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Ces huit pays à la croissance plus forte que la Chine

En 2019, Selon le Fonds monétaire international, la Chine ne devrait réaliser qu’une croissance de 6,2%, ce qui est l’une de ses plus faibles performances sur les 30 dernières années. En effet, il faut remonter à 1990, pour voir une croissance du PIB chinois inférieure à celle de 2019.

Dossier réalisé Par Mar Bassine Ndiaye

Pendant ce temps, plusieurs pays africains voient leur performance s’améliorer sensiblement au point de damer le pion à la Chine qui est d’ailleurs devenue l’un des plus importants acteurs de cette même croissance sur le continent africain.

Au total, 8 pays africains devraient enregistrer une croissance supérieure ou égale à 6,6% par rapport à 2018, dont essentiellement des pays d’Afrique de l’Est et ceux d’Afrique de l’Ouest. La Libye est l’unique pays d’Afrique du Nord à figurer sur cette liste, du fait de l’amélioration régulière des capacités de production pétrolière. En Afrique de l’Est, on retrouve encore et toujours l’Ethiopie et le Rwanda qui ne cessent d’améliorer leur revenu domestique en misant sur le secteur secondaire, mais aussi le primaire et tertiaire. Djibouti et la Tanzanie figurent également parmi les représentants de cette région orientale du continent.

En Afrique de l’Ouest, le trio Ghana, Côte d’Ivoire et Sénégal est toujours au rendez-vous. Mais, un constat se dégage : ces pays à forte croissance partagent deux caractéristiques. La première est qu’ils sont tous non-producteurs de matières premières extractives, à l’exception de la Libye. La seconde, c’est qu’ils ne font pas partie des 10 économies les plus importantes du continent en terme de PIB, à l’exception de l’Ethiopie avec ses 100 millions d’habitants.

Libye : Retour aux capacités de production d’avant la crise

En 2019 encore, la croissance africaine sera portée par les mêmes pays que depuis 2016. La Libye, qui est en train de recouvrer ses capacités de production de pétrole, sera le seul pays au monde à réaliser une croissance à deux chiffres en 2019 avec 10,8%. Cela a été le cas lors des deux dernières années, avec le pic de 64% de croissance en 2017 et l’amélioration de 10,9% pour l’exercice en cours. Les chiffres sont élogieux et témoignent justement d’un retour progressif vers la normale. En effet, depuis août dernier, la production libyenne dépasse le million de baril/jour.

Fayez el-Sarraj, Premier ministre de la République Arabe Libyenne

Fayez el-Sarraj, Premier ministre de la République Arabe Libyenne

Même si l’on est très loin de la capacité globale de 1,6 à 1,8 million de barils/jour, le pétrole libyen est en train de tirer très clairement la croissance. Evidemment, il est peu probable que, après cette phase de retour à la production d’avant la chute du leader libyen Khaddafi en 2011, la croissance libyenne puisse se poursuivre. Car, comme la plupart des producteurs africains d’hydrocarbures, l’économie libyenne est très peu diversifiée pour que les autres segments de l’économie prennent le relais de la croissance.

Heureusement, les quinze autres économies qui enregistrent les plus fortes croissances ne sont pas dans cette configuration d’économie monosectorielle qui ne dépend que des cours des matières premières.

 

Ethiopie : Les investissements publics et privés tirent la croissance

 Après une décennie de croissance à deux chiffres et un léger ralentissement dû surtout à la sécheresse entre 2015 et 2017, l’heure est, de nouveau à l’accélération. En effet, après les 7,5% de l’année en cours, l’Ethiopie devrait connaître une progression de 8,5% de son PIB en 2019, surtout grâce à l’industrie. Et ce n’est pas seulement le FMI qui pense ainsi, puisque la Banque africaine de développement (BAD) confirme cette reprise. Certes, le poids de l’agriculture reste prépondérant chez le pays africain ayant le premier cheptel en Afrique avec plus de 11 millions de têtes de bovins. Ce secteur pèse pour 39,3% dans son PIB, mais la construction, l’électricité et l’industrie manufacturière ne cessent de se renforcer.

Mohamed Abiy, Premier ministre de l'Ethiopie

Mohamed Abiy, Premier ministre de l’Ethiopie

Ainsi, “la part de l’industrie a grimpé de 16,7 % du PIB en 2015-2016 à 25,6% en 2016-2017”, explique la BAD dans son analyse sur l’évolution de l’économie. Et d’ajouter : “une stratégie d’industrialisation orientée vers l’exportation a soutenu la croissance dans l’industrie”.

Toujours selon la banque panafricaine, “la croissance reste tirée par un investissement respectant la stabilité des dépenses publiques et par des investissements directs étrangers accrus. La croissance du PIB réel en 2017-2018 et 2018-2019 sera menée par une augmentation de la productivité agricole et une forte croissance industrielle”. Cela semble bien être le cas, au vu des prévisions du FMI.

 

Rwanda : Une croissance soutenue, malgré les aléas

Le Rwanda est un pays avec beaucoup de mystères. Certes, il reste un pays éminemment agricole, mais cela ne l’empêche pas de maintenir une forte croissance, notamment en développant son secteur tertiaire, tout en renforçant son agriculture. C’est justement cette stratégie qui lui vaut d’engranger quelque 7,2% de croissance en 2018 et d’enchaîner sur une autre de 7,8% en 2019.

“La contribution de l’agriculture à la croissance demeure importante”, souligne à juste titre la BAD. Mais pour le bailleur de fonds continental, “les efforts d’industrialisation devraient accroître celle du secteur secondaire”. Concernant l’agriculture et l’industrie, ce pays de 12 millions d’habitants coincé entre la RDC, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie, devrait poursuivre une nette amélioration de ses revenus moyennant quelques efforts comme l’explique la BAD.

Paul Kagame, Président du Rwanda

Paul Kagame, Président du Rwanda

“Trois facteurs peuvent influencer les perspectives économiques”, selon l’institution. “Premièrement, le redressement des cours des matières premières et de la demande mondiale devrait accroître les recettes d’exportation et contribuer à l’accumulation des réserves officielles. Deuxièmement, l’investissement dans les engrais, les semences améliorées et l’irrigation, ainsi que l’amélioration des prix du café et du thé, devrait stimuler les cultures vivrières et d’exportation. Troisièmement, la campagne «Made in Rwanda» et les investissements publics dans les infrastructures devraient dynamiser la croissance du secteur industriel”, conclut la BAD.

Evidemment, le pays des milles collines doit rapidement investir dans la maîtrise de l’irrigation afin de ne pas laisser son agriculture dépendre uniquement de la pluviométrie. De plus, le Rwanda ne peut plus se permettre, comme la plupart des pays africains, d’exporter ses matières premières agricoles sans les transformer au préalable. Car, quoi qu’on puisse penser des progrès rwandais, le pays de Kagamé se prive d’une part importante de valeur ajoutée.

Ghana : Un futur géant ouest-africain

Après 8,4% de croissance en 2017, le Ghana est resté l’une des économies africaines les plus dynamiques, même si l’instabilité de la monnaie pousse à relativiser cette amélioration du PIB.

L’année 2018 devrait se solder par une création de richesse de 6,3% supérieure à celle de la précédente, alors qu’en 2019, il est attendu une croissance de 7,6%, ce qui en fera la quatrième économie la plus performante après la Libye, l’Ethiopie et le Rwanda. En Afrique de l’Ouest, c’est bien le pays de Nana Akufo Addo qui mène la danse devant la Côte d’Ivoire et le Sénégal. A ce rythme, le Ghana dont le PIB est de l’ordre de 50 milliards de dollars, contre 16 milliards pour le Sénégal et 32 milliards pour la Côte d’Ivoire, continuera à réduire son écart vis-à-vis du Nigeria.

Nana-Akufo-Addo, Président du Ghana

Nana-Akufo-Addo, Président du Ghana

Il s’agit d’un bond spectaculaire que le Ghana doit à une conjugaison de facteurs comme la hausse de sa production pétrolière et la remontée des cours des matières premières (or, cacao et pétrole) dont le pays est un exportateur net. L’entreprenariat de sa jeunesse et sa stabilité politique sont également notés.

Mais ces indicateurs ne sauraient expliquer à eux seuls son succès. Pour bien d’observateurs, la rigueur employée par le président Nana Akufo-Addo, élu en décembre 2016, a joué un rôle clé dans la remise en scelle du Ghana, passé par des années d’instabilité, et d’austérité notamment dès 2011. Des difficultés qui ont d’ailleurs poussé le pays à faire appel au Fonds monétaire international pour un financement de 918 millions de dollars.

À son arrivée aux affaires en janvier 2017, Nana Akufo-Addo a su insuffler une nouvelle dynamique à son secteur financier et économique. Recouvrement intensif des impôts et taxes, adoption de réformes, discipline budgétaire et monétaire… Si bien qu’en début d’année, lors de son adresse à la Nation devant le Parlement, il promet de ne plus reconduire le plan de sauvetage avec le FMI.

Indéniablement, le Ghana est sur la bonne pente même si pour l’heure, cette croissance record n’a pas d’impact direct sur la vie de ses populations. Pour justement en arriver là, les spécialistes recommandent au pays de stabiliser sa croissance et poursuivre ses réformes, notamment dans son secteur énergétique pour renforcer la confiance des investisseurs.

Côte d’Ivoire : Sept années de forte croissance

La sortie de la crise s’est matérialisée par une reprise de l’activité qui permet à la Côte d’Ivoire de doubler pratiquement son PIB en sept ans grâce à une croissance moyenne du PIB proche de 9%. En effet, de 25,38 milliards de dollars US en 2011, le PIB ivoirien passe à 40,38 milliards en 2017. Or, le FMI estime que cette richesse créée progresse de 7,4% en 2018, puis de 7% en 2019. Cela veut dire que dès l’année prochaine, la Côte d’Ivoire atteindra un PIB de 46,40 milliards de dollars.

“La croissance a été favorisée par le rebond du secteur primaire, la bonne tenue du secteur de l’énergie et l’accroissement de la consommation intérieure”, analyse la Banque africaine de développement pour sa part. A cela s’ajoute les efforts du gouvernement ivoirien qui se traduisent aussi bien dans l’investissement en infrastructures que dans le social.

Alassane Ouattara Président de la République de Côte d'Ivoire

Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire

Par ailleurs, le climat des affaires ivoirien continue de favoriser le développement des secteurs secondaire et tertiaire, permettant ainsi de maintenir la croissance au-delà de 7%.

De plus, sur les cinq prochaines années, ce même dynamisme devrait être maintenu, le FMI prévoyant une croissance annuelle de 6,5% à l’horizon 2023, l’une des plus fortes du continent.

Plusieurs facteurs pourraient pérenniser la bonne santé de l’économie ivoirienne. Le Programme économique et financier 2016-2019 connait une bonne exécution, de même que la mise en œuvre de toutes les réformes énoncées dans le Mémorandum de politiques économiques et financières 2016–2019, souligne toujours la Banque africaine de développement.

Par ailleurs, un don de 525 millions de dollars EU pour le programme de Millenium Challenge Corporation renforcera la compétitivité de l’économie à l’aide d’investissements dans l’éducation, la formation technique et professionnelle, et le secteur des transports. Le pays a également été sélectionné pour bénéficier du Pacte avec l’Afrique du G20. Cela devrait, à terme, contribuer à davantage dynamiser le secteur privé grâce, notamment, à l’accroissement des IDE. En outre, la Côte d’Ivoire poursuit son programme Focus Doing Business d’amélioration de l’environnement des affaires, qui a accru la numérisation et simplifié les procédures, toujours selon la BAD.

Evidemment, la Côte d’Ivoire doit absolument régler son problème budgétaire. La dette de l’Etat envers les entreprises ivoiriennes était estimée à quelque 150 milliards de FCFA au début de l’année 2018, ce qui freine sensiblement le développement de ces dernières. “Les factures impayées dues aux producteurs indépendants d’énergie et de gaz sont estimées à 1,1 % du PIB”, affirme la Banque africaine de développement.

Enfin, le pays continue de souffrir de la dépendance aux cours des matières premières, alors que le développement de la transformation locale tarde à se matérialiser.

Sénégal : Sur les pas de la Côte d’Ivoire

Après le taux de croissance de 7,2% en 2017 et celui de 7% estimé cette année par le FMI dans son World Economic Outlook publié en octobre, le Sénégal pourrait rester sur ce même trend en 2019. Le FMI prévoit 6,7% en 2019 pour le pays de la Teranga.

Cette croissance est essentiellement due à la bonne tenue du secteur secondaire et tertiaire tiré notamment par les grands travaux. Le Sénégal s’est en effet lancé, grâce au programme Sénégal émergent, dans un vaste programme de construction de routes et de voies ferrées, d’une nouvelle ville à Diamniadio dans la région de Dakar, mais aussi de Stades.

Ainsi, l’autoroute Ila Touba, allant de l’aéroport de Diass à la ville sainte de Touba, longue de 113 kilomètres a nécessité la mobilisation de 416 milliards de FCFA, soit près de 625 millions d’euros. Elle a été inaugurée, au cours du mois d’octobre 2018. De même, le Train Express Régional (TER) avec un investissement officiel autour de 622 milliards de FCFA, soit 970 millions d’euros. Elle devrait être livrée en janvier 2019.

Macky Sall, président du sénégal

Macky Sall, président du sénégal

Au cours de cette année 2018, a été livrée l’arène nationale de lutte, Dakar Arena, financée et construite par la Chine, un stadium olympique de 15.000 places. De même que l’aéroport international Blaise Diagne mis en service en décembre 2017.

Enfin, les travaux de l’autoroute côtière Dakar-Saint-Louis, sur près de 280 km, ont été lancés, alors qu’au Sud du pays, un important réseau routier a été financé grâce au programme millénium Challenge avec près de 540 millions de dollars.

Or, le Sénégal dispose d’un secteur des matériaux de construction dynamique avec 3 cimenteries présentes sur le territoire, mais aussi les briqueteries qui se développent. Autant de choses qui ont permis de capter une bonne partie de la valeur ajoutée créée localement.

Les perspectives sénégalaises demeurent très bonnes, puisque les récentes découvertes de pétrole permettront de doper la croissance à partir de 2021. Ainsi, le FMI prévoit une croissance annuelle moyenne de 6,4% en 2023. Une prévision plutôt pessimiste, puisque les pays africains ayant été dans la même configuration comme le Ghana ou la Guinée équatoriale ont enregistré pendant plusieurs années une croissance supérieure à 10% pendant plusieurs années.

Djibouti : Le nouvel Eldorado portuaire

Si le classement des économies africaines les plus performantes en termes de croissance du PIB devait comporter une surprise ce serait Djibouti, ce petit pays de la corne de l’Afrique. Selon les prévisions du Fonds monétaire international, Djibouti devrait maintenir sa croissance au rythme annuel de 6,7% en 2019, soit le même niveau qu’en 2018 et 2017.

Cette croissance vient essentiellement des investissements dans les infrastructures, notamment portuaires “justifiés par le transit des marchandises avec l’Éthiopie”, précise pour sa part, la Banque africaine de développement (BAD) qui fait pratiquement les mêmes prévisions que le FMI, avec 6,8% en 2018 et 2019.

L’objectif à long terme de l’État est de faire de Djibouti une nation émergente à l’horizon 2035, et à court terme de relever le défi de l’accélération de la croissance et de la promotion de l’emploi.

Ismaïl Omar Guelleh, Président de Djibouti

Ismaïl Omar Guelleh, Président de Djibouti

Le programme d’infrastructures financé, ces dernières années, par un afflux massif d’investissements directs étrangers reste concentré sur les ports, les routes et l’hôtellerie.

La construction de voies ferrées et de nouveaux ports et terminaux spécialisés le long des côtes consolidera l’intégration régionale du pays, en renforçant son rôle de plateforme de commerce et de services pour les États de la sous-région. Le modèle de croissance et de développement du pays est concentré sur le transport et les services connexes, reposant sur l’exploitation de la position géostratégique du pays dans le Golfe d’Aden, au carrefour de corridors maritimes commerciaux importants pour l’acheminement de biens et de pétrole.

“Les contraintes structurelles d’approvisionnement énergétique et hydrique sont l’un des grands défis de l’économie djiboutienne. Il est atténué par les raccordements électriques avec l’Éthiopie”, toujours selon la BAD.

“L’activité économique du pays présente un double visage : d’une part, un secteur moderne, basé sur les revenus des ports et des bases militaires louées par des contingents étrangers, et de l’autre, un large secteur informel”, semble regretter la BAD.

Djibouti doit néanmoins rattraper son retard en matière de création d’emploi, malgré une croissance forte. En effet, près de 48% des actifs sont sans emplois. Le pays a beaucoup à gagner dans l’amélioration de ses services publics qui bloquent sensiblement l’efficacité économique.

Tanzanie : Retour à la forte croissance

Entre 2013 et 2017, la Tanzanie a régulièrement figuré parmi les plus fortes croissances du continent. La voilà de retour en 2019, après le ralentissement de 2018. En effet, le PIB devrait progresser de 6,6% contre 5,8% en 2018.

John Magufuli, Chef de l'Etat tanzanien

John Magufuli, Chef de l’Etat tanzanien

La construction, les industries extractives, les transports et les communications sont les moteurs de la croissance, comme lors des années précédentes. Il s’agit de la quatrième meilleure performance de l’Afrique de l’Est, après l’Ethiopie, le Rwanda et Djibouti. Cette croissance “pourrait être soutenue par une diminution du déficit commercial, avec une baisse des importations supérieure au déclin des exportations”, souligne la Banque africaine de développement dont les prévisions sont nettement plus optimistes que celle du FMI. En effet, la BAD prévoyait 6,7 et 6,9% de croissance en 2018 et 2019. Néanmoins, la Tanzanie souffre de la faiblesse de la collecte de ressources publiques qui pousse l’Etat à souvent annuler des programmes d’investissement. Ainsi, en 2017, la dépense publique a été de 20,7 % inférieure à l’objectif, souligne la BAD. Cette rigueur budgétaire coûte plusieurs points de croissance à ce pays d’Afrique de l’Est. “De forts risques de détérioration menacent l’économie tanzanienne. L’incertitude de l’environnement des affaires résultant de changements dans les politiques, les réglementations et l’administration fiscale pourraient peser sur la confiance du secteur privé et ralentir la croissance et l’investissement, notamment dans le secteur extractif”, explique toujours les experts de la BAD.

Il faut tout de même reconnaître que les pays d’Afrique de l’Est profitent tous de la croissance régionale soutenue depuis près d’une vingtaine d’années. Et cette tendance est appelée à se poursuivre, puisqu’au moins 6 pays de cette zone réaliseront une croissance supérieure à 6% en 2019.

 

Ces géants qui freinent le continent

Sur les 7 plus grosses économies africaines, une seule devrait connaître une croissance supérieure à la moyenne continentale que le FMI estime à 3,8% en 2019. La chute récente des cours du pétrole vient compliquer les choses, mais le mal est plus profond.

Dans l’édition d’octobre 2018 de son World Economic Outlook, le FMI estime que la croissance des pays africains devrait s’accélérer en 2019. Le Produit intérieur brut (PIB) devrait augmenter de 3,8%, notamment en Afrique subsaharienne. Certes, on est encore loin de la folle croissance que le continent a connue entre 2000 et 2014, régulièrement supérieure à 5%. Cependant, la reprise se confirme bel et bien. De 1,4% en 2016, on est passé à 2,7% en 2017 avant d’atteindre 3,2% pour l’année en cours, toujours selon le FMI.  Mais, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Si la croissance reste largement en deçà du niveau historique de 7,1% de l’année 2010, c’est en bonne partie parce que les mastodontes du continent freinent le reste des pays. Ainsi, le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux plus importantes économies africaines en termes de PIB, connaissent une quasi-stagnation. Le géant de l’Afrique de l’Ouest ne devrait voir son économie s’améliorer que de 2,3%, alors que celui de l’Afrique australe n’améliorera sa création de richesse que de 1,4% par rapport à 2018.

L’économie du Nigeria, faut-il le rappeler, dépend étroitement de l’évolution des cours du pétrole. Certes, le calme est revenu dans le Delta du Niger ce qui permet d’avoir un niveau optimal de production autour de 2,3 millions de barils jour. Néanmoins, les cours du pétrole sont entrés dans une phase baissière qui commence à être inquiétante.  Au moment où le FMI revoyait ses prévisions de croissance pour l’année 2019, le cours du Brent de la Mer du Nord était autour de 80 dollars. Il avait même atteint 85,95 dollars, à la clôture du 4 octobre 2018 au terme d’une phase de croissance qui avait débuté en juin 2017, lorsque le prix du baril n’était que de 47 dollars. Or, depuis octobre, les choses ont bien changé, qui laissent penser que le FMI pourrait revoir ses prévisions encore à la baisse.

Jeudi 29 novembre, le Brent a clôturé à 58,76 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE). Avec de tels niveaux de prix, il sera difficile au Nigeria de réaliser la croissance de 2,3% projetée par le FMI.

Plusieurs pays africains sont forcément dans le sillage du Nigeria, dont l’Algérie, l’Angola, le Congo et le Gabon. La récente évolution du marché pétrolier est synonyme de révision à la baisse des prévisions de croissance qui n’étaient d’ailleurs pas très favorables.  Toujours selon le même rapport du FMI, le PIB algérien de 2019 aurait dû progresser de 2,7% seulement si les cours s’étaient maintenus à leur niveau de l’été 2018. Alors qu’un tel scénario est de plus en plus improbable. Ce serait heureux si le pétrolier d’Afrique du Nord atteignait 2% de croissance l’année prochaine. Car, faut-il le rappeler, la quatrième économie du continent dépend du pétrole plus que toutes les autres. Les hydrocarbures représentent 95% de ses exportations et jusqu’à 70% de ses recettes budgétaires.

Pour des raisons similaires, le Congo (3,7% en 2019), le Gabon (3,4%) et l’Angola (3,1%) auront du mal à réaliser les prévisions du FMI publiées en octobre et qui sont toute inférieures à la moyenne du continent (3,8%). Pire, le Soudan qui est la sixième économie la plus importante en Afrique devrait connaître pour la deuxième année consécutive une décroissance. En effet, d’un 2,3% en 2018, il devrait enchaîner avec une baisse de 1,9% de son PIB.

Quant à l’Afrique du Sud, il est clair que les conditions d’une reprise ne sont toujours pas réunies si l’on en croit les estimations. En effet, en juillet 2018, le FMI prévoyait un taux de croissance de 1,7%, et trois mois plus tard, l’Institution de BrettonWoods l’a revu à la baisse de 0,3 point de pourcentage. Il faut dire que l’économie sud-africaine très financiarisée souffre de la baisse continue du rand qui a perdu près de 15% durant les 11 premiers mois de l’année. “L’Afrique du Sud dispose d’une série de pare-chocs, notamment la flottabilité de son système de change, la profondeur de ses marchés financiers, l’exposition à long terme de sa dette extérieure”, souligne le FMI dans son rapport d’octobre. Et d’ajouter : “cependant, les importants besoins de financement extérieur du pays l’expose à des menaces. Approfondir les réformes afin d’améliorer la gouvernance et l’environnement des entreprises contribuerait à réduire ces vulnérabilités”. Le problème c’est que si l’on écarte l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, l’Algérie et le Soudan des possibles moteurs de la croissance, il ne reste plus beaucoup de pays ayant un impact significatif. Car, il s’agit là de cinq des 7 plus grosses économies du continent.  Quant au Maroc, certes il n’est pas dans cette configuration, de pays producteur de pétrole ou de matières premières comme les cinq autres, mais il ne se distingue pas outre mesure. Sa croissance ne devrait être que de 3,2% en 2019, soit le même niveau que 2018. On est toujours en dessous de la moyenne continentale.  Il y a lieu de constater un certain essoufflement de la croissance marocaine du fait de la hausse récente des cours du pétrole, alors que la stratégie industrielle du Royaume peine à donner les résultats attendus. Au niveau agricole aussi, la production a plutôt tendance à stagner si l’on observe la tendance à long terme. Elle continue à évoluer au gré de la pluviométrie.

L’Egypte, seule, ne suffit pas pour servir de locomotive, malgré une croissance qui devrait rester supérieure à la moyenne continentale.  Le pays des Pharaons, en particulier, semble bien remis de ses difficultés et ses réformes impopulaires donnent des fruits. Aussi, le FMI prévoit-elle une croissance de 5,5% pour l’Egypte en 2019, après ses 5,3% en 2018 et ses 4,2% en 2017. Cette croissance 2019, qui intervient dans un contexte de maîtrise de l’inflation et de reconstitution progressive des réserves de change, tient à deux facteurs. D’une part, la politique des grands travaux menée par le gouvernement d’Abdelfattah Al Sissi commence à porter ses fruits. D’autre part, l’Egypte a démarré la production de gaz des nouveaux gisements situés notamment en Méditerranée. De sorte que, le pays qui était déficitaire en hydrocarbures depuis 2010, redevient excédentaire dès cette année, ce qui est une aubaine. A ces deux facteurs majeurs, s’ajoute la reprise du secteur touristique. Certes, la sécurité reste à parfaire, mais les mesures prises par le gouvernement pour la relance, combinée à la baisse de la livre égyptienne par rapport aux devises étrangères, donne visiblement des fruits.

Alassane Ouattara Croissance Développement Fayez el-Sarraj Ismaïl Omar Guelleh John Magufuli Macky Sall Mohamed Abiy Nana-Akufo-Addo Paul Kagame

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