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Afrique de l’Ouest : Miser sur la puissance de l’énergie pour faire rayonner l’Afrique

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Cet article sur la disposition de l’Energie à profusion et sa maîtrise, indispensables à l’Afrique pour son développement, est de la Banque mondiale.

Reçu par la rédaction de AFRIMAG, nous le publions dans son intégralité.

LES POINTS MARQUANTS

  • L’Afrique de l’Ouest a enregistré des progrès importants en matière d’électrification mais il reste encore du chemin à faire pour raccorder l’ensemble de la population et lui assurer une énergie fiable et abordable.
  • Si plusieurs pays de la sous-région sont dotés de sources d’énergie renouvelables importantes, ils ne disposent pas des conditions nécessaires pour les développer.
  • Afin d’accélérer la transformation énergétique de l’Afrique, la Banque mondiale soutient le Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (EEEOA/WAPP) à travers le financement des infrastructures d’interconnexion et des réformes destinées à développer un marché régional de l’électricité.

Dans un moulin à maïs à Zoundja, un quartier dans la banlieue d’Abomey-Calavi au nord de Cotonou, au Bénin, une vingtaine de casseroles se disputent la place dans un bruit assourdissant à alerter tout le voisinage. À la manette de sa machine, Antoine K a le privilège de servir les ménages du quartier en transformant leur maïs en farine. Seul problème, sa prestation n’est pas accessible à toutes les bourses dans ce quartier en pleine urbanisation où riches et pauvres se côtoient.  « Je mouds le kilo de maïs à 75 francs CFA (1,5 centimes de dollars), ce qui est trop cher pour certaines femmes mais je n’ai pas le choix si je veux pouvoir régler la facture d’électricité et permettre au moulin de tourner », se défend le meunier.

En 25 années de service, Antoine, la cinquantaine révolue, a vu beaucoup d’amélioration dans l’accès à l’électricité. Les quartiers ont été progressivement électrifiés et aujourd’hui, le délestage est de moins en moins fréquent.

Mais il a également vu le coût de ses prestations grimper au gré de l’augmentation du tarif de l’électricité au Bénin. La dernière facture que lui a adressée la Société béninoise d’énergie électrique s’élevait à plus de 100 000 francs CFA (environ 180 dollars) toutes taxes confondues, trop élevée pour ses 200 000 francs CFA (365 dollars) de recettes mensuelles. La hausse du tarif de l’électricité a un effet domino sur le coût de sa prestation.

Au Bénin, comme partout en Afrique de l’Ouest et centrale, le moulin occupe une place centrale dans la vie des ménages qui consomment quotidiennement des aliments à base de maïs ou autres céréales. Mais le tarif de l’électricité induit un coût exorbitant de la prestation de ces petites unités de production dont la clientèle est essentiellement constituée de ménages pauvres.

Du chemin à faire malgré des avancées notables

Avec un taux d’électrification de 53 % en 2019, contre 34 % seulement en 2000, l’Afrique de l’Ouest a enregistré des progrès importants mais il reste encore des défis à relever et près de la moitié de la population n’a pas d’électricité.

L’histoire de l’électrification du village de Rosalie Zongo, au Burkina Faso, illustre cette évolution et la nécessité de relever les défis persistants, développer le potentiel des diverse ressources énergétiques et renforcer les interconnexions.

The story of the electrification of Rosalie Zongo’s village in Burkina Faso illustrates this progress and also shows the need to address persistent challenges, develop the potential of diverse energy resources, and strengthen interconnections.

Vers un marché régional performant de l’électricité en Afrique de l’Ouest

Au-delà des efforts fournis au niveau national, l’avenir de l’énergie en Afrique s’inscrit indéniablement dans une solution régionale pour être durable. « Notre région regorge de ressources immenses d’énergie électrique capables de faire face à la demande pendant de nombreuses années. Mais elles sont isolées dans quelques pays qui parfois n’ont pas les moyens de les développer. En réalisant l’interconnexion, nous mettons l’énergie à la disposition des pays », indique Apollinaire Siengui Ki, secrétaire général du Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (en anglais West Africa Power Pool, WAPP). « La connectivité permet d’avoir accès à la quantité d’énergie nécessaire à moindre coût. »

Créée en 1999, l’institution regroupe 14 pays et a pour mission de promouvoir et développer des infrastructures de production et de transport d’énergie électrique, et d’assurer la coordination des échanges d’énergie électrique entre les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Avec l’appui de ses partenaires, dont la Banque mondiale, le WAPP a mobilisé environ 5 milliards de dollars qui ont permis de réaliser neuf interconnexions transfrontalières, l’objectif étant d’interconnecter tous les 14 pays d’ici 2024. Ceci a permis d’améliorer l’accès dans plusieurs pays de la région, dont certains, à l’instar de la Côte d’Ivoire, sont aujourd’hui en mesure de vendre l’excès d’électricité dont ils disposent à d’autres qui en ont besoin.

 La confiance : une composante essentielle de tout commerce réussi

Or, la réalisation d’un tel marché régional nécessite d’importantes réformes au niveau des pays pour permettre aux acteurs du marché de jouer leur rôle de façon efficace et efficiente, en tant qu’acheteurs fiables et fournisseurs fiables de l’électricité.

Afin d’aider le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Libéria, le Mali et la Sierra Leone à mettre en œuvre les réformes sectorielles nécessaires pour créer avec succès ce marché régional de l’électricité, la Banque mondiale a accordé un financement de 300 millions de dollars , approuvé en juillet 2020. Son objectif :  soutenir l’opérationnalisation de la directive de la CEDEAO sur la sécurisation du commerce transfrontalier de l’électricité, adoptée en décembre 2018. Cette directive repose sur trois grands piliers : accroître la confiance dans l’application des accords commerciaux sur l’électricité en soutenant les mécanismes visant à améliorer les paiements et la fourniture d’électricité ; mettre en œuvre les décisions d’approvisionnement en électricité au moindre coût qui tiennent compte des options régionales et favorisent la concurrence ; et promouvoir la transparence, en réglant la question de la solvabilité des compagnies nationales d’électricité et en tenant le marché informé des décisions d’investissement clés susceptibles d’avoir un impact sur l’offre et la demande.

« La Banque mondiale a constamment accordé la priorité au développement des interconnexions et du commerce régional de l’électricité afin de réduire les coûts, et par conséquent limiter la charge fiscale du secteur, en vue de diminuer les coûts pour les entreprises et les consommateurs », souligne Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. « La mise en commun des diverses ressources vertes de la région, par exemple l’hydroélectricité en Guinée et au Libéria ou encore le solaire au Sahel, débouchera sur un système plus résilient qui permettra à long terme de mieux s’adapter aux divers chocs auxquels la région est confrontée. »

Miser sur les énergies vertes et alimenter la révolution numérique

D’ici 2030, la consommation régionale d’électricité devrait augmenter de 100 %. Si cette croissance exponentielle était assurée par une expansion du mix électrique existant, on pourrait s’attendre à ce que les émissions de carbone augmentent de 102 %. Néanmoins, une coopération régionale plus étroite permettra d’adopter des technologies plus propres et de réduire de 32 % l’intensité de carbone dans la production d’électricité. Le commerce régional permettra ainsi le développement de projets d’énergies renouvelables qui sont trop grands pour être absorbés par le système électrique d’un seul pays. A noter aussi qu’un nouveau financement de 465 millions de dollars octroyé en juin 2021 va aider à accroître l’intégration des énergies renouvelables et à améliorer l’exploitation du réseau électrique régional grâce au stockage de l’énergie par batteries. Une initiative novatrice qui permettra d’accroître les investissements dans les énergies renouvelables.

« Nous voulons sortir de l’ère des hydrocarbures et nous orienter vers les énergies vertes », indique Gesler Murray, ministre des Mines et de l’Énergie du Libéria. « Le Libéria se trouve dans une région riche en énergie solaire, nous avons également de nombreuses ressources fluviales sur lesquelles des systèmes hydroélectriques de différentes catégories pourraient être installés. »

Par ailleurs, avec la pandémie de la COVID-19, l’utilisation des plateformes et applications numériques est désormais en forte croissance dans tous les secteurs et à tous les niveaux. Mais la transformation numérique du continent ne peut se réaliser sans un meilleur accès à l’électricité.

L’heure est à une gestion optimale des ressources énergétiques en Afrique de l’Ouest pour améliorer le quotidien de ses habitants et booster la productivité des économies. Du moulin d’Antoine au Bénin, à la famille de Rosalie au Burkina Faso, jusqu’aux grandes industries de la sous-région, l’Afrique se transforme grâce à la puissance conductrice de l’énergie.

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