LBMA), fait apparaître une société de négoce basée aux Émirats. Or, dans son analyse des flux d’or soudanais publiée en 2025, SWISSAID a établi que cette même société avait récemment importé de l’or en provenance du Soudan.
« Première plaque tournante mondiale de l’or, la Suisse a une grande responsabilité et doit lutter par tous les moyens contre le commerce de l’or lié aux conflits », a déclaré Marc Ummel, responsable du dossier Matières premières chez SWISSAID.
Des contrôles et une obligation de transparence réclamés
À ce jour, les bases légales et les mécanismes de contrôle restent insuffisants pour stopper ce commerce. SWISSAID réclame notamment l’inscription dans la loi de l’obligation, pour toutes les raffineries, de divulguer le nom de leurs fournisseurs. L’occasion se présente cette année, avec l’élaboration de l’ordonnance relative à la loi révisée sur le contrôle des métaux précieux, adoptée par le Parlement suisse en juin 2025.
L’ONG demande aussi que le SECO procède aux contrôles requis auprès de Valcambi, la principale raffinerie suisse important de l’or des Émirats, afin de déterminer l’origine réelle de ces flux et d’en exclure tout métal soudanais. Elle réclame enfin le blocage douanier de toute importation dont l’origine n’est pas clairement déclarée, et la publication de cette origine pour l’or relevant du code tarifaire 7108.12 en provenance de pays à haut risque.
Le débat est déjà entré au Parlement. En décembre dernier, la question a été soulevée par une motion de Fabian Molina, conseiller national socialiste et président de SWISSAID, et un postulat de son collègue Jean Tschopp. La sanction adoptée ce 10 septembre ne suffira donc pas : ce sont les contrôles qui diront si l’or de la guerre soudanaise continue, ou non, de finir fondu dans des lingots suisses.
Avec SWISSAID





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