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Coronavirus et pétrole: les leçons à tirer pour l’Afrique 

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Le cours du brut connaît depuis quelques jours une situation de baisse historique. En cause, la crise sanitaire du Coronavirus exacerbée par le bras de fer engagé entre l’Arabie  Saoudite et la Russie sur les quotas de production. Le baril de brut WTI (West Texas Intermediate) se négocie actuellement à 22 dollars. Quant au Brent de la mer du nord, il affiche 25 dollars sur les écrans des salles de marchés.

 Pétrole Offshore SénégalVingt-cinq pays du continent sur les 54 sont producteurs de pétrole. Par ailleurs, l’Afrique avec une production totale de moins de 9 millions de barils par jour ne pèse que pour 8,1% dans la production mondiale selon les statistiques de Fitch Solutions, une filiale de l’agence de notation Fitch. Précisons que la production mondiale s’estime, elle, à près de 100 millions de barils par jour. Quelles leçons doivent tirer les pays Africains de la situation qui prévaut ? À quoi pourrait ressembler à long terme une réforme de l’OPEP ?

 Les leçons à tirer pour l’Afrique ; à quoi pourrait ressembler une réforme du géant cartel ?

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) regroupe 14 pays à travers le monde dont 7 pays africains (Algérie, Angola, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Libye et Nigeria). Aux pays membres du cartel, il faut ajouter la Russie (2ème producteur mondial), ainsi que les États-unis qui quoique non-membres  influencent beaucoup les cours du pétrole. Le cartel qui détient à lui seul 75% environ des réserves mondiales prouvées contribue pour près de 45% de la production mondiale. Quant à l’Arabie Saoudite, plus grand producteur mondial, elle contribue pour environ 1/3 de la production du Cartel. À en croire le ministre russe des finances, la Russie pourrait «survivre pendant 6 à 10 ans à un baril entre 25 et 30 dollars». Quant à l’Arabie Saoudite elle s’est engagée à augmenter sa production actuelle (environ 10 millions de barils/jour) à  un niveau record de 13 millions de barils/jour environ, pour maintenir les cours aux seuils actuels afin de faire plier la Russie. Qu’en est-il des pays africains producteurs de pétrole ?

La plupart des pays africains producteurs de pétrole sont encore pétro-dépendants. Ils équilibrent leur budget avec un baril entre 50 et 60 dollars. Pour exemple, selon les statistiques de la Central Bank of Nigeria, le pays avait élaboré son budget sur la base d’un baril à 57 dollars. Ces périodes de fortes baisses sont donc vécues comme de dures épreuves. Pourtant des solutions existent pour au mieux limiter la casse.

Il s’agit d’abord, de la diversification de leur économie qui à long terme réduirait la dépendance des pays africains au pétrole ;

Ensuite, il faut la constitution de réserves stratégiques confortables qui leur permettraient de mieux vivre ces périodes tumultueuses. Mieux, les pays africains pourraient s’unir et constituer ensemble des réserves de sorte à influencer les marchés en leur faveur lorsqu’un seul pays décide comme c’est actuellement le cas, d’infléchir la courbe des prix.

Il est également nécessaire d’avoir une meilleure maîtrise de la gestion des risques financiers par l’utilisation des dérivés (contrats à terme, options). Cela permettrait au moins de limiter les pertes subies lors des périodes de baisses.

Puis, les pays doivent se pencher sur la création d’un fonds souverain à l’échelle continentale qui jouerait entre autres le rôle d’une caisse de péréquation et de stabilisation.

Enfin, ils doivent Sceller des alliances stratégiques, voire protectionnistes avec la Chine. En effet, la Chine avec 11 millions de barils/jour est le plus gros importateur au monde (plus de 10% de la consommation mondiale).

À quand une réforme de l’OPEP ?

La situation actuelle est née d’une décision unilatérale de l’Arabie Saoudite au mépris des autres pays membres. Cela va à l’encontre de l’esprit même d’un cartel dont l’objet premier est la défense des intérêts du «clan ». Et cela est loin d’être une première.

Une solution serait d’instaurer au sein de l’institution le système de vote à la majorité pour les décisions qui engagent les intérêts de tous les États membres. Cela empêcherait un seul pays d’engager tous les autres dans des initiatives suicidaires comme c’est actuellement le cas.

Par ailleurs, un système de vote avec droit de veto même s’il contribuerait à ralentir, voire à bloquer certaines décisions stratégiques du cartel aurait tout de même le mérite de limiter l’hégémonie de certains pays membres. Le droit de véto pourrait être limité à une ou deux fois l’an pour chaque État membre afin d’empêcher les uns et les autres d’en abuser.

Le pétrole reste une matière première stratégique. C’est pourquoi il ne saurait être l’otage d’un seul pays ou de certaines puissances qui auraient ainsi tout pouvoir d’en user dans le but d’obtenir l’impossible des autres.

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