Le Mali et l’Algérie sont au bord de la rupture. Les tensions diplomatiques entre les deux pays se sont accentuées ces derniers jours, Bamako accusant Alger «d’atteinte à sa souveraineté et d’ingérence dans ses affaires intérieures» après que le chef de l’Etat algérien a reçu les représentants de la rébellion touareg et le sulfureux imam Dicko «dans le cadre du dialogue et du processus de paix.» Au même moment, les relations entre Bamako et Rabat connaissent une embellie sans précédent.
Les liens amicaux séculaires entre le Mali et l’Algérie seraient-ils sur la voie de la rupture ? C’est ce que laissent croire les récents événements ayant marqué les rapports entre les deux pays limitrophes.
La semaine écoulée, la tension est montée crescendo entre Bamako et Alger, atteignant un point culminant avec le rappel de leurs ambassadeurs respectifs pour consultation. C’est l’étape juste en dessous avant la rupture des relations diplomatiques. Mais pour l’instant, on n’est pas encore là.
Le 21 décembre dernier, la diplomatie malienne a annoncé avoir convoqué la veille, l’ambassadeur d’Algérie à Bamako pour élever une vive protestation contre une «ingérence dans les affaires intérieures du Mali», «sous couvert du processus de paix au Mali.»
Ledit processus, dans lequel Alger jouait le rôle de facilitateur, avait conduit en 2014 et 2015, à la signature des accords pour la paix et la réconciliation qui ont permis au Nord du pays de retrouver une certaine accalmie jusqu’en novembre dernier lorsque l’armée malienne avait délogé les rebelles touaregs de leur bastion de Kidal enterrant définitivement les accords avec les groupes armés. Selon les autorités maliennes de la transition, des rencontres «récurrentes, aux plus hauts niveaux en Algérie», et à leur insu, se seraient tenues «avec des personnes connues pour leur hostilité envers le gouvernement malien», y compris «certains mouvements signataires de l’accord issu du processus d’Alger.» Une situation qui risque «de nuire aux bonnes relations entre les deux pays», a fermement averti Bamako.
Au lendemain du coup de la sortie musclée de Bamako, Alger a, à son tour, convoqué l’ambassadeur du Mali à Alger «au sujet des évolutions récentes de la situation», et rappelé «toutes les parties maliennes à renouveler leur engagement en faveur de la mise en œuvre de l’Accord.»
Dans sa réaction, l’Algérie ne rejette pas en bloc les accusations de Bamako, mais se défend du fait que les récentes rencontres dont parle Bamako «sont pleinement conformes à la lettre et à l’esprit de cette déclaration.» Ahmed Attaf, le chef de la diplomatie algérienne, a exprimé «l’espoir que le gouvernement malien se joindra aux efforts actuels de l’Algérie.» Il peut continuer de rêver tant les militaires au pouvoir à Bamako ont fait le job : «une grande victoire contre les terroristes ; ndlr : un qualificatif étendu désormais aux rebelles touaregs.»
Cette crise entre le Mali et l’Algérie intervient alors que Bamako est en train d’approfondir son partenariat avec Rabat. Le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop vient d’effectuer une participation en grande pompe à la rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays du Sahel et du Maroc au sujet de la proposition marocaine d’ouvrir sa façade maritime de l’Atlantique pour désenclaver les pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). A Alger, on affiche la gueule de bois.





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