Partout en Afrique, la vie économique est animée par des millions de petites entreprises, des marchés de ma ville natale, Dakar, aux pôles technologiques de Nairobi. Ces micro-entrepreneur(e)s assurent la subsistance et le bon fonctionnement des communautés, mais malgré leur dynamisme, les conditions nécessaires à leur épanouissement font trop souvent défaut

L’Afrique entre dans une décennie décisive. Elle possède la population la plus jeune du monde et, d’ici 2035, chaque année, davantage de jeunes Africain(e)s entreront sur le marché du travail que dans le reste du monde réuni. Souvent présentée comme un défi, cette réalité démographique est en réalité le plus grand atout économique de l’Afrique. Pourtant, alors que plus de 70 % des jeunes envisagent de créer leur entreprise dans les cinq ans, ces ambitions se heurtent souvent à un environnement commercial fragile et imprévisible.
Je parle non seulement en tant qu’entrepreneur, mais aussi en tant que personne ayant été confrontée à ces obstacles. Après avoir grandi à Dakar et étudié à l’étranger grâce à une bourse du gouvernement, je suis rentré chez moi pour créer des entreprises, d’abord au Sénégal, puis dans toute l’Afrique. Ce parcours m’a permis de comprendre une chose : dans de nombreux pays africains, le succès est obtenu malgré l’environnement, et non grâce à lui. Imaginez ce qui serait possible si les gouvernements amélioraient les conditions ?
L’accès au financement est souvent cité comme le principal obstacle à la création d’une entreprise, mais ce n’est pas un problème que les gouvernements peuvent résoudre du jour au lendemain. Ce qu’ils peuvent contrôler, ce sont les conditions institutionnelles et réglementaires dans lesquelles les entreprises opèrent.
Trop souvent en Afrique, l’État de droit est faible, les réglementations sont appliquées de manière inégale et les contrats sont difficiles à faire respecter. En conséquence, les entrepreneur(e)s sont confronté(e)s à des risques imprévus, à des litiges juridiques et à une complexité coûteuse.
Ensemble, ces défaillances érodent la confiance, augmentent les coûts, dissuadent les investissements et expliquent pourquoi près de trois jeunes Africain(e)s sur cinq envisagent d’émigrer à la recherche d’opportunités, emportant avec eux leurs ambitions et leurs compétences.
Il est impossible d’aborder ce sujet sans mentionner la corruption. Outre les contraintes financières, celle-ci reste largement citée comme un obstacle majeur à l’entrepreneuriat à travers l’Afrique. Des règles fiscales floues, une bureaucratie excessive et des processus réglementaires opaques entraînent souvent des paiements non officiels forcés à plusieurs étapes du processus de création d’entreprise. Dans le même temps, la concurrence est faussée lorsque les contrats sont attribués sur la base de relations plutôt que du mérite, excluant les petites entreprises tout en favorisant celles qui sont prêtes à s’engager dans un système corrompu. Il n’est donc pas étonnant que les jeunes Africains ambitieux se sentent découragés de créer leur propre entreprise.
Lorsque je conseille les gouvernements africains, je reviens systématiquement sur ces points. L’entrepreneuriat prospère dans un système équitable, prévisible et fiable. Les entreprises ont besoin d’être assurées que les règles sont appliquées de manière cohérente, que la bureaucratie n’est pas abusée et que les litiges sont résolus de manière impartiale. Lorsque cette confiance existe, les investissements et les capitaux de la diaspora suivent. Lorsqu’elle fait défaut, les économies s’affaiblissent et des emplois sont perdus.
L’Afrique ne manque ni d’idées ni de détermination. Alors que la prochaine génération prend le relais, les gouvernements doivent leur proposer un contrat social renouvelé. Ils doivent mettre en place des institutions dignes de confiance, réduire le coût des affaires et doter les entrepreneurs des outils nécessaires à leur croissance. S’ils y parviennent, les jeunes Africain(e)s seront les moteurs de la transformation du continent.




![Tribune | Transformation du Continent : ce que l’Afrique doit faire pour libérer sa génération d’entrepreneur(e)s [par Mouhamad Rassoul Dieng] L'Afrique entre dans une décennie décisive. Elle possède la population la plus jeune du monde et, d'ici 2035, chaque année, davantage de jeunes Africain(e)s entreront sur le marché du travail que dans le reste du monde réuni. Souvent présentée comme un défi, cette réalité démographique est en réalité le plus grand atout économique de l'Afrique.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/03/Lavenir-1930x1067.jpg.webp)
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