Le gouvernement camerounais hausse le ton. En annonçant des poursuites judiciaires contre une centaine de sociétés minières opérant en marge de la légalité, les autorités entendent mettre fin à une exploitation sauvage qui fragilise les recettes publiques et compromet le développement durable du pays.
La nouvelle est tombée comme un couperet en marge de la 15e édition du Salon de l’action gouvernementale (SAGO), la grande messe annuelle qui réunit l’État, le secteur privé et les citoyens pour valoriser les services publics et améliorer le climat des affaires, qui s’est tenue du 8 au 13 juin 2026 à Yaoundé. Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) par intérim, le Pr. Fuh Calistus Gentry, a, en effet, officialisé une décision radicale en vue d’assainir le secteur de l’exploitation artisanale semi-mécanisée de l’or, dans le but de garantir les intérêts de l’État. Il s’agit de l’ouverture d’actions en justice visant plus de 100 entreprises minières accusées d’exercer dans l’illégalité et en totale violation des normes et réglementations en vigueur dans le secteur minier. Ces opérateurs, longtemps actifs dans une zone grise, sont accusés de défaut de conformité. À savoir : le non-paiement des frais de caution environnementale fixés à 63 millions FCFA, remboursables en cas de remise en état des sites ; le non-respect des obligations fiscales aux taux de : 25 % au titre de l’impôt synthétique minier libératoire et 5 % au titre des droits de sortie ; le non-respect de la majorité de Camerounais dans le capital social des personnes morales bénéficiant d’une autorisation d’exploitation minière artisanale semi-mécanisée ; le non-respect par l’opérateur du seuil minimal de production fixé à cinq (05) kg/mois pour chaque site d’exploitation disposant de dix bôles.
Ce déploiement judiciaire marque donc une rupture avec une certaine tolérance administrative et traduit la volonté de Yaoundé de reprendre le contrôle strict de ses ressources naturelles. L’enjeu est de taille pour l’État : assainir un écosystème où l’opacité le dispute souvent à l’absence de traçabilité des ressources extraites.
Assainir pour mieux valoriser
Le secteur minier, considéré comme l’un des leviers de la stratégie de développement industriel du Cameroun, souffre depuis trop longtemps de la prolifération d’acteurs informels. Ces sociétés, opérant souvent sans titres miniers valides ou sans respecter les cahiers de charges environnementaux et sociaux, privent le Trésor public de ressources financières cruciales. « Il ne s’agit pas seulement de sanctionner, mais de restaurer la crédibilité du secteur », explique le ministre. En effet, la coexistence d’opérateurs formels, respectueux de la législation, et d’acteurs informels crée une distorsion de concurrence qui décourage les investissements directs étrangers (IDE) structurants. En traduisant ces entreprises en justice, le gouvernement espère sécuriser le climat des affaires et garantir que l’exploitation minière serve réellement à la transformation locale et au développement technologique promis par le département ministériel.
Vers une gouvernance minière exemplaire ?
Au-delà de la procédure judiciaire, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de réforme plus large. L’État camerounais cherche à moderniser le cadastre minier et à renforcer les capacités de contrôle des services déconcentrés sur le terrain. Si l’annonce a provoqué une onde de choc au sein des opérateurs économiques, elle est accueillie favorablement par les acteurs de la société civile, qui dénoncent régulièrement les impacts écologiques dévastateurs de l’exploitation artisanale et semi-industrielle non contrôlée. Reste désormais à suivre le déroulement de ces procès et à observer si cette offensive permettra réellement d’inverser la courbe de l’informalité dans un secteur où les enjeux financiers se chiffrent en dizaines de milliards de francs CFA. Tâche à ce que ce coup de balai sonne le glas de l’impunité minière au Cameroun.





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