Pendant des décennies, une idée s’est imposée comme une évidence universelle, répétée de la Silicon Valley à l’Europe, de l’Asie aux marchés émergents : chaque révolution technologique favoriserait mécaniquement les plus jeunes.

Ils seraient “nés avec.”
Internet.
Les réseaux sociaux.
Le numérique.
Le code.
Dans les discours ambiants des grandes entreprises, des cabinets de conseil et parfois même des politiques publiques, la jeunesse était présentée comme naturellement plus rapide, plus agile, plus adaptable. À l’inverse, les plus de 50 ou 60 ans étaient progressivement relégués dans une catégorie implicite mais redoutable : celle de l’obsolescence.
Trop lents.
Trop chers.
Trop éloignés du numérique.
«N’apprenez pas les humanités. Apprenez à coder.»
Dans de nombreuses directions des ressources humaines, le message est devenu presque mécanique, rarement assumé mais largement pratiqué :
«Non, non… on veut un jeune.»
La conclusion, souvent brutale mais silencieuse, s’est traduite partout de la même manière :
- préretraites déguisées ;
- mises à l’écart progressives ;
- valorisation exclusive de la jeunesse et de la “tech.”
Ce modèle a dominé les trente dernières années, en Europe comme ailleurs. Il semblait rationnel. Il était surtout confortable.
Et pourtant…
L’intelligence artificielle est en train de produire l’exact inverse de ce que l’on attendait.
Les compétences que l’IA automatise aujourd’hui le plus rapidement sont précisément celles que l’on a demandé aux jeunes d’acquérir en priorité depuis vingt ans :
le codage ;
l’exécution rapide ;
la production standardisée ;
l’optimisation de tâches bien définies.
On leur a répété, sur tous les continents :
«N’apprenez pas les humanités. Apprenez à coder.»
Sauf qu’aujourd’hui, l’IA code.
Très bien.
Sans fatigue.
Sans ego.
Sans hiérarchie.
Sans juniorisation.
En revanche, ce qu’elle ne sait pas faire – et ne saura pas faire de sitôt – reste fondamental dans les organisations, qu’elles soient africaines, européennes ou mondiales :
- manager des équipes dans la durée ;
- gérer les tensions humaines ;
- vendre dans des contextes instables et incertains ;
- arbitrer entre des objectifs contradictoires ;
- décider quand l’information est incomplète ;
- comprendre ce qui n’est pas dit.
Autrement dit : l’expérience vécue.
Retour discret mais réel du recrutement de profils expérimentés
La personne de 50, 55 ou 60 ans et plus qui a traversé plusieurs cycles économiques, connu des succès comme des échecs, résolu des situations complexes, appris à décider sous contrainte et à assumer ses choix, devient aujourd’hui plus précieuse qu’elle ne l’a jamais été.
Les premiers signaux faibles apparaissent déjà dans les grandes économies :
- ralentissement des embauches de jeunes diplômés ;
- prolongation des carrières des seniors ;
- retour discret mais réel du recrutement de profils expérimentés dans certains secteurs stratégiques.
Pour la première fois dans l’histoire des technologies modernes, la courbe des bénéfices ne favorise plus mécaniquement la jeunesse.
La technologie ne remplace pas l’expérience.
Elle lui donne enfin un avantage compétitif.
C’est un basculement silencieux, mais profond, qui concerne aussi pleinement les économies africaines, souvent confrontées à la question de la transmission, du leadership et de la continuité managériale.
Et pour les seniors qui “ont roulé leur bosse,” qui cumulent des milliers d’heures de vol, ce moment n’a rien d’une revanche.
C’est une reconnaissance tardive… mais stratégique.
Dans l’ère de l’intelligence artificielle, l’avenir n’appartient pas seulement à ceux qui vont vite.
Il appartient à ceux qui savent où ils vont.
Bio-express
Abdou Dassouli, Expert IT & Assurance ; visionnaire et stratège
Avec 40 ans d’expérience en IT et Assurance, Abdou Dassouli est un spécialiste du développement d’entreprises, de la transformation digitale et du management stratégique.
Diplômé de la MIAGE – Université Paul Sabatier de Toulouse, il commence sa carrière en 1986 à la Scet Maroc, avant de rejoindre Soltim en France, puis la Compagnie Africaine d’Assurance (ONA) en 1993, où il refond les systèmes d’information et contribue à la certification ISO 9001.




![Tribune | L’intelligence artificielle renverse le mythe de l’âge [ Par Abdou Dassouli] Dans les discours des grandes entreprises, des cabinets de conseil et parfois même des politiques publiques, la jeunesse était présentée comme naturellement plus rapide, plus agile, plus adaptable. À l’inverse, les plus de 50 ou 60 ans étaient progressivement relégués dans une catégorie implicite mais redoutable : celle de l’obsolescence. Trop lents. Trop chers. Trop éloignés du numérique.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2025/12/IA.jpg.webp)






