À l’approche de l’interdiction des exportations de minerai brut annoncée par Libreville pour 2029, Eramet rebat ses cartes au Gabon. Le groupe français prévoit d’investir dans trois nouvelles unités de transformation du manganèse afin de renforcer sa présence industrielle et de s’ouvrir un accès à un marché encore embryonnaire mais stratégique : les matériaux destinés aux batteries des véhicules électriques.
Le compte à rebours est lancé. En dévoilant, le 20 juillet, sa nouvelle feuille de route industrielle, Eramet anticipe le changement de paradigme imposé par le Gabon. Le pays, deuxième producteur mondial de manganèse, entend mettre fin aux exportations de minerai brut à partir de 2029 afin de capter une plus grande part de la valeur ajoutée générée par ses ressources minières.
Cette stratégie s’est concrétisée par la signature, à Paris, d’un protocole d’accord entre le groupe français et les autorités gabonaises, en marge de la visite officielle du président Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif est clair : développer localement la transformation du manganèse et faire émerger une véritable filière industrielle.
700 000 tonnes de capacité d’ici 2031
Le programme présenté par Eramet prévoit la construction et la modernisation de trois unités industrielles capables de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici à fin 2031.
Aujourd’hui, le groupe s’appuie principalement sur le Complexe métallurgique de Moanda (CMM), où seule une partie de la production de la Comilog est valorisée localement. L’essentiel du minerai continue d’être exporté sous forme brute.
Les futurs investissements permettront d’accroître la production d’alliages et d’oxydes de manganèse destinés à la sidérurgie, cœur historique de la demande mondiale. Près de 90 % du manganèse consommé dans le monde est encore utilisé dans la fabrication d’acier.
Le pari discret des batteries électriques
Mais la véritable nouveauté réside ailleurs. Pour la première fois, Eramet inscrit clairement le marché des batteries dans sa stratégie gabonaise.
L’une des trois usines envisagées produirait jusqu’à 10 000 tonnes d’oxyde de manganèse par an destiné aux batteries pour véhicules électriques. Sa mise en service pourrait intervenir dès 2028, sous réserve d’une décision finale d’investissement et de la validation des conditions techniques, environnementales et commerciales.
Le groupe laisse même entrevoir une montée en puissance rapide. Si les débouchés se confirment, d’autres installations pouvant atteindre 50 000 tonnes de capacité annuelle pourraient suivre.
Ce positionnement répond à une évolution de fond. Si le manganèse destiné aux batteries représente aujourd’hui moins de 1 % de la consommation mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que cette part pourrait atteindre 5 % d’ici 2035, puis 10 % à l’horizon 2040, portée par les nouvelles générations de batteries intégrant davantage ce métal.
Une bataille dominée par la Chine
Cette diversification reste toutefois loin d’être acquise. Le marché des matériaux de batterie demeure largement sous contrôle chinois. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine concentrait en 2025 près de 95 % de la production mondiale de sulfate de manganèse de qualité batterie, un composé à forte valeur ajoutée dont l’oxyde de manganèse constitue un maillon essentiel.
Dans ce contexte, la rentabilité des futurs investissements dépendra autant de l’évolution des prix que de la demande mondiale et de la capacité des producteurs à s’imposer face à une concurrence déjà solidement installée.
Eramet n’est d’ailleurs pas seul à miser sur ce créneau. Au Botswana, le canadien Giyani Metals développe le projet K.Hill afin de produire du sulfate et de l’oxyde de manganèse de haute pureté destinés au marché des batteries.
Le pari industriel de Libreville
Au-delà des annonces, la réussite de cette feuille de route dépendra désormais de sa traduction en investissements effectifs. Pour Libreville, l’enjeu dépasse largement le secteur minier.
En favorisant la transformation locale, le Gabon espère accroître les recettes issues du manganèse, développer un tissu industriel plus intégré et créer davantage d’emplois qualifiés. L’État, qui détient 29 % de Comilog, a tout intérêt à voir cette montée en gamme se concrétiser.
À mesure que la transition énergétique redessine les chaînes d’approvisionnement mondiales, le pays entend ainsi transformer son statut de grand exportateur de minerai en celui d’acteur de la production de matériaux stratégiques. Une ambition qui pourrait repositionner durablement le Gabon sur la carte mondiale des métaux critiques.





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