En à peine six mois, la raffinerie d’Aliko Dangote a effacé ses pertes et affiché 1,82 milliard de dollars de bénéfice net. Une performance qui tombe à point nommé, alors que le groupe prépare l’une des plus grosses introductions en Bourse jamais envisagées en Afrique.
Le redressement est spectaculaire. Après une perte nette de 476 millions de dollars sur l’exercice précédent, Dangote Petroleum Refinery a enregistré 1,82 milliard de dollars de bénéfice net au premier semestre 2026. Sur la période, le complexe installé près de Lagos a généré 13,91 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 2,6 milliards d’Ebitda, soit une marge de 18,7 %.
Ce retournement s’explique d’abord par la montée en puissance de l’installation. Après des débuts émaillés de difficultés techniques et opérationnelles, son taux moyen d’utilisation est passé à 83,6 % sur les six premiers mois de l’année, contre environ 45 % en janvier. La principale unité de distillation a atteint sa pleine capacité au deuxième trimestre, tandis que les améliorations apportées au craquage catalytique ont dopé la production d’essence, de diesel et de kérosène.
L’effet jackpot des marges
Mais le miracle Dangote ne repose pas uniquement sur les volumes. Le raffineur nigérian a aussi profité d’un contexte exceptionnellement favorable au secteur.
Selon Renaissance Capital, la marge brute de raffinage a atteint 24,50 dollars par baril au premier semestre, contre 13,70 dollars en moyenne en 2025 et 10,70 dollars en 2024. Au premier trimestre, elle avait même culminé à 33,70 dollars.
Les tensions géopolitiques, de la guerre en Ukraine aux conflits au Moyen-Orient, ont contribué à réduire l’offre mondiale de produits raffinés et à soutenir les marges. Aliko Dangote reconnaît lui-même avoir bénéficié de cette configuration. Le groupe estime toutefois que les contraintes pesant sur les capacités mondiales de raffinage pourraient durer.
L’IPO en ligne de mire
Cette envolée des résultats intervient surtout au meilleur moment. Dangote Petroleum Refinery prépare son entrée à la Bourse de Lagos, avec une levée ciblée autour de 2 150 milliards de nairas, soit 1,63 milliard de dollars. Prévue à partir du 14 septembre, l’opération pourrait devenir la plus importante jamais réalisée sur une place financière africaine.
Pour les investisseurs, les chiffres du premier semestre constituent évidemment une vitrine de choix. Mais ils soulèvent aussi une question de valorisation : combien vaut réellement une raffinerie dont la rentabilité dépend encore, en partie, de marges exceptionnellement élevées ?
Un géant encore plus grand
Dangote ne compte pourtant pas s’arrêter là. Le groupe prépare un investissement de 14,3 milliards de dollars pour doubler la capacité de l’installation, de 700 000 à 1,4 million de barils par jour d’ici à 2029.
À cette échelle, le complexe nigérian entrerait dans la cour des plus grandes raffineries mondiales et pourrait peser lourdement sur les flux de produits pétroliers raffinés en Afrique, mais aussi sur certains marchés internationaux.
Derrière les chiffres spectaculaires du premier semestre se joue donc une bataille plus stratégique : celle de la capacité de Dangote à transformer un retournement conjoncturel en avantage structurel. Pour les futurs actionnaires, c’est précisément là que se situe le véritable pari.





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