Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en survolant, le mercredi 5 avril 2023, Kidal, la ville rebelle au nord du Mali, l’armée de l’air malienne, même si elle n’a pas fait descendre du feu, a quand même provoqué un tourbillon de tensions entre Bamako et les ex-rebelles réunis au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).
Et il n’en fallait pas plus pour que les ex-rebelles indépendantistes haussent le ton en dénonçant ce qu’il se passe, à leurs yeux, pour une «violation patente du cessez-le-feu du 24 mai 2014 et une provocation grave». Va-t-on alors vers la reprise des hostilités ? La question mérite d’autant plus d’être posée, que le survol de cette ville hors du contrôle de Bamako, a fait l’objet de tirs de sommation de la partie adverse, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). C’est dire si la tension est véritablement à son comble. Et il faut craindre l’escalade. Car, il suffit parfois d’une petite étincelle pour produire un grand brasier. Et dans le cas d’espèce, il y a d’autant plus des raisons de nourrir des craintes que cette «expédition» de l’aviation malienne est intervenue à la veille d’une date symbole, celle de la célébration du 11e anniversaire de la proclamation unilatérale d’indépendance de l’Azawad par les insurgés, que Bamako n’a jamais digérée. Était-ce une mesure d’intimidation visant à empêcher la participation des populations aux manifestations prévues à cet effet ? Bien malin qui saurait répondre. Toujours est-il que c’est un acte qui est loin d’être anodin dans un environnement où la CMA a maintes fois manifesté ses inquiétudes quant à l’avenir d’un accord qui semblait à l’abandon tant le processus de paix enclenché depuis 2015 avec la signature des accords d’Alger dont elle a suspendu sa participation en décembre dernier, a pris du plomb dans l’aile au point d’être aujourd’hui au point mort.
La question du maintien de Kidal dans la République reste une sorte de défi permanent
Ce, dans un contexte où la méfiance semble la chose la mieux partagée entre les protagonistes dont on peut douter de la sincérité dans la mise en œuvre d’un accord qui continue de connaître des difficultés dans son opérationnalisation. Chaque partie rejetant sur l’autre, la responsabilité des blocages dans l’application dudit accord qui n’est pas loin d’être aujourd’hui, un marché de dupes. Comment, dans ces conditions, s’étonner que le processus de paix peine à connaître des avancées notables quand tout porte à croire qu’au-delà de ces accords, chaque partie nourrit le secret espoir de pouvoir tirer in fine la couverture à elle-même. Dans le cas d’espèce, tout porte à croire que la reconnaissance, tôt ou tard, de son indépendance reste un objectif pour la CMA, au moment où Bamako semble dans une logique d’en finir, un jour, militairement avec une rébellion qui est en passe d’entamer sa souveraineté. Même si pour l’heure, il est quelque peu prématuré voire présomptueux de dire si ces «exercices» de l’aviation malienne, entrent dans ce cadre, le constat est qu’en sept ans, la situation a évolué sur le terrain. Avec le retrait de la force française Barkhane dans les conditions que l’on sait, et surtout la montée en puissance de l’armée malienne qui a renforcé ses capacités opérationnelles par l’acquisition de nouveaux équipements de guerre. Une armée qui s’est aussi engagée dans une vaste opération de reconquête du territoire national. Bamako estimerait-elle alors le rapport de forces suffisamment en sa faveur au point de se sentir aujourd’hui en mesure de faire rentrer Kidal, de gré ou de force, dans la République ? La question peut effleurer les esprits. D’autant qu’avec le départ des forces françaises, qui étaient accusées, à tort ou à raison, par une certaine opinion de servir de bouclier à la ville rebelle du nord, la situation semble se présenter aujourd’hui militairement autrement. Et la tentation peut être d’autant plus grande pour Bamako de bander opportunément les muscles que pour les autorités successives maliennes qui ont toujours eu du mal à cacher leur exaspération face à l’insoumission des insurgés de la CMA, la question du maintien de Kidal dans la République reste une sorte de défi permanent. Mais attention à ne pas trop présumer de ses forces.
Faut-il sauver les accords d’Alger ?
Autant dire que les ingrédients d’une reprise des hostilités sont en train d’être réunis si rien n’est fait pour sauver les accords d’Alger. Des accords qui apparaissent pourtant comme un facteur capital dans la stabilisation du Mali. D’autant que le défi sécuritaire en lien avec le terrorisme reste entier pour Bamako qui n’a pas besoin de multiplier les fronts. Et rien ne dit qu’une éventuelle solution militaire serait de nature à étouffer pour de bon, les velléités indépendantistes des insurgés. C’est pourquoi, en dépit de leurs divergences, les Maliens gagneraient à privilégier le dialogue et la concertation en vue de parvenir à une solution durable de cohabitation pacifique. Un modus vivendi qui doit nécessairement reposer sur des bases solides. C’est dire si de part et d’autre, il faut savoir raison garder. Et travailler à s’accorder, s’il y a lieu, sur la relecture des accords d’Alger qui semblent comporter encore bien des goulots d’étranglement, à en juger par la lenteur dans leur mise en œuvre. Il y va de l’intérêt de tous, et de la paix du Mali.





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