Entre 2000 et 2024, 96 compagnies d’assurance et de réassurance ont fait faillite en Afrique, selon un rapport publié le 9 juillet 2025 par la Société canadienne d’indemnisation en matière d’assurances IARD. Le continent figure parmi les régions les plus touchées par les défaillances dans le secteur, révélant de profondes fragilités structurelles
Le rapport intitulé «When, Where and How Often Insurers Fail : The Global Failed Insurer Catalogue – 2025 Update,» traduire : «Quand, où et à quelle fréquence les assureurs font faillite : Catalogue mondial des assureurs en faillite – Mise à jour 2025,» publié par la PACICC, dresse un état des lieux alarmant. Le marché africain de l’assurance a vu disparaître 96 compagnies au cours des 25 dernières années. Une majorité écrasante de ces défaillances – 65 sur 96 – concerne le segment des assurances dommages (incendie, accident, risques divers), traditionnellement plus exposé aux chocs économiques et climatiques.
Le Nigeria et le Zimbabwe en première ligne
En tête de ce triste palmarès, le Nigeria recense à lui seul 34 faillites, dont 23 dans le secteur IARD et 8 dans l’assurance vie. Le Zimbabwe suit avec 21 compagnies disparues. Le Kenya, l’Angola, l’Afrique du Sud et l’Ouganda comptabilisent chacun 5 cas. D’autres pays comme le Ghana (4), la Zambie (3) ou encore le Cameroun, la Gambie et le Botswana (2 chacun) sont également touchés.
Cette carte des faillites souligne une concentration préoccupante dans des marchés majeurs du continent, où la densité du tissu assurantiel aurait dû jouer un rôle stabilisateur.
Un phénomène mondial, mais des protections inégales
Sur le plan international, le rapport dénombre 965 faillites d’assureurs dans 71 pays entre 2000 et 2024. L’Afrique arrive en troisième position avec 9,9 % des cas, loin derrière l’Amérique du Nord (57,5 %) et l’Europe (14,4 %). Si ces chiffres semblent refléter un phénomène global, ils masquent de fortes inégalités.
En effet, contrairement aux pays développés dotés de mécanismes solides de protection des consommateurs, de nombreux États africains ne disposent d’aucune structure permettant d’indemniser les assurés en cas de faillite. Résultat : dans bien des cas, les souscripteurs se retrouvent sans recours face à la défaillance de leur assureur.
Des failles internes aggravées par les catastrophes naturelles
Les causes de ces faillites sont multiples, mais certaines tendances ressortent clairement. Le rapport pointe du doigt des faiblesses récurrentes dans la gouvernance des compagnies concernées : évaluation insuffisante des risques, tarification inadaptée, sous-capitalisation, complexité organisationnelle… Des maux bien connus qui, combinés à une supervision parfois défaillante, minent la solidité des acteurs.
Mais l’un des enseignements les plus marquants du rapport réside dans le rôle croissant joué par les catastrophes naturelles. Tempêtes, inondations, sécheresses extrêmes : autant d’événements climatiques qui, en provoquant des sinistres massifs, fragilisent encore davantage les assureurs spécialisés en dommages. Une tendance appelée à s’amplifier avec le dérèglement climatique.
L’analyse de la PACICC met en lumière une vulnérabilité structurelle du marché africain, encore largement sous-pénétré mais déjà fortement exposé. Pour les régulateurs du continent, cette série de faillites doit agir comme un signal d’alarme. Il devient urgent de renforcer les exigences prudentielles, de promouvoir la transparence financière et de mettre en place des mécanismes de garantie des dépôts pour les assurés.
Sans une réponse coordonnée et ambitieuse, le risque est grand de voir la confiance du public s’éroder durablement – un recul dramatique pour un secteur clé du développement économique en Afrique.











