Le Ghana veut relancer son industrie textile, longtemps l’un des fleurons industriels de l’ex-Gold Coast, mais il lui manque l’essentiel : le coton. Faute d’une production locale suffisante, Accra négocie avec le Bénin, premier producteur africain de l’or blanc, un protocole d’accord destiné à approvisionner l’usine Volta Star Textiles Limited (VSTL) de Juapong, en réhabilitation dans la région de la Volta.

L’annonce a été faite par le président John Dramani Mahama le 16 juillet dernier. Cette solution de proximité montre les difficultés que traverse la filière cotonnière ghanéenne.
Tirer Juapong, un fleuron industriel, de son sommeil
Créée en 1968 sous le nom de Juapong Textiles Limited, puis reprise par l’État ghanéen en 2007 sous le nom de Volta Star Textiles Limited, l’usine a longtemps figuré parmi les plus importantes unités de filature et de tissage du pays, avec une capacité estimée à son apogée à environ 26 millions de yards, soit près de 24 millions de mètres de tissu par an. Vieillissement des équipements, difficultés financières, factures d’électricité impayées et concurrence des textiles importés à bas prix ont eu raison de sa compétitivité : l’unité a cessé ses activités en juillet 2023. Selon la direction de VSTL, sa relance nécessitera un investissement de l’ordre de 25 à 100 millions de dollars ; et un investisseur stratégique, dont l’identité n’a pas encore été dévoilée, a d’ores et déjà été sélectionné.
Le Bénin, grenier à coton régional
Pour Cotonou, ce rapprochement est une aubaine. Premier producteur de coton du continent avec plus de 645 000 tonnes en 2025/2026, le Bénin a exporté près de 200 000 tonnes de coton non cardé ni peigné en 2025, pour des recettes de 223,5 milliards de francs CFA, soit environ 398 millions de dollars, principalement vers le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan, la Chine et les Émirats arabes unis. La filière table sur une hausse de 8 % de sa production de coton graine, à 700 000 tonnes en 2026/2027. Un débouché industriel régional au Ghana viendrait diversifier ses marchés, alors que le pays accélère par ailleurs la transformation locale de sa fibre au sein de la zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ).
Le contraste avec la production ghanéenne est saisissant : selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la récolte de coton graine du Ghana a stagné autour de 28 000 tonnes par an entre 2020 et 2024, sur quelque 15 000 hectares. Pour combler ce déficit à terme, le ministère ghanéen du Commerce, de l’Agribusiness et de l’Industrie a lancé fin août la « Northern Cotton Revival Initiative », un projet pilote de plus de 20 hectares à Zoosale, dans la municipalité de Savelugu, avec l’ambition de bâtir une ceinture cotonnière dans la région du Nord. Le même jour, le 28 août, le président Mahama inaugurait à Savelugu l’usine de confection Northshore Apparel Ltd, cofinancée à hauteur de près de 10 millions d’euros par la Ghana Export-Import Bank et la banque allemande de développement KfW, avec 50 lignes de couture et plus de 2 300 emplois en première phase.
De l’importation béninoise au pilotage d’une production nationale, Accra cherche à recoudre une chaîne de valeur complète, du champ de coton à l’habit. Le vrai test viendra du passage du pilote à l’échelle industrielle.





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