Récemment, un économiste sénégalais a préconisé trois mesures très pertinentes pour limiter les effets néfastes des crises monétaires liées au dollar, et auxquelles sont durement confrontés de nombreux pays africains à l’heure actuelle :
- l’implémentation des stratégies efficientes de «dédollarisation» ;
- la diversification des partenariats avec l’extérieur ;
- la dynamisation du commerce intra-africain.
L’auteur du présent article (un ancien «banquier») propose très sommairement, en rapport avec les deux premières suggestions de l’économiste, deux démarches simplifiées de leur mise en œuvre qui peuvent être améliorées, structurées et implémentées dans le cadre d’expériences-pilote, et faire l’objet de validation éventuelle, avant généralisation.

Ancien banquier – Expert en compensation
La première suggestion de l’économiste porte sur une «stratégie efficiente» de «dédollarisa-tion» que les pays africains peuvent implémenter et proposer d’ores et déjà aux pays BRICS acceptant des paiements à l’international en monnaies locales ou nationales.
Dans le cadre de cette stratégie, les pays africains et les pays BRICS s’entendent sur l’infrastructure et les instances à mettre en place (Banque Commune-Siège et ses Correspondants, Chambre de compensation, etc.), les règles à respecter, ainsi que le taux d’échange fixe de leurs «monnaies nationales» respectives par rapport à la monnaie de chaque pays BRICS partenaire et à l’«unité monétaire communautaire» qui jouera à la fois le rôle d’une «monnaie de réserve», d’une «unité de compte», d’un «moyen de paiement» et (in fine) celui d’une «monnaie (commune) de règlement» pour solder les balances commerciales, en fonction des arrangements convenus : mécanismes de stabilité interne et de solidarité, nature des produits, services ou compétences éligibles aux transactions, sanctions éventuelles en cas de défaillance, etc.
Le principe de fonctionnement de ce système qui permet aux pays africains ayant déjà leurs propres monnaies, non seulement de s’affranchir de l’intermédiaire «dollar», mais surtout de créer avec l’aide des pays BRICS leurs propres «zones monétaires» est simple :
– Chaque pays africain commence par constituer une «réserve» au sein de la «Banque Commune» (Siege) à partir par exemple d’un volume (sous forme de Bons de Trésor) de la «monnaie du pays BRICS» (Chef de file), ou d’un stock d’or, et il lui est mis en place une «ligne de compensation» équivalente en «unités monétaires complémentaires» dans son «compte d’opérations» au sein de la «Chambre de Compensation» ;
– Dès qu’un acheteur demande le paiement du vendeur dans son pays, les Correspondants locaux de la «Banque commune» (siège) «échangent» au travers de la «Chambre de Compensation» la «monnaie nationale» reçue en la quantité équivalente d’«unités monétaires complémentaires», le bénéficiaire est alors payé après «conversion» dans sa monnaie nationale
– Les «soldes intermédiaires» des «comptes» sont «compensés» au fur et à mesure des transactions dans les «comptes d’opérations» respectifs au niveau de la «Chambre de Compensation» et périodiquement liquidés selon les arrangements ou les modalités convenus.
L’importance de diversifier les partenaires extérieurs
L’économiste suggère ensuite aux pays africains de diversifier leurs partenariats avec l’extérieur.
Cette diversification de partenariats peut se mettre en place dans le cadre d’accords bilatéraux entre Etats, portant sur des «systèmes de paiement sans devises», et la création des plateformes de compensation internationale animées par des Groupements Communs d’Intérêt Economique, permettant aux entreprises africaines de réaliser avec les entreprises des BRICS, des transactions légales d’importation et d’exportation «réglées» sur place en «monnaie BRICS» (côté pays BRICS concerné) et en «monnaie nationale ou locale» (côté entreprises africaines).
Le principe de fonctionnement de ce système qui est en réalité une forme de troc, puisque se déroulant sans intervention de devises entre les pays, est simple :
– Les importateurs et les exportateurs initient «via» les plateformes locales respectives des opérations «simultanées»d’importation et d’exportation qui sont enregistrées et gérées de part et d’autre par le Groupement Commun d’Intérêt Economique…
– Les Banques partenaires collectent (de part et d’autre) auprès des importateurs dans des «comptes de garantie», les règlements des importations, aux fins de «paiements» sur place contre remise des documents des exportateurs dans leur «monnaie locale» respective ;
– Périodiquement, une «Chambre Commune de Compensation» hébergée par la Banque Centrale, arrête les soldes positifs ou négatifs des compensations) qui sont liquidés conformément aux modalités ou arrangements convenus et acceptés par tous.
A l’issue de leur dernier sommet, les «dirigeants des BRICS avaient chargé les Ministres de Finances et les Banques Centrales d’envisager, le cas échéant, la possibilité d’émettre des monnaies locales, de lancer des instruments et plateformes de paiement, des systèmes alternatifs au SWIFT, et de faire des rapports sur les résultats aux dirigeants BRICS avant le prochain sommet.»
Des stratégies de diminution de la dépendance vis-à-vis du dollar
A travers leur volonté d’encourager l’émission des monnaies locales ou nationales pour les paiements à l’international, les BRICS sont en train de proposer aux pays africains des stratégies de diminution de la dépendance vis-à-vis du dollar, ainsi que des bases nouvelles de réflexion pour leur émancipation économique et monétaire.
Comme précisé dans un précédent article, d’une part, les entreprises africaines recherchent à travers des missions économiques des solutions pour accéder à certains marchés et négocier certains avantages à l’international (développement de nouveaux partenariats, transfert de technologie, diminution des coûts d’installation, diminution des besoins en financement, acquisition de nouveaux débouchés, partenariats stratégiques, etc.)
D’autre part, de nombreuses problématiques (santé, éducation, dette intérieure, industrialisation, retard technologique, environnement, accès aux services de base, chômage, développement local, transports, énergie, fracture numérique, agriculture, infrastructures, etc.) demeurent non résolues. Elles constituent, malgré les insuffisances des capacités productives des entreprises africaines, autant des sources accrues de transactions «réglables» sans mouvement de devises entre les entreprises africaines et de nouveaux partenaires BRICS.
Un prochain article abordera la troisième suggestion de l’économiste sénégalais sous le thème : DYNAMISATION DU COMMERCE INTRA-AFRICAIN – LA NECESSITE DES SYSTEMES COMPLEMEN-TAIRES UNIFIES DE COMPENSATION REGIONALE




![Crises monétaires en Afrique liées au dollar, deux modèles de solutions possibles “mobilisables” par les pays africains, par [Jean-Pierre Mfomy] A travers leur volonté d’encourager l’émission des monnaies locales ou nationales pour les paiements à l’international, les BRICS sont en train de proposer aux pays africains des stratégies de diminution de la dépendance vis-à-vis du dollar, ainsi que des bases nouvelles de réflexion pour leur émancipation économique et monétaire.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2024/04/Monnaie.jpg.webp)






