Face aux tensions géopolitiques, à la fragmentation des échanges et aux incertitudes qui secouent l’économie mondiale, Abidjan accueille du 10 au 12 juillet la 20ᵉ Conférence économique africaine. Un rendez-vous stratégique où décideurs, économistes et partenaires internationaux esquissent les contours d’un continent plus souverain, plus résilient et mieux armé pour peser dans le nouvel ordre mondial.

L’épicentre des réflexions sur l’avenir du continent
Pendant trois jours, la capitale économique ivoirienne devient le cœur battant des débats sur l’avenir africain. La 20ᵉ édition de la Conférence économique africaine (AEC), organisée conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), réunit au siège de la BAD des responsables politiques, des économistes, des universitaires, des investisseurs et des partenaires au développement venus d’Afrique et d’ailleurs.
Cette édition s’inscrit dans un contexte international marqué par les rivalités géopolitiques, la recomposition des chaînes d’approvisionnement et le ralentissement du commerce mondial. Autant de défis qui obligent les économies africaines à repenser en profondeur leurs modèles de croissance.
Le pari de la souveraineté économique
Placée sous le thème : « Renforcer la capacité d’action géopolitique de l’Afrique et la résilience de son commerce dans un monde multipolaire », la conférence entend dépasser le simple diagnostic. L’objectif : identifier des leviers concrets permettant au continent de renforcer son autonomie financière, de sécuriser ses échanges et d’accroître son influence dans un environnement international de plus en plus fragmenté.
Les débats s’articulent autour de cinq axes majeurs :
• le renforcement de l’autonomie financière ;
• le développement du lien entre commerce, investissement et productivité ;
• l’approfondissement des marchés de capitaux africains ;
• la valorisation du capital humain — notamment celui de la jeunesse et de la diaspora ;
• la préservation de la stabilité macroéconomique dans un contexte mondial incertain.
Des voix influentes pour dessiner l’avenir du continent
La conférence réunit plusieurs figures majeures de la gouvernance économique mondiale : Sidi Ould Tah, président de la BAD ; Alexander De Croo, administrateur du PNUD ; Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE ; Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce ; ainsi que Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Dans son intervention, Sidi Ould Tah a appelé à un changement de paradigme radical : « Il urge que l’Afrique change de paradigme quant à sa façon de mobiliser, allouer et déployer ses capitaux pour le développement. Un passage de la fragmentation à la coordination. Des transactions isolées à l’échelle systémique. De la dépendance aux capitaux extérieurs à la souveraineté financière. »
Des universitaires de renom, à l’image de Jeffrey Sachs et de Carlos Lopes, apportent également leur éclairage. Ce dernier souligne un tournant historique : selon les projections du Fonds monétaire international, l’Afrique devrait, pour la première fois, enregistrer une croissance supérieure à celle de l’Asie — une dynamique appelée à se poursuivre jusqu’en 2030.
Au-delà des débats, des initiatives structurantes
Fidèle à sa vocation de laboratoire d’idées et de plateforme d’action, la Conférence économique africaine est aussi l’occasion de lancer plusieurs initiatives destinées à renforcer les capacités du continent.
Parmi les temps forts figurent la réunion annuelle du Réseau mondial des chefs économistes des institutions de financement du développement, la création du Réseau africain des chefs économistes (ACE Network), ainsi que la cérémonie de graduation des académies de gestion des finances publiques et de politique macroéconomique de la BAD.
Les travaux sont enfin nourris par les contributions de chercheurs issus de nombreuses universités africaines, dont les analyses alimentent les réflexions sur les transformations économiques et géopolitiques auxquelles le continent est confronté.
Un message clair
Au-delà des discours, cette vingtième édition entend envoyer un signal fort : dans un monde en pleine recomposition, l’Afrique ne veut plus seulement s’adapter aux mutations globales — elle entend contribuer à les façonner.





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