La Banque européenne d’Investissement (BEI) vient de publier sa traditionnelle enquête annuelle sur les banques africaines. La neuvième édition de ce scanner, relève que les banques subsahariennes continuent de gagner de l’argent, mais restent fragilisés à cause de la qualité de leurs actifs (créances en souffrance), la trop forte exposition sur des emprunts d’Etat et la dégradation de la situation macroéconomique
Les banques d’Afrique subsaharienne ont vu leurs bénéfices progresser ces dernières années, grâce à un environnement marqué par des taux d’intérêt élevés. En théorie, ce phénomène devrait s’expliquer par le fait que le niveau des taux d’intérêt des prêts évolue plus rapidement que celui des taux d’intérêt des dépôts. Il faut toutefois chercher une autre raison pour expliquer la situation récente en Afrique.
L’écart de taux médian entre les dépôts et les prêts au secteur privé s’est resserré au cours des trois dernières années, mais les banques ont modifié la composition de leurs portefeuilles d’avoirs et étoffé leurs portefeuilles obligataires (obligations d’État principalement) beaucoup plus rapidement que leurs portefeuilles de prêts. Pendant ce temps, l’écart entre les rendements des obligations d’État et les taux d’intérêt des dépôts bancaires s’est également creusé. Les produits d’intérêts sont ainsi demeurés l’élément essentiel de la rentabilité, mais il s’agit en l’occurrence d’intérêts générés par les portefeuilles d’obligations d’Etat plutôt que par les prêts.
L’environnement économique, préoccupation numéro un des banques
Selon l’enquête de la BEI sur le secteur bancaire africain, l’environnement économique constitue la principale préoccupation des banques en Afrique subsaharienne cette année (citée par 77 % des banques interrogées), devant la qualité des actifs (53 % des banques). On y retrouve également les difficultés à trouver des financements, puisqu’environ un tiers des banques se déclarent préoccupées par le manque de capitaux et le coût ou la disponibilité des ressources.
Si l’octroi de crédit au secteur privé a enregistré une croissance à deux chiffres en Afrique au cours des trois dernières années, le ratio crédit au secteur privé/PIB a peu progressé en raison du taux d’inflation dans de nombreux pays. Après le recul de ce ratio crédit/PIB entre 2007 et 2022, les progrès sur les marchés du crédit en expansion restent très limités. Cette situation vient encore renforcer le rôle essentiel de la BEI à l’appui des marchés du crédit en Afrique, en particulier pour les secteurs que les banques sont généralement moins disposées à financer.
Selon l’enquête de la BEI sur le secteur bancaire, la prestation de services numériques constitue aujourd’hui une offre essentielle des banques traditionnelles, en particulier pour les services classiques tels que le transfert d’argent et les paiements. En conséquence, si les banques sont de plus en plus concurrencées par les entreprises de technologie financière, les partenariats entre les unes et les autres sont également fréquents. Les banques perçoivent de fortes incitations à s’associer à des entreprises de technologie financière, notamment pour améliorer l’expérience client (pour 100 % des banques de notre enquête), accéder à des technologies innovantes (95 %), élargir leur clientèle (91 %) et réaliser des économies de coûts (87 %). Dans le but d’accélérer la transformation numérique des services financiers, près de neuf banques interrogées sur dix en Afrique subsaharienne investissent dans des formations spécialisées pour améliorer les compétences numériques de leur personnel et de leurs cadres.











