Après deux années de reflux, les levées de fonds des start-up africaines sont reparties à la hausse en 2025. Avec 82 % des financements captés, le « Big Four » (Afrique du Sud, Égypte, Kenya et Nigeria) reste hégémonique. Mais d’autres écosystèmes tech attractifs émergent : Sénégal, Bénin, Ghana, Maroc, Côte d’Ivoire… Portés notamment par la création d’un fonds panafricain de 60 milliards de dollars dédié à l’IA, la tendance pourrait se poursuivre en 2026, selon l’homme d’affaires Sidi Mohamed Kagnassi.
3,2 milliards de dollars. Après un net recul en 2023 et 2024, les levées de fonds dans les start-up africaines ont rebondi de 40 % en 2025, selon le bilan annuel de The Big Deal. Sans retrouver les sommets de 2021 et 2022 (4,4 et 4,6 milliards de dollars), 2025 figure sur le podium des meilleures années enregistrées. « L’Afrique est sortie de deux années de funding squeeze (« gel des investissements », NDLR). Aucune autre région du monde n’a connu une telle croissance en 2025, preuve d’une attractivité retrouvée », observe Sidi Mohamed Kagnassi, spécialiste du secteur.
Ainsi, même si l’Afrique n’a pas été épargnée par les soubresauts des investissements mondiaux dans la tech, elle conserve une dynamique de long terme positive. Ailleurs dans le monde, le recul des levées de fonds a débuté dès 2022, alors que le continent restait en croissance. À l’échelle mondiale, le rebond de 2025 reste également plus modéré (+25 %). Certes, l’Afrique demeure un marché secondaire, qui ne capte que 0,7 % de l’investissement mondial, mais cette part progresse régulièrement.
Par ailleurs, les « Big Four » – Égypte, Kenya, Nigeria et Afrique du Sud – dominent toujours les investissements. Les quatre écosystèmes tech les plus structurés du continent concentrent 82 % des montants levés, une proportion stable depuis les premières analyses de The Big Deal en 2019. « Le Kenya confirme son statut de leader africain en 2025, frôlant le milliard de dollars levés. Une performance notable pour une économie classée seulement au septième rang africain en PIB nominal », souligne Sidi Mohamed Kagnassi. Si le Nigeria paie une conjoncture morose, avec un reflux des investissements de 17 %, les trois autres membres du Big Four affichent une croissance légèrement supérieure à 50 %.
Des écosystèmes émergents, notamment en Afrique de l’Ouest
Derrière ces géants, le Sénégal et le Bénin franchissent chacun les 100 millions de dollars levés en 2025. Cinq autres pays ont levé entre une trentaine et une soixantaine de millions : Maroc, Ghana, Tunisie, Togo et Côte d’Ivoire. « Les Big Four dominent toujours, mais d’autres pays émergent, avec des levées de fonds plus modestes, mais nombreuses, notamment en Afrique de l’Ouest. Preuve que le potentiel d’innovation existe, et qu’il ne demande qu’à s’épanouir. Le principal défi est désormais le passage à l’échelle des projets les plus prometteurs », analyse Sidi Mohamed Kagnassi.
L’hégémonie des Big Four est en effet surtout marquée sur les levées les plus élevées. Les start-up de ces quatre grands marchés concentrent 81 % des tours de table supérieurs à 10 millions de dollars. Cette part tombe à 69 % entre 1 et 10 millions, puis à 56 % entre 100 000 et 1 million.
Mieux répartir les investissements
Selon l’économiste Claire Zanuso, de l’Agence française de développement (AFD), plusieurs pays hors du Big Four «disposent de fondamentaux favorables à l’IA » et « de viviers de start-up dynamiques.» Elle plaide pour une meilleure répartition des investissements entre les pays africains, afin de renforcer ces écosystèmes locaux.
En effet, explique-t-elle, « au-delà de la stimulation des économies, les innovations technologiques de ces start-up représentent un important levier de développement car elles proposent des solutions adaptées au contexte local : solutions financières spécifiques, amélioration de la productivité agricole, renforcement des systèmes de santé et d’éducation, réponse aux enjeux climatiques prioritaires.»
Contexte porteur et équilibre à trouver
Les perspectives pour 2026 semblent favorables. « Le contexte est porteur, soutenu par l’explosion de l’IA, qui attire les investissements en Afrique. Le rebond de 2025 doit se confirmer en 2026 », espère Sidi Mohamed Kagnassi. En avril 2025, à l’issue du Global AI Summit de Kigali, 52 États africains ont annoncé la création d’un fonds panafricain pour l’IA doté de 60 milliards de dollars, combinant des capitaux publics, privés et philanthropiques.
Ce fonds s’inscrit dans un mouvement plus large de soutien au financement de la tech africaine. La Banque africaine de développement, la Banque ouest-africaine de développement et l’Union africaine disposent de programmes dédiés. Lancée en 2023, l’initiative « Choose Africa 2 », portée par l’AFD et Bpifrance, se poursuit jusqu’en 2027. Des fonds souverains nationaux, comme le Fonds Mohammed VI au Maroc ou le Pula Fund au Botswana, disposent désormais d’un volet consacré à l’IA.
« Un équilibre reste toutefois à trouver. Ces derniers mois, les levées de fonds se concentrent sur un nombre réduit de start-ups. Que de futurs champions à vocation panafricaine bénéficient de financements solides est une bonne nouvelle. Mais il ne faudrait pas que les investisseurs négligent l’avenir, en réduisant le nombre de start-ups soutenues : ils risqueraient de freiner, voire de compromettre l’émergence d’acteurs prometteurs », conclut Sidi Mohamed Kagnassi.










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