Entre flambée des prix des engrais, tensions géopolitiques et fragilité des chaînes d’approvisionnement, la souveraineté alimentaire africaine redevient une urgence stratégique. Réunis à Nairobi lors du sommet Africa Forward, la France et plusieurs partenaires africains ont lancé FARM+ (Financing Agrochemical Reduction and Management Plus), une nouvelle offensive financière portée par Proparco pour accélérer le financement de l’agriculture et renforcer l’autonomie alimentaire du continent.
À l’occasion de l’Africa Forward Summit, coorganisé par la France et le Kenya les 11 et 12 mai à Nairobi, Proparco a officiellement lancé FARM+, une initiative destinée à renforcer la résilience agricole africaine face aux secousses géopolitiques mondiales.
Après les conséquences de la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient viennent désormais fragiliser davantage les systèmes alimentaires africains. La hausse des coûts de l’énergie et des engrais menace directement les prochaines campagnes agricoles sur un continent encore fortement dépendant des importations stratégiques.
Dans ce contexte, FARM+ ambitionne de changer d’échelle en mobilisant massivement des financements au profit des chaînes de valeur agricoles africaines.
De FARM à FARM+ : changer d’échelle pour nourrir le continent
Lancée en 2022 à l’initiative du président Emmanuel Macron, la mission FARM (Food & Agriculture Resilience Mission) visait déjà à soutenir la sécurité alimentaire africaine.
Son volet privé, piloté par Proparco, a permis de mobiliser près de 200 millions d’euros de financements par an. Mais face à l’ampleur des besoins, Paris entend désormais accélérer.
Car malgré son poids stratégique — près de 20 % du PIB africain et près d’un emploi sur deux — le secteur agricole reste confronté à un déficit chronique de financement.
Avec FARM+, l’objectif est clair : attirer davantage de capitaux privés pour financer les PME agricoles, les agro-industries et les institutions financières engagées dans le soutien à l’agriculture familiale.
Ecobank et 16 banques africaines mobilisées
L’un des piliers de cette nouvelle stratégie repose sur les banques africaines. À Nairobi, Proparco a ainsi annoncé un partenariat renforcé avec Ecobank, présent dans plus de 30 pays africains.
L’ambition est de cofinancer les entreprises agro-industrielles, soutenir les campagnes agricoles et développer des mécanismes innovants de partage de risque.
Dans la foulée, Proparco a également lancé l’«Africa AgriTrade Coalition», une alliance regroupant plus de 16 banques africaines représentant un bilan consolidé de près de 400 milliards d’euros.
Cette coalition vise à fluidifier et sécuriser le financement du commerce agricole africain grâce à des mécanismes de garanties et de cofinancement capables de soutenir des transactions de plus grande ampleur.
Un déficit de 50 milliards de dollars à combler
Le défi est immense. Selon Proparco, le déficit de financement du commerce agricole en Afrique dépasse actuellement les 50 milliards de dollars.
Or, dans un contexte de tensions logistiques et géopolitiques croissantes, le trade finance devient un outil crucial pour sécuriser les échanges alimentaires et garantir la continuité des approvisionnements.
Les mécanismes de financement du commerce permettent notamment de sécuriser les paiements, réduire les risques et soutenir les flux agricoles stratégiques à travers le continent.
Les engrais au cœur de la bataille alimentaire
Autre enjeu majeur : les engrais. La crise au Moyen-Orient affecte directement la production mondiale d’engrais azotés, fortement dépendante du gaz naturel.
Résultat : les prix ont bondi de près de 50 %, fragilisant particulièrement les agricultures africaines largement dépendantes des importations.
Face à cette situation, Proparco veut intensifier ses financements dans le secteur des fertilisants avec une double approche : soutenir à court terme l’émergence d’une production locale africaine et accélérer, à plus long terme, les alternatives durables.
Parmi les projets ciblés figure notamment l’accompagnement de IEFCL au Nigeria, tandis que les investissements dans les engrais biologiques, l’agroécologie, l’agriculture régénératrice et les semences améliorées doivent progressivement prendre de l’ampleur.
«Préparer l’avenir» de la souveraineté alimentaire africaine
Pour Françoise Lombard, directrice générale de Proparco, FARM+ marque une nouvelle étape stratégique.
«Avec FARM+, nous franchissons une nouvelle étape pour répondre à l’urgence alimentaire tout en préparant l’avenir», a-t-elle déclaré, soulignant la volonté de renforcer durablement les chaînes de valeur agricoles africaines grâce à des partenariats financiers de grande ampleur.
L’Afrique au cœur de la stratégie de Proparco
Présente sur le continent depuis près de cinquante ans, Proparco fait désormais de l’Afrique un axe central de sa stratégie de développement.
Entre 2022 et 2025, l’institution a engagé plus de 4,6 milliards d’euros en Afrique, soit plus de 1,1 milliard d’euros par an.
Au-delà de l’agriculture, Proparco finance également des infrastructures durables, l’industrie, les PME locales et les projets innovants via ses initiatives Choose Africa, Propulse et Digital Africa.
Avec FARM+, la France tente désormais de transformer l’urgence alimentaire africaine en levier stratégique de souveraineté économique et de résilience régionale.










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